‹ Vie de l'abbé Martin (d'Agde) curé de Saint-Denis, à Montpellier, précédée d'une introdChapitre 40 sur 135 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

peuvent, de la société actuelle, et ne veulent voir en elle qu'un débris curieux d'un autre âge et d'un autre monde, tout au plus une belle et imposante inutilité. Prétention malheureuse, qui compte de nombreux partisans ; déplorables erreurs, qui, se répandant d'une manière effrayante, entretiennent de plus en plus, avec le dégoût des choses de Dieu, cette indifférence religieuse dont l'Eglise, notre mère, s'afflige si vivement, et contre laquelle viennent échouer tous les efforts de son zèle.

9» Â Dieu ne plaise que nous voulions contester à notre siècle quelque chose de sa gloire, ou nous inscrire en faux contre des faits éclatants * !

» Notre siècle, nous le savons, est fier, à bon droit, du progrès de ses arts, des conquêtes qu'il fait sur la nature, des découvertes de sa science, des merveilles de son industrie, des richesses de la civilisation. Mais, sous ces dehors si brillants, qui ne voit avec une douleur profonde quelque chose qui se cache et qui atteste un dépérissement universel dans l'ordre de' la morale et de la vertu ? La charité n'est plus comprise dans un temps où l'homme lui-même l'est à peine. Les nobles tendances de l'àme, les sentiments sublimes et généreux, s'effacent et disparaissent devant le plus abject égoïsme. Les noms qui avaient la puissance de remuer les cœurs sont aujourd'hui vides de sens et ne survivent guère que comme les débris

* Mandement pourle carême de 1840.

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d'une langue perdue. Regardez votre temps, et dites si nous calomnions notre époque, quand nous aflSrmons qu'il n'y a plus qu'une science, celle de parvenir ; qu'une passion, celle de l'or ; qu'un dieu, la fortune. De là, cette vénalité hideuse que tous accusent et que tous subissent ; cette corruption immense que tous déplorent et que tous propagent. Les réputations élevées descendent de leur poste de gloire, pour se courber devant l'idole du jour. Les intelligences éminentes pactisent avec la honte ; l'honneur, le talent, la vertu, au lieu de cette auréole qui les couronnait, et qui est, suivant l'expression du prophète, la lumière du visage de Dieu *^ n'étalent sur leur front, il faut le dire, que leur mise à prix; et, tandis que la civilisation, telle que l'impiété nous l'a faite, s'enorgueillit du bien qu'elle opère, chaque jour de hideuses misères se révèlent, qui viennent confondre les promesses de la philanthropie, déranger les calculs de la perfectibilité humaine, et prouver, même aux moins attentifs, que cette vie, en apparence si active et si pleine, n'est en réalité que la mort : Nomen hahes quod vivasy et mortuus es '.

Oui, il est triste de se l'avouer, mais aux yeux de l'homme vraiment sage, il est à craindre que ce luxe éblouissant d'une civilisation progressive ne soit que le pompeux linceul qui couvre un cadavre, et que ce

* Psalm. 4.

* Apocal., 3, 1.

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