CHAPITRE IV
Les compatriotes de l'éloquent prédicateur, fiers de sa renommée, ajoutèrent au nom de Pabbé Martin celui àiAgdey lui donnant ainsi une sorte de titre de noblesse, honorable pour le patriotisme du fils de cette vieille cité. Agde était, en effet, l'objet de ses prédilections les plus vives. C'est là qu'il avait fait, non-seulement ses premières études d'enfant, mais encore ses premiers travaux d'homme et de prêtre. Aussi lui a-t-il payé le tribut de sa piété filiale en écrivant quelques pages, d'une érudition aussi intéressante que vraie, sur la ville primitive d'Agathe*, dans un opuscule intitulé : Notice sur Notre-^Dame-^u- Grau, suivie de la Vie de saint Sévère ^
M. Martin raconte que, « vers le milieu du v* siècle, l'an 456, un étranger débarquait sur la plage de l'antique Agathe ; il venait de la Syrie, fuyant le monde et cherchant un lieu désert pour y vivre seul avec son Dieu. Il s'établit à deux milles de la ville, sur un plateau de laves et de cendres, couvert de pins et baigné par les flots de la Méditerranée, non loin d'une de ces bouches par où VAraur (l'Hérault) venait se jeter dans le golfe Gallique, en formant un vaste delta, au bord d'une belle fontaine qui prit le
< Agathe, ancien nom de la ville d'Agde.
* Ce travail n'a été publié qu'en 1843; néanmoins nous l'avons mis sous la date de ce chapitre, parce qu'il a été le résultat des études et des recherches de Tahhé Martin, àTépoque où il habitait Agde.
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nom d'Aiguës- Vives. Mais bientôt la cellule de Sévère se changeait en monastère^ Tabbè était thaumaturge.
» Agathe, qui avait subi trois invasions de barbares dans un demi-siècle, et qui entendait sans cesse le bruit des Alains, des Vandales, des Huns et des Goths , passant et repassant à travers les Gaules , Agathe crut voir dans la personne de Sévère, ami de Dieu, une égide contre de nouveaux malheurs, un rempart qui devait arrêter Tennemi. Elle supplia le saint abbé de rapprocher sa demeure ; et Sévère vint bâtir son monastère à quelques pas des murs de la ville, à Tombre de l'église épiscopale de Saint- André, où un autre saint, l'illustre Césaire, présidait, quelques années plus tard, un de nos plus célèbres Conciles*.
» Mais l'oratoire de Sévère, confié à de pieux ermites, resta l'objet de la dévotion populaire; il semblait placé comme un phare au fond du golfe terrible*. C'est parce que son enceinte, trop étroite, ne pouvait suffire au concours des pèlerins, qu'en 1583 le connétable Henri de Montmorency, gouverneur du Languedoc, conçut l'heureuse idée de bâtir une église plus vaste et un couvent de Capucins pour la desservir. Par ses ordres aussi, et par ses libéralités, une autre chapelle fut construite à quelques
* Le Concile d'Agde, tenu en 506.
2 Le golfe du Lion <c mare Leonis », ait Guillaume de Nangis, parce qu'il est souvent agité et sujet à de fréquentes tempêtes {Gest. Sançti Ludovici.)