‹ Vie de l'abbé Martin (d'Agde) curé de Saint-Denis, à Montpellier, précédée d'une introdChapitre 15 sur 135 · CHAPITRE I · texte numérisé non relu

CHAPITRE I

rang parmi tous les élèves, qui le regardaient déjà comme un maître. Ne peut-on pas attribuer à son influence la formation et la supériorité de cette classe de prêtres, ordonnés en 1822, qui produisit, sans les énumérer tous, M. Caylus, son digne émule, et MM. Beaupillier, Raynaud, Combes, Périer, Sabatier, Beaumelle, de Massilian, Fraiche et Vinas, ses admirateurs et ses amis demeurés fidèles jusqu'au delà du tombeau ?

M. l'Archiprêtre de Lodève et M. le Curé de Notre- Dame-des-Tables nous en ont donné les témoignages écrits depuis sa mort. Nous estimons d'un très-grand prix ces hommages rendus, après de longues années, à une amitié d'enfance préservée de l'oubli et de l'indifférence, et nous les reproduisons à la louange de ceux qui en sont les auteurs autant que de celui qui en est l'objet.

M. l'archiprêtre Beaupillier, en appelant l'abbé Martin son vénérable^ regrettable et sincère ami, nous écrivait, le 13 juillet 1868 :

« Son talent distingué, son excellent caractère et ses bonnes qualités, que vous connaissez mieux que moi, l'ont rendu très-regrettable à tout le clergé. Vous connaissez ses épreuves : elles n'auront servi qu'à embellir sa couronne, n

Dans les quelques pages intitulées : Mes Souvenirs «MT le cher ami Martin (d^Agde), que M. l'abbé

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Vinas, curé de Notre-Dame-des-Tables^ a bien voulu nous communiquer, nous trouvons ces détails pré* deux :

a Au Séminaire, Tabbé Martin primait tous ses condisciples avec un tel avantage et une telle supériorité, que, ni dès lors, ni plus tard, on ne lui a contesté le premier rang parmi les élèves. Son talent était tellement supérieur, qu'il l'appliquait avec la plus grande distinction à toutes les sciences les plus élevées et les plus exactes. L'amour de l'étude, la facilité du travail et une application invincible semblaient être nés avec lui. Chargé de professer les mathématbiques au Petit Séminaire il n'en suivait pas moins avec un grand succès les cours de théologie. Sa modestie, sa bonté et sa douceur se ressentaient admirablement dans les rapports qu'on avait avec lui.

» La langue grecque était encore inconnue aux élèves. Nous priâmes, quelques amis et moi, ce cher condisciple de nous initier à la connaissance de cette langue, dont l'application est si précieuse pour l'intelligence des saintes Écritures et des Pères de l'Église.

» Notre professeur, M. l'abbé Simon, Alsacien et juif converti, qui avait quitté la synagogue et le barreau pour l'état ecclésiastique, et s'était dérobé, disait-on, à ses parents pour venir s'abriter contre leurs poursuites, à Montpellier, était tout étonné

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de la rare intelligence qui brillait déjà d'un si vif èdat dans un de ses élèves, le plus jeune et le plus

modeste. »

C'est une bonne fortune de pouvoir reproduire, à la suite de ce témoignage de l'ancien condisciple et du vieil ami, celui du maître vivant encore et écrivant de Paris, le 30 avril 1861, à son cher élève Etienne Martin (d'Agde) :

(( Quelle agréable surprise! quel sujet d'émotions profondes pour un vieillard, que votre si gracieuse lettre ! Quoi ! voilà la perle de mes élèves de Montpellier retrouvée, voilà l'immense espace de quarante ans comblé, et mon souvenir reporté à une époque si chère à mon cœur? Eh! non, jamais je n'ai oublié ni cet excellent Séminaire, ni les fonctions importantes dont on avait bien voulu m'honorer, ni, parmi tant d'élèves distingués, celui qui les primait tous par les belles qualités du cœur et les dons de l'intelligence : le bon Martin (dPAgde). Puisque, de votre côté, vous m'avez conservé un affectueux souvenir, nos cœurs se sont donc rencontrés, et je suis largement payé des quelques soins que j'ai pu vous donner pendant ma rapide apparition auprès de vous.

» Si la divine Providence vous ramène quelque jour dans la Capitale, j'ose réclamer de votre part une petite visite ; je serai très-heureux de vous serrer dans mes bras et de revoir, avant de terminer

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mon pèlerinage terrestre, un ancien élève devenu maître et plus que maître.

» Adieu ! Que le Seigneur vous comble de toutes les bénédictions que je vous souhaite, et prions réciproquement Tun pour Tautre,

» Votre dévoué et affectueux

» Simon. »

L'amitié qui unit autrefois deux étudiants d'Athènes, devenus illustres parmi les plus grands docteurs de l'Eglise, a trouvé des imitateurs dans tous les siècles chrétiens. La religion, loin d'étouffer en nous cette tendresse de cœur, la rend plus vive et plus sincère, en l'épurant et l'élevant au-dessus des intérêts et des pensées de ce monde. Il s'agit ici d'amitiés spirituelles, qui prennent leur source dans l'amour de Dieu même. Ceux qui aiment ainsi ont trouvé le paradis sur la terre.

C'est avec une joie indicible que nous pouvons évoquer une telle affection entre deux jeunes cœurs qui se sont rencontrés dans le sanctuaire, auprès de l'autel de Jésus-Christ. Les abbés Martin et Vinas, tous deux lévites aspirant au sacerdoce, s'étaient liés au Sémiminaire comme des amis qui prennent la douce habitude de se communiquer désormais toutes leurs pensées et toutes leurs impressions. Au sortir de cette pieuse maison, ils entretinrent leurs relations d'amitié par des lettres instructives et pleines des meilleurs sentiments.

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