CHAPITRE VIII
se reposait quelquefois sous le toit hospitalier de son presbytère ; et , dans des confidences intimes, il lui faisait le récit de ses illusions perdues et de ses beaux rêves, que son génie et sa foi n'avaient pu réaliser encore.
Tous ceux qui ont été ses vicaires s'associeront certainement au témoignage de l'un d'eux, qui nous écrivait, le 18 août dernier : « L'abbé Martin traitait ses vicaires avec confiance et bonté ; il les initiait, par une sage direction, au ministère sacerdotal, et leur rendait aussi agréable qu'utile la vie commune du presbytère, quelquefois si pleine de difficultés. Pour moi , il m'en est resté au fond du cœur un sentiment d'estime, d'admiration et de reconnaissance qui ne s'efiacera jamais.»
Bon et patient envers ses serviteurs, il savait apprécier le dévouement de ceux qui lui sont restés fidèles ; dans l'impossibilité où il était de récompenser de longs services par une retraite convenable, lorsqu'on l'excitait au changement des individus, sous prétexte d'améliorations et de réformes, il répondait avec l'Evangile « qu'il ne fallait pas éteindre la mèche encore fumante*. »
Il estimait l'ouvrier, dont, les rudes labeurs concourent au bien-être général de la société, et il rétribuait largement son travail.
* S.Matth., c. XII, V. 20.
393 l'abbé UÀRUN
Avare do temps, il répétait souvent cette parole du grand Amauld: • Travaillons tant que nous sommes sur la terre; nous aurons toute rétemitè pour nous reposer. » Que d'iieures délicieuses il a passées dans la société des livres ! L'expérience lui avait appris , comme à ce savant Évêque anglais qui a écrit, au un' siècle, un excellent Traité sur l'amour des livres*, « qu'en eux on apprend à connaître le Dieu très-haut et incompréhensible ; en eux, la natore des choses célestes et terrestres se montre avec évidence. Bans les livres, on voit les morts comme vivants; on prophétise jusqu'à un certain point l'avenir. Les livres nous charment dans la prospérité, ils nous consolent dans la mauvaise fortune. Ils sont à notre égard les maîtres les plus commodes; ils nous aident à acquérir la science de la vérité, science préfêrable à toutes les richesses. On comprend aisément qu'un homme, obéissant aux lois de la nature, soit possédé de la passion des livres. »
L'abbé Martin se rappelait aussi le prix que saint Jérôme attachait à sa bibliothèque, qu'il emportait toigours dans ses voyages, et l'avertissement de saint Paul écrivant à Timothée de lui apporter pour tout mobilier son manteau, ses papiers et ses livres*.
* Philobibtion. excellent traité sur l'amour des livres, par Richard de Bury, évèque de Durham, traduit en fïançcùB par Hippolyte Gocheris, 185S.
m venant, le manteau qne j'ai laissé à et mes livres, et surtout mes papiers. »