CHAPITRE m t
de la femme forte. Elle se plaisait, comme une autre Marie, à contempler les qualités singulières qui distinguaient déjà son enfant; et Ton peut dire de lui ce qu'il a écrit de Jean d'Antioche *, qu'il respira près de sa mère cet esprit de foi et cette piété naïve dont le cachet resta toujours sur sa vie. Chrysostome, qui nous apparaîtra souvent son modèle dans cette biographie*, n'a pas eu pour sa chère Anthusa une plus grande vénération.
L'aspect de la mer avec ses horizons infinis, le cœur de sa mère et les saints Evangiles où il apprit à lire, versèrent des flots de lumière, de poésie et d'amour sur cette belle âme, ouverte de bonne heure aux grandes impressions de la nature et de la foi.
Il dut à sa piété précoce, puisée dans les bons exemples de sa mère, de conserver intacte cette fleur de jeunesse et de pureté^ effeuillée d'ordinaire à tous les vents, sur tous les chemins. Comme ces tiges métalliques qu'il suffit de dresser vers le ciel pour émousser la foudre, cette direction vers un monde supérieur, donnée de bonne heure à la pensée du jeune enfant, préserva sa vie des orages qui en brisent tant d'autres.
L'amour filial, s'unissant à une pensée charitable, lui inspira une pieuse résolution dont il nous parlait
* Saint Jean Chrysostome, ses œuvres et son siècle, tom. I, chap. ii, p 41 et 42, par l'abbé Martin (d'Agde).
2 L'abbé Martin, sans s'en douter, s'est peint lui-même, à différentes reprises, sous les traits du fils d' Anthusa.
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ses sacrements. C'est elle qui lui a donné, jusqu'au dernier soupir, la patience et le courage d'un vrai chrétien; c'est elle qui lui a mis sur les lèvres ces dernières paroles : « Mon père, consolez-vous, conservez-vous pour votre famille; le Seigneur m'appelle à lui, faites-lui généreusement le sacrifice qu'il vous demande .» Et il mourut. Oh ! Ciel ! puis-je me faire à une pensée si cruelle ? mon ami ! jamais tu ne comprendras toute l'étendue de ma douleur; j'ai perdu . le compagnon de mon enfance, un frère dont l'affection remplissait si bien ma vie.
» Encore un sujet de douleur ! Je n'ai pu consoler son agonie et recevoir son adieu suprême ! Je n'ai pu lui donner un tendre et dernier baiser ! Je ne trouve d'autre consolation que dans la prière ; mais je n'ai pas celle de prier sur son tombeau. Pourquoi estril si loin de moi ? Encore une fois, que la Religion adoucisse ces regrets ! Mon frère est heureux ; il vit au Ciel , et moi j'ai à courir tous les dangers de la vie ; j'ai à craindre tous les caprices de la fortune, les injustices des hommes , surtout les chances terribles du péché. Beati mortui qui in Domino mo^ riuntur : amodà requiescant à laboribus suis.
» Adieu! prie pour mon frère, prie pour ma famille et pour moi ; je suis contraint de cacher ma douleur, pour calmer celle des autres. Si tu dis mon malheur à mes amis, dis-leur aussi ma consolation. "
Ce deuil n'était pas encore fini, que l'abbé Martin