‹ Vie de l'abbé Martin (d'Agde) curé de Saint-Denis, à Montpellier, précédée d'une introdChapitre 34 sur 135 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

la critique et les recherches curieuses, comme les grammairiens expliquaient Homère et Virgile dans les écoles, mais par la tradition des saints Pères. Ils cherchaient à émouvoir, non pas tant par la véhémence des figures et les efforts de la déclamation, que par la grandeur des vérités qu'ils prêchaient, par l'autorité de leurs charges, leur sainteté personnelle et leur charité. Ils proportionnaient leur style à la portée de leurs auditeurs*.»

» C'est avec cette méthode, ou plutôt cette complète absence de méthode, que procède Chrysostome. Point de plan, point de cadre, point de règles; aucun dessein arrêté, si ce n'est, d'une manière générale, la confirmation de la foi et la correction des mœurs ; aucune espèce d'unité. C'est l'abandon, l'imprévu, le désordre de la conversation. Souvent il entre en matière sans préambule ; parfois il fait, l'un sur l'autre, deux ou trois exordes, inspirés par la première circonstance venue : l'affluence qu'il a sous les yeux, les pauvres qu'il a rencontrés sur sa route, l'événement qui a ému la cité la veille ou le matin. A part les panégyriques et quelques discours sur un sujet spécial, il explique le passage de l'Ecriture qu'on vient de lire du haut de l'ambon. L'explication est simple, littérale, solide. Esclave du texte, il en fait valoir tous les mots; quelques phrases lui suffisent pour poser le dogme, répondre aux ques-

* Fleury, Momrs des chréi,, 3«part., ch. xxxi.

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tions, écarter les difficultés. Il s'interrompt au milieu de son commentaire pour une pensée qui le frappe, pour une digression qui l'entraîne ; quelquefois pour donner un avis, pour faire un reproche, pour prendre à partie tels ou tels de ses auditeurs. Puis tout cela finit par une exhortation morale, peu liée d'ordinaire à ce qui précède, mais toujours en rapport avec les besoins de l'auditoire, et dans laquelle il s'abandonne à sa verve et déploie tous les trésors de son éloquence. Du reste, pas plus de façons dans le style que dans la composition. Grand, large, d'une belle et fière simplicité, quelquefois naïf, il est quelquefois

sublime Pasteur, il s'entretient librement et

saintement avec ses ouailles^ caresse, gronde, discute, plaisante, raconte, interroge avec une familiarité paternelle et affectueuse, souvent très-piquante ; mais, de temps à autre, le ton s'élève, la parole éclate, la conviction déborde, et l'auditoire subjugué bat des mains, pousse des cris, verse des larmes, et proclame à haute voix la résolution de se convertir*. »

Dans ces lignes si remarquables, l'abbé Martin a fait plus que caractériser la méthode oratoire de l'évêque de Constantinople, et l'éloquence de la chaire en général : il s'est peint, sans s'en douter, luimême, et ceux qui eurent le bonheur de l'entendre, lui

* S, Jean Chris,, tom. I, p. 288.

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