CHAPITRE IV
fut ainsi baptisé dans une acclamation populaire, y» Ce n'est pas le peuple de Montpellier qui appela le premier l'abbé Martin Bcmche-cTOr : il reçut ce titre, comme nous venons de le dire, d'un de nos plus illustres évêques; mais l'opinion publique ne tarda pas à le consacrer, et, depuis surtout que le prédicateur de la station de 1834 fut mis à la tête de la paroisse de Saint-Denis, il n'est pas une simple femme qui ne l'ait désigné sous ce nom. Disons, en passant, que ce titre glorieux inspira peut-être à l'abbé Martin la pensée d'étudier plus à fond la vie et l'éloquence de saint Jean Chrysostome.
On nous permettra le récit d'une simple anecdote, pour prouver quelle était la facilité de conception et de parole de l'abbé Martin.
Pendant la station du Carême, M*' Foumier, ayant réuni les prédicateurs de la ville épiscopale, fit à chacun des observations sur le sermon auquel il avait assisté. L'un d'eux avait prêché sur la sainte Vierge. Le Prélat, avec une simplicité pleine d'abandon qui lui était naturelle, crut devoir exposer à quel point il se plaçait quand il traitait le même sujet. L'abbé Martin devait prêcher quelques jours après à Sainte- Eulalie, et en présence de M*' Foumier lui-même, qu'ils avaient invité à leur fête de l'Aimonciation, Après un court exorde, il indiqua le plan^de son discours. C'était le plan même du discours de l'Évêque; et, développant tour à tour les diverses considérations
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qu'il avait entendues au palais épiscopal, il reproduisit avec tant de grâce et d'élégance la pensée du Prélat, que celui-ci, se retournant vers l'abbé de Lunaret, son vicaire général, lui dit en souriant à plusieurs reprises : « Mais il me vole un de mes plus beaux sermons ! » M.^ Fournier fut si satisfait de ce larcin bien légitime, qu'il fit publiquement l'éloge du jeune et brillant orateur.
Cette station de carême laissa les plus doux souvenirs dans l'àme de l'abbé Martin; aussi saisissait-il avec empressement toutes les occasions qui le ramenaient à Montpellier.
M. le Curé de Saint-Roch l'ayant invité à prêcher dans son église la neuvaine en l'honneur de saint Paul, du mois de janvier 1835, il se hâta de lui répondre : « Je n'ai point oublié Montpellier, et j'ai regretté certaines circonstances qui m'ont empêché d'y reparaître depuis le Carême. En me rendant à ton invitation, je serai donc heureux, non pas seulement de revoir un ami, mais de me retrouver dans une ville qui m'est devenue chère à l'égal d'une seconde patrie. »
La fin de cette lettre nous révèle les sentiments de l'abbé Martin pour M«' Fournier, dont une grave maladie faisait pressentir la mort prochaine. «Nous ferions, disait-il, une perte d'autant plus grande, que, par le temps qui court, on ne sait en quelles mains peut tomber la crosse épiscopale. M^ l'Evêque,
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par ses longs services, soa magnifique talent, sa charité et son indulgence paternelle, a d'imprescriptibles droits à Tamour de ses diocésains, surtout de ses prêtres. )» Et, quelque temps après sa mort, il écrivait : « J'ai bien regretté ce bon Evêque ; on le remplacera difficilement. Espérons que du haut du Ciel il continuera le bien qu'il a fait pendant trente ans à son excellent diocèse ! i
Les principales villes de ce diocèse entendirent les prédications de l'abbé Martin. Béziers, Pézenas, Cette, Lunel, Saint-Pons, se souviennent encore de cette parole à la fois si grave et si harmonieuse, qui attirait toujours autour de sa chaire un auditoire aussi sympathique que nombreux.
Mais la ville de Lodève, où il avait débuté en quelque sorte, avant la station de Montpellier, dans la carrière apostolique, fut plus souvent le théâtre de son zèle. Il y prêcha plusieurs carêmes, avec un succès toujours croissant. Aussi, quand il fut invité, une année avant sa mort, à inaugurer la nouvelle chaire de Saint-Fulcran, sa présence fut-elle l'objet d'une véritable ovation.
Nous croyons devoir reproduire ici le compte rendu de cette solennité, parce qu'il nous semble retracer admirablement le caractère du talent oratoire de l'abbé Martin, dans les discours de circonstances solennelles :
« Le sujet s'imposait de lui-même au prédicateur:
comment ne pas parler, en effet, de la grandeur, de Tefficacité de la parole évangélique, en inaugurant une chaire sacrée ? La chaire est la tribune des âmes, c'est pour le prêtre un trône plus haut que celui des rois. De là tombe une parole simple, toujours uniformément moulée dans un texte inflexible et immuable; mais cette parole, on ne l'écoute qu'à genoux; nul n'y répond, nul ne la contredit, même lorsqu'elle blesse. Cette parole n'emprunte rien ni à l'opinion du moment, ni aux intérêts, ni aux passions, ni à la personne même de l'orateur : elle tient toute sa force de Dieu, autorité de langage qui n'a rien d'égal sur la terre, et contre laquelle tout murnjure est impie, toute protestation blasphème !
y> Quels sont les effets de cette parole ? quelle a été son influence sur le monde ? Le Verbe incarné avait dit à douze inconnus, ses apôtres : « Allez, instruisez toutes les nations, portez ma doctrine jusqu'aux extrémités de la terre. » Et ces douze hommes de néant, jetant les yeux sur la carte, comme les lieutenants d'Alexandre, se partagent le monde.
» L'orateur esquisse à grands traits, avec une profondeur de vues et un bonheur d'expression remarquables, l'histoire de l'étabhssement du christianisme. A l'Orient et à l'Occident , au Nord comme au Midi, les prodiges s'accomplissent, les miracles se multiplient pour attester les effets irrésistibles de la parole sainte; partout les faux dieux sont renversés, les oracles confondus, les peuples convertis, les nations