CHAPITRE IV
faites un jeu de briser, ceux qui ont pris la terre à dégoût, ceux qui implorent le baume du repentir, ceux qui ont besoin de pleurer et de prier. Dans ce temps d'inquiètes recherches et de douloureux mécomptes, vos Prêtresj sachez-le bien, veillent pour recueillir les blessés de tous les partis; pour que l'humanité, dans l'ivresse ou dans la colère, n'aille pas étouffer elle-même, en son sein, sa dernière espérance ; ils vous attendent, vainqueurs ou vaincus, pour vous couvrir tous du même drapeau : celui de l'amour. Le Prêtre est l'homme du peuple, le confident de ses secrètes douleurs, l'interprète de ses besoins intimes ; il est le père des orphelins, l'ami de quiconque n'a pas d'amis. Souffrir et prier avec les pauvres, vivre et souvent mourir pour eux, c'est le seul privilège qu'il ait retenil de son ancienne puissance, le seul qu'on ne lui dispute pas aujourd'hui. Les siècles et les révolutions l'ont trouvé fidèle à cette grande cause de la souffrance et de la pitié; et, s'il ne 's'assied plus au conseil des rois, s'il n'élève plus d'augustes édifices, s'il n'a plus le sceptre de la science, du moins il a toujours le monopole divin de la charité.
» Qtie font nos Prêtres ? Mais Paul, nous le demandons, que faisait-il, ce barbare, ce corroyeur mercenaire, ce juif, qui savait à peine parler? que faisait-il dans ce monde des Auguste et des Virgile, dans ce monde d'orgueil, de doute et de volupté; quand l'Aréopage refusait de l'entendre, quand le
t72 l'abbé. MARTIN
peuple se moquait de ses paroles et le traitait de vain parleur* ? Noits travaillons de nos mains^, s'écriai1r-il; nom souffrons la faim et la soif; nous sommes mis ^ ;on nous traite comme la halayure du monde * ; et moi-même fai désiré de m>e faire anathème* pour m£s frères. Je ne sais ^ que Jésus crur ci fié \ Ce qu'il faisait? Eh bien ! regardez : il parlait, il priait, il mourait ! . . . Sur sa tombe, à peine fermée, se levait un monde nouveau !
9» Immuable dans son esprit et dans sa foi, mais accommodant, d'âge en âge, son action aux besoins de l'humanité, le sacerdoce catholique n'a pas cessé de suivre l'homme, avec ses bienfaits et son amour, depuis ce monde romain, esclave gorgé d'or et de sang, jusqu'à cette époque si brillante et si stérile, qui s'enorgueillit de ses lumières et se meurt d'impuissance et de doute. Le même, lorsqu'au milieu du cirque, rougi de son sang, il proclamait la loi de rachat, en présence de la tyrannie ; le même, lorsqu'au fond des déserts il protestait, au nom de ces luttes sublimes de l'esprit, contre la loi de chair qui régissait le monde; le même, lorsque se jetant.
* Àci.y c. XVII, V. 18.
2 I ad Cor., c. iv, v. 12.
3 Ihid., c. V, V. 11.
* Ibid,, c. V, V. 13.
* Ad flom.jC. IX, V. 3.
^ I ad Cor., c. ii, v. 2.
^ Ad Gai., c, VI, V. 14.