‹ Vie de l'abbé Martin (d'Agde) curé de Saint-Denis, à Montpellier, précédée d'une introdChapitre 42 sur 135 · CHAPITRE lY · texte numérisé non relu

CHAPITRE lY

rait dire que nous touchons, comme lui, à la Terre promise, alors que tous ces Moïses présomptueux, qui nous promettaient la gloire et le bonheur, se couchent chaque jour dans la tombe, sans avoir pu même la saluer de loin, sans pouvoir nous dire autre chose, si ce n'est qu'ils désespèrent que leurs fils eux-mêmes puissent jamais y atteindre ?

»I1 en devait être ainsi, dès que la société se plaçait elle-même en dehors de la Rédemption du Fils de Dieu*.»

Nous ne connaissons pas d'Apologie du sacerdoce catholique plus émouvante et plus sublime que les paroles du Mandement suivant, où l'abbé Martin a laissé déborder de son cœur les sentiments profonds d'estime et de vénération qu'il voulait inspirer à tous pour la dignité sacerdotale. Cette Apologie est un de ses plus beaux mouvements oratoires :

«Nous ne saurions comprendre, dit-il, ces étranges reproches dont le sacerdoce catholique est l'objet, cette question posée sérieusement de nos jours : Que font nos Prêtres ? Ah ! sans doute, ils ne descendent pas, avec vous, dans l'arène brûlante des partis ; ils ne viennent pas se mêler à ces luttes sans grandeur et sans résultat, où le drapeau qui triomphe est presque toujours celui de l'égoïsme et de la passion. Mais, tandis que vous vous disputez sur des ruines

* Mandement pour le carême de 1839.

encore fumantes, quand vous ne savez que vous jeter à la face les uns des autres les débris qui , chaque jour, s'amoncellent autour de vous, eux, à l'écart et sans bruit, ils labourent patiemment le champ de la Providence ; ils sèment, dans le cœur des générations nouvelles, ces germes divins auxquels se rattachent toutes les espérances de l'avenir. Instruire la jeunesse dans l'amour des hommes, dans l'obéissance aux lois; exciter, développer en elle le sentiment de tout ce qui est bon, grand, utile, de toute loyauté, de toute délicatesse, de toute vertu, n'est-ce pas se faire le véritable conservateur de l'ordre public, le sublime initiateur de l'avenir social? Plus ils semblent étrangers à ce qui se passe autour d'eux et plus, dit saint Augustin, leur immolation est utile, leur vie contribua à la vie et au bonheur de la société *.

» Que font nos Prêtres ? Mais est-ce donc à nous qu'il vous faut la poser, cette question ? Allez plutôt le demander dans cette chaumière où, pauvres euxmêmes, ils nourrissent le pauvre; auprès de ce mourant qu'ils consolent; au milieu de ces orphelins qui les bénissent; dans cette sombre prison où ils viennent lutter, avec de saintes paroles, contre le vice et le désespoir. Ce qu'ils font ? Ils relèvent, ils font revivre les âmes infortunées que vos passions ont flétries, ces existences trop faibles que vous vous

^ Saint Àug,, de Mor. Eccl, caih., c. 51.

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