‹ Vie de l'abbé Martin (d'Agde) curé de Saint-Denis, à Montpellier, précédée d'une introdChapitre 41 sur 135 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

mouvement d'un siècle qui menace de dévorer, dans son activité, l'espace et le temps, ne soit lui-même que le travail de la tombe. Mais aussi, qu'avons-nous vu depuis bientôt un siècle? La société, abandonnée à des maîtres trompeurs, s'est efforcée de se séparer de plus en plus de la Religion ; et cette Religion sainte, qui avait affranchi la terre de l'esclavage et de la honte, n'a souvent obtenu, à une époque où les mots d'affranchissement et de liberté sont dans toutes les bouches, que les honneurs de la dérision ou les privilèges de l'ilotisme. Nous avons vu ses autels brisés, ses mystères conspués, ses ministres traités comme les ennemis de la patrie, la Croix elle-même, cette Croix qui a sauvé le monde, arrachée de ces places publiques où nos pères l'avaient élevée comme l'emblème de tous les droits pour le pauvre, l'abrégé de tous les devoirs pour le riche j et, comme si ce n'avait pas été assez d'impiété et de folie, nous avons vu cette Croix dispa^ raître des tribunaux, où elle protégeait l'innocence et consacrait la justice ; en sorte qu'encore aujourd'hui il faut du courage à nos magistrats, pour oser siéger au-dessous de l'image sainte du Sauveur des hommes et de leur juge. Nous avons vu ces choses ! et c'est à une société ainsi saturée d'irréligion et de matérialisme, à une société qu'on a prétendu isoler du Ciel, à une société qu'on a osé faire sans prière et sans foi, qu'on est venu ensuite parler de franchises politiques, de progrès humanitaire, de perfectibilité indéfinie, comme si quelque chose de semblable était possible

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en dehors de tout culte et sans Dieu. Ah ! sans doute, la Providence le permettait ainsi, et pour mettre à nu toute rimpuissance de Thomme, s'inspirant de sa seule sagesse, et pour venger la vérité de cette parole divine : «« Si le Seigneur n'édifie la maison, en vain I» travaillent tous ceux qui l'édifient : Nisi Dominus fi cedificaverit domum, in vanum laboraverunt qui fi œdificant eam *. »

» Et, en eflfet, voyez comme toutes les théories, toutes les pondérations de pouvoirs, tous les systèmes d'équilibre social, ont été tour à tour vainement essayés parmi nous. Nous avons eu l'anarchie et la terreur ; le despotisme ignoble et le despotisme de la gloire ; des tribuns et des consuls ; des rois et des dictateurs; des^onstitutions et des chartes; puis, des lois à l'infim pour expliquer et les constitutions et les chartes ; et notre belle France, jadis si calme, n'a plus été qu'une vaste arène où toutes les opinions sont venues se mesurer, se combattre, se calomnier l'une l'autre; où tous les partis, tous les talents, ont apporté, avec le tribut de leuns idées, l'expression plus ou moins heureuse de leurs rêves ou de leurs folies. Depuis près de soixante années nous poursuivons ce cours de douloureuses et terribles expériences. C'est un peu plus que le temps que mit Israël à errer dans le désert, Israël, comme nous, objet et témoin de plus d'un prodige. Et cependant, qui ose-

* Psalm., 126,6.

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