CHAPITRE vm
Épris de cette noble passion, il travailla, pendant sa vie tout entière, à la formation d'une bibiliothèque non moins précieuse par le choix des auteurs que par la rareté des éditions et la magnificence des reliures. Il pensait avec une profonde tristesse qu'il lui faudrait un jour, en quittant la vie, faire le sacrifice de ses livres recueillis avec tant de soin et d'amour ; aussi, pour adoucir les regrets de cette séparation, voulut-il qu'ils fussent vendus au profit des pauvres : « J'espère, dit-il dans l'expression de ses dernières volontés, que cette loque consacrée à la charité ne sera pas sans valeur pour la rédemption de mon âme. »
Nous avons eu occasion de rappeler le patriotisme de l'abbé Martin pour sa chère Agathe; il aima d'une égale affection Montpellier, devenu sa patrie adoptive.
Les grands souvenirs de cette cité étaient l'objet de son culte. Il exprimait souvent le désir que saint Roch, dont l'administration municipale a donné le nom à une des rues de la ville et à qui elle prépare un temple digne de lui,, eût aussi une statue sur une de ses places publiques.
Il professait la même admiration pour le fils des Seigneurs de Montpellier, le précurseur de saint Vincent de Paul, qui parcourut l'Europe au treizième siècle, prêchant déjà l'œuvre des Enfants-Trouvés. Le grand pape Innocent III, contemporain de Guy, l'attira à Rome avec sept autres membres de l'Ordre
du Saint-Esprit, que cet illustre Montpelliérain avait fondé dans sa ville natale*, et lui confia l'hôpital de ce nom, situé près du Vatican, le plus ancien et le plus vaste de la chrétienté. Tandis que la plupart des compatriotes de Guy ignorent son nom, Rome, qui garde précieusement les reliques et les pieuses traditions, possède son portrait, placé dans la galerie des bienfaiteurs de Phôpital du Saint-Esprit; et l'abbé Martin se disposait, quelques jours avant sa mort, à en demander une copie, pour en doter la ville de Montpellier.
D avait vu avec bonheur ériger, au seuil de la savante et antique Faculté de médecine, les statues de Lapeyronie et de Barthez', et l'industrie viticole du département consacrer par le bronze la mémoire d'Edouard Adam^. Il se demandait donc si les ima-
* En 1197. — Voir les ouvrages suivants : Diplomata pontificia et regia Ordini regulari et hospitali Sancti-Spiritûs Monspeliensis concessa, tom. T. Parisiis, 1723, in-4o; ~ IHct. hist. (italien) de Moro7ii, art. Guy ; — Hermant, Histoire des Ordres de chevalerie, p. 177, etc.
2 M. Bouisson, chargé du discours d'usage, à la séance solennelle de rentrée des Facultés, qui eiit lieu le 15 novembre 1858, avait choisi pour sujet V Histoire des Bienfaiteurs de VÉcole de médecine de Montpellier; réminent professeur demanda, en terminant, que Montpellier acquittât sa dette à l'égard de deux de ses plus illustres enfants, Lapeyronie et Barthez, en leur élevant dans ses murs deux statues comme lémoignage de leurs bienfaits et de la reconnaissance de la postérité.
* Edouard Adam est l'inventeur de V appareil distillatoire. 8a statue a été inaugurée à Montpellier, le 10 mai 1860. — Noslec-