CHAPITRE IV
par un travail sérieux, à la mission plus importante qui lui était réservée à Montpellier.
Ses amis n'étaient point sans inquiétude touchant le résultat de cette mission. Pour lui, il demeurait calme, se confiant sur la droiture de ses intentions, sur ses convictions bien arrêtées touchant la méthode de prédication la plus utile à notre époque et sur la grâce de Dieu. « Comment ferez- vous, lui demandait-on un jour, pour vaincre les préventions qu'ont suscitées vos doctrines lamennaisiennes ?» Il répondit avec simplicité : « Je ferai mon devoir; je ne m'écarterai pas de la ligne que je crois être la meilleure. Je prêcherai tous les dimanches un sermon dogmatique, afin de propager, autant qu'il dépendra de moi , la science religieuse qui s'affaiblit, et l'on rendra justice, je l'espère, à mon orthodoxie; le mardi et le jeudi de chaque semaine, je prêcherai une homélie sur l'Evangile, à la manière des Pères de l'EgUse, convaincu que c'est le vrai moyen d'enseignement moral. "
Le succès de l'abbé Martin, pendant la station du Carême, dépassa toutes les prévisions. Il sut joindre au coloris du style, au charme des comparaisons, à la grâce et à la grandeur des images, une doctrine exacte, une éloquence grave et élevée, qui séduisirent non-seulement son savant auditoire laïque, mais les membres les plus éminents du Clergé et du Chapitre cathédral. Il nous suffira de citer.
136 L^ABBi; MARTIN
parmi ses admirateurs, le célèbre abbè Carrière, si bon théologien, si parfait appréciateur du vrai mérite, et Pabbé Coustou, dont les idées sur la prédication se trouvèrent en tout conformes aux siennes.
A la fin de la station, M«' Foumier associa le jeune prédicateur à son Chapitre, en lui donnant les insignes de Chanoine honoraire, et, dans son enthousiasme, il le surnomma Bouche-^ Or.
Dans son histoire du savant évêque de Constantinople, l'abbé Martin s'est posé cette question : « De qui Jean a-t-il reçu le nom de Chrysostome ?» Et voici comment il y répond : « Ce que dit le Père Lebrun, qu'il ne fut appelé ainsi qu'au vii* siècle, est inexact. Théodoret, le concile de Chalcédoine, dans le v*, le désignent par l'épithète de Bottcfie-cf Or ^ . Proclus, son disciple et l'un de ses successeurs, le nomme LanffuecPOr*;et le Père Stilting, d'une critique généralement si éclairée et si sûre, n'hésite pas à croire que le grand orateur reçut, dès sa mort même ou à peu près *, un nom qui répondait si bien à l'idée qu'on avait de son éloquence. Mais ce nom, qui pouvait le populariser, si ce n'est le peuple lui-même ? Non, ce n'est pas d'un écrivain obscur qu'il Ta reçu, mais de cette ville d'Antioche, si fière de lui, qui ne l'entendait presque jamais sans faire éclater, par des applaudissements, son ardente admiration. Chrysostome
< Théod., diaL 2, Gonc, tom. IV. p 830 * Procl., de Trad, div, miss.
'Btelt., t. Sept. 69.