CHAPITRE IV
à Montpellier pour voir M. Martin; il lui écrivit la lettre suivante pour connaître la meilleure manière d'envisager Téloquence de la chaire, comme il avait écrit au Père de Ravignan et à quelque» autres célébrités contemporaines:
« Paris, 8 juin 1852.
» Monsieur le Curé, je vous demande pardon de vous écrire, sans avoir l'honneur d'être connu de vous : je le fais néanmoins en toute confiance, car il s'agit de charité et de religion, et je sais, d'après ce que m'a dit l'abbé . . . , que ces deux choses vous touchent et que vous les comprenez fort bien.
>» Depuis quelques années. Monsieur le Curé, je m'occupe des masses, de l'amélioration morale des ouvriers et des pauvres sur tout; je viens de publier deux petits ouvrages dans ce but. Dieu les a bénis au delà de toute espérance. Je m'occupe encore maintenant d'un travail sur la manière de parler au peuple, et je viens réclamer les conseils de votre expérience et de votre charité. Ayez, je vous en prie, la bonté de me dire quels sont, d'après votre jugement : P les défauts de la prédication de ce siècle ; 2** quelles sont les causes de cet ennui qui vient si souvent prendre l'auditoire; 3** quels seraient les moyens d'y remédier; 4* quelle est la grande différence de la prédication adressée au peuple et de la prédication aux classes élevées de la société, etc., et tout ce que vous savez de bon sur
ce point, ou plutôt non pas tout (car ce serait trop
long), mais au moins une petite partie. Je vous le
demande, Monsieur le Curé, au nom de mes ouvriers,
de mes chiffonniers, de tout mon pauvre et méchant
peuple.
^ L'abbé Mullois. »
Nous ignorons ce que l'abbé Martin répondit à cette lettre ; mais, dans une page de critique littéraire que M. Villemain ne désavouerait pas, il a exposé ses idées sur l'éloquence de la chaire, dont l'idéal lui semblait réalisé dans la méthode oratoire de saint Jean Chrysostome. Voici comment il s'exprime :
«La chaire chrétienne est entrée, depuis deux ou trois siècles, dans une voie qu'il ne nous appartient pas de juger, mais qui l'éloigné singulièrement des premi ers maîtres de l'éloquence sacrée , c'estàr-dire des Pères de l'Eglise. » « Les discours de ceux-ci, dit Fleury, sont simples, sans art qui paraisse, sans divisions, sans raisonnements subtils, sans érudition curieuse; quelques-uns sans mouvement, la plupart fort courts. Il est vrai, ces saints évêques ne prétendaient pas être des orateurs, ni faire des harangues ; ils prétendaient parler familièrement, comme des pères à leurs enfants et des maîtres à leurs disciples. C'est pour cela que leurs discours se nomment homélies en grec, et en latin sermons, c'est-à-dire entretiens familiers. Ils cherchaient à instruire en expliquant l'Écriture, non p«ir