CHAPITRE IV
pas de la première, sous le nom di Agenouillade , et sur la pierre miraculeuse où, d'après la tradition, la sainte Vierge avait apparu à un des premiers ermites du Grau, pour rassurer le pays, menacé d'être à la fois englouti par un débordement de la mer et un tremblement de terre.
» Le temps n'a fait qu'accroître la vénération des peuples pour le célèbre sanctuaire de Notre-Damedu-Grau, De nombreux pèlerins y accourent de toute part. Les marins, au retour de leurs courses périlleuses, y portent l'hommage de leur reconnaissance. Que de prodiges opérés dans ce saint lieu, dont la piété seule conserve le souvenir ! »
L'abbé Martin avait souvent exprimé le désir que Notre-Dame-du-Grau fût de nouveau confiée aux soins des disciples dévoués de saint François. Nous aimons à croire que son frère *, propriétaire actuel de cette chapelle , loin de mettre obstacle à ce projet, en faciliterait généreusement la réalisation.
C'est dans les notes ajoutées à la notice sur Notre-Dame-du-Grau, que M. Martin a cherché à préciser, à l'aide de documents archéologiques et de l'inspection des lieux, la position, aujourd'hui incertaine, de l'île Agathe et de l'antique cité de ce nom. D'après lui, « si l'île Agathe a réellement existé, et si elle n'est pas Maguelone, comme l'ont pensé
* M. Em. Martin , docteur-médecin, à Agde.
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quelques érudits, il ne faut la voir que dans la plage de Sète à Agde, plage dont^ à Tépoque de Ptolèmée , le grau d'Ambone d'une part, et tout autre qu'on peut supposer au pied de la montagne de Sète, faisaient véritablement une ile ^
» La ville primitive d'Agathe fut bâtie au bord de la mer, au pied du mont Saint-Loup, entre les dernières pentes de celui-ci et le bassin marécageux que nous appelons aujourd'hui l'étang d'Ambone. Cette opinion, qui fut celle du dernier et savant évêque d'Agde, et que M. Henri Reboul a soutenue après lui, a pour nous presque le caractère d'une vérité démontrée*. Le sol qu'occupait la cité antique, après tant de siècles et de bouleversements, est encore jonché au loin d'innombrables débris d'urnes cinéraires, de vases domestiques, de tuiles à rebord, de mosaïques, de ces siratumen sur lesquels étaient posés les parquets et les pavés des maisons; et beaucoup de villes gallo-romaines aujourd'hui détruites, dont l'existence et l'emplacement ne sont pas un objet de discussion entre les savants, sont connaissables à moins de vestiges que celle-là. Sa destruction peut être rapportée à l'époque de l'invasion franco-allemande, sous les empereurs Galien et Valons, vers l'an 265. »
* Marcel de Serres, Hist. des volcans éteints (Bulletin des sciences de Montpellier, t. 4, p. 13).
• Histoire d'Agde, p. 323 et suiv.
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La vie de saint Sévère, abbé de Saint-André à Agde, qui complète la notice de Notre-Dame-du- Grau, n'est que la traduction d'un travail imprimé, pour la première fois, en 1668. Mabillon Tinséra dans ses Actes des Saints. L'abbé Martin j a ajouté deux notes relatives aux églises de Saint-André et de Saint-Martin, dans lesquelles il démontre Texistence de deux abbayes diflférentes, portant, Tune le nom de son fondateur, et l'autre celui de l'apôtre près de l'église duquel elle avait été construite. Il termine son travail par cette question : « Que sont devenus les restes de saint Sévère ? » Son opinion est qu'ils ne sont jamais sortis de l'église de Saint- Martin (aujourd'hui Saint-Sévère), qui les avait reçus d'abord; et si, comme M*' de Saint-Simon semble l'ajfirmer*, des documents anciens parlent d'une translation, elle eut lieu non d'une église à une autre, mais dans la même église , de la tombe où le serviteur de Dieu avait été déposé après sa mort à la place d'honneur * qui fut assignée à ses reliques, lorsqu'on eut résolu de les exposer à la vénération des fidèles et de rendre à la mémoire du Saint un culte public. A quelle époque ont-elles été perdues et par quel événement? On ne saurait l'affirmer.
« M«' de Saint-Simon, que le désir de retrouver ce
* Breo. Àgath.f in fest. S. Severi.
^;^La translation, dans les temps antiques, était une manière de canoniser. Benoit XIV, de Servorum Dei, etc. y chap. ii.
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ses, et les mots ne varietur, qui précèdent la signature de l'official, annoncent l'autorité que le Chapitre a dû lui reconnaître.
Le premier de ces statuts , fait de concert par Tévêque et le chapitre, porte la date de 1277* ; il est complété par sept autres appartenant au xm* et au xrv* siècle; puis viennent les modifications faites, en 1383 et 1384, par le cardinal Guy, du titre de Sainté-Croix, ainsi que celles que Hugues de Montruc, évêque d'Agde, obtint deux ans plus tard du cardinal Guillaume dé Saint- Ange.
Ce manuscrit contient un règlement de 1422, au sujet des processions, fait par Philippe de Lévis et son Chapitre ; il est suivi des constitutions publiées, en 1276, au concile de Béziers, par le cardinal Simon, du titre de Sainte-Cécile.
On y lit encore les statuts portés, en 1586, par Tévêque Bernard Dupuy ; le texte du serment prêté par Tévêque, le chanoine et le bénéficier au moment de leur installation, et enfin la formule d'une profession de foi d'après le concile de Trente.
Le second ouvrage est un Bréviaire d'Agde, dont le frontispice a pour titre : Breviarium ad vsum beatissimi prothomarti/ris Stéphanie Agathensis àyocesis patroni.
Au dernier feuillet, on lit les mots suivants, indiquant que ce bréviaire a été imprimé à Valence, en 1510, par Jean Belon :
CHAPITRB rV 199
Explicit breyiarinm ad usum ecclesi»
Agathêsi. impressum cura et industria magistri JohSLnis Belo civitatis valentinen. impressoris. anno dni M. V. c. X. et die xv mens, julii.
Ce magnifique exemplaire est complet, dans un état de conservation irréprochable, avec une belle reliure de Lortic, en maroquin vert du Levant. Il a appartenu aux Pères Oratoriens de Pézenas. M'"" de Saint-Simon, dernier évêque d'Agde, en possédait un autre. Celui qui se trouve à la Bibliothèque impériale est en mauvais état. Comme œuvre typographique, ce Bréviaire remonte presque à l'apparition de l'imprimerie en France. Il est remarquable, comme œuvre liturgique, par le grand nombre de petites proses (proselH) entre la dernière leçon de Matines et le Te Deum. C'est l'ancien Bréviaire gallicanoromain de l'église d'Agde, imprimé pour la première et dernière fois sous l'épiscopat de M** de Vesc, et remplacé par le Bréviaire romain, à la suite du Concile provincial deNarbonne, en 1609.
L'affection de l'abbé Martin pour sa ville natale et pour tout ce qui se rattachait à ses vieilles traditions ne s'effaça jamais de son cœur. Appelé à passer, loin de sa chère Agathe j la seconde moitié de sa vie, il aima toujours à se reporter par la pensée vers les jours où il habitait ses gracieux rivages; et une lettre
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qu'il écrivait à son frère, en 1850, nous a fait comprendre combien fut vivant dans son âme le culte des premiers souvenirs.
Le docteur Martin avait fait bâtir, hors de la ville, la maison qu'il habite aujourd'hui. Au moment d'en prendre possession, il exprimait à son frère sa tristesse de quitter le toit paternel, sous lequel ils avaient passé les premières années de leur vie. L'abbé Martin lui répondit :
« J'étais convaincu, mon cher ami, qu'il t'en coûterait beaucoup de quitter cette pauvre petite maison où nous sommes nés, où nous avons été aimés par la plus digne des mères ; par un père qui était la probité, la bonté, le dévouement en personne; par des sœurs qui nous affectionnaient au-dessus de tout; où nous avons souflfert bien des épreuves, mais adoucies et ennoblies par des consolations que la vie ne donne qu'une fois. . .
» A mesure qu'on avance dans l'existence, les liens nombreux qui la rattachent à la terre se brisent; c'est un mât dont les haubans cassent l'un après l'autre, et que le premier coup de vent va jeter sur le tillac ! Tous les souvenirs du cœur se changent en tristesse; le passé couvre le présent de son ombre et mêle des douleurs aux joies les plus samtes.
» Mais alors, aussi, on comprend et l'on regrette bien des choses auxquelles on ne pensait pas. Le culte