‹ Vie de l'abbé Martin (d'Agde) curé de Saint-Denis, à Montpellier, précédée d'une introdChapitre 44 sur 135 · CHAPITRES IV · texte numérisé non relu

CHAPITRES IV

avec les Basile, les Léon, les Ghrysostome, au-devant des envahissements d'un pouvoir ombrageux et dégradé, au-devant d'une invasion immense et, pour ainsi dire, diluvienne, il trouvait, dans ces ruines sanglantes d'un ordre social renversé, dans ces peuples sans nom et sans loi, les éléments providentiels d'un ordre de choses plus puissant et plus beau ; le même lorsque, prêtant aux pierres les saintes ardeurs de sa pensée, il élevait les monuments admirables qui défient nos arts sans cœur et sans foi; il est encore le même qui, debout à travers les orages des temps modernes, conserve inviolables ces principes de justice et de ^ ertu auxquels il faut toujours revenir, et qui doivent être posés comme la pierre angulaire de toute constitution sociale. Toute sa vie est uae haute protestation contre l'égoïsme et la vénalité du siècle, contre toutes les idolâtries de l'esprit et du cœur, une sainte et touchante réclamation en faveur du pauvre, du faible, de tous les membres souflFrants de la grande famille, au nom du Père qui est dans les Cieux.

» Non, il n'est pas vrai que le sacerdoce catholique ferme les yeux à la science et qu'il repousse le progrès ; mais il n'est pas vrai, non plus, qu'il doive suivre et seconder, dans tous ses caprices, l'esprit humain, si souvent dupe de son orgueil et de son inconstance. L'empreinte du temps et de la nouveauté s'est attachée de nos jours à tout ce qui nous entoure ; laissons du moins quelque chose de stable dans ce

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monde, où tout passe si vite, quelque chose qui reste pur et semblable à lui-même, entre les deux abîmes de l'avenir et du passé ! Qu'importent donc ces craintes hypocrites sur les destinées de l'Eglise? Autrefois aussi, elle a paru ployer sous le fardeau, et le monde Ta vu se relever plus puissante et plus belle. Quand tout paraît la trahir aujourd'hui, n'en doutons pas, elle tient des prodiges en réserve pour étonner la terre et pour la sauver !

» sainte Eglise de Rome ! mère et maîtresse de toutes les Eglises ! vous en qui réside la principauté principale^ centre immuable de 7 unité, comm£ Dieu vou^ êtes patiente, parce que vous êtes immortelle comme lui. Ah ! le mal est grand, la foi s'affaiblit, les gouvernements ont peur de Dieu comme d'un rival, les peuples tournent le dos à la Croix, et ils s'agitent au hasard, également incapables et de la liberté qu'ils adorent, et de l'ordre qu'ils ne comprennent pas. Le flot de l'erreur monte avec celui du vice, et ils menacent tout : c'est l'heure suprême pour la société ! Mais vous êtes le mont Sacré où s'arrêtera l'arche après le déluge : le salut est sur vos divines hauteurs. De ce Capitole éternel que la foi vous a fait, vous voyez passer les temps, et vous marquez, avec la Croix, le jour désiré de la renaissance. Nous nous pressons autour de vous , nous vous étreignons de notre amour; vous êtes notre Mère, et votre front, que ceint le diadème d'épines de votre Époux, dans sa tristesse même laisse voir les rayons d'une divine

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auréole ! Rien n'ébranlera notre confiance, ni votre apparente faiblesse, ni les dédains de vos ennemis ! Quand Jésus, enchaîné dans le Pjétoire, portait la pourpre de la dérision, il n'avait dans sa main qu'un roseau en guise de sceptre ; on lui disait : Prophétise ! et on le frappait. Quelques heures après, sur le gibet du Calvaire, nu, baigné dans son sang, il rendait un dernier soupir, et ce soupir sauvait le monde* ! »

Nous arrêtons ici les citations des Mandements composés par l'abbé Martin, exprimant encore une fois le regret qu'il n'ait pas laissé de sermons écrits.

En acceptant la mission d'exercer ainsi à la place de son Évêque le ministère de la parole, l'abbé Martin ne se dissimulait pas la difficulté de sa tà^ che, puisqu'elle l'obligeait à s'élever toujours à la hauteur de la parole même de M*' Thibault. Or, appréciateur intelligent du vrai mérite, il connaissait les richesses intellectuelles de cette nature d'élite, et il savait, mieux que personne, rendre hommage aux qualités oratoires de l'éminent prélat.

Un de ses amis l'invita un jour à rendre compte d'une station de l'A vent prêchée par Sa Grandeur dans sa cathédrale*. Nous citerons cette nouvelle page de critique littéraire, où la facture large et magistrale de l'écrivain se révèle toujours :

* Mandement pour le carême de 1841.

2 En 1850.

« L'Avent vient d'être prêché dans PÉglise cathédrale de Montpellier, par M*' TÉvêque luimême.

n L'éminent orateur, dont tout le monde connaît la facilité brillante etlaparole chaleureuse, s'est élevé cette fois à la plus grande hauteur de doctrine. L'aigle de rÉvangile l'a emporté sur ses ailes dans les profondeurs du Verbe divin, et l'on peut dire qu'il a constamment plané, avec la puissance de Bossuet et de saint Augustin, dans ces merveilleuses régions où se cache le dernier mot de la science et du mystère. Constamment aussi il a fait jaillir de ce Sinaï d'admirables éclairs; et, chose plus étonnante encore, l'auditoire saisi, enlevé, suivait tout haletant, mais heureux, le vol audacieux du prédicateur. C'est qu'en eiffet, maître absolu de son sujet, le prélat le faisait descendre, sans lui rien ôter de sa grandeur, à la portée de toutes les intelligences. Il avait trouvé le secret de rester toujours simple, sans cesser d'être sublime

» L'orateur a exposé, dans toute son étendue, la doctrine du Verbe divin. L'auteur des Elévations avait jeté sur ce grand sujet quelques traits magnifiques de son génie, mais il avait évité de l'approfondir; et peut-être, depuis saint Augustin, il ne fut jamais traité, en chaire du moins, d'une manière si complète, si lumineuse, si hardie à la fois et si exacte.

» Le prélat a considéré d'abord le Verbe en Dieu, dans le sein de son Père, dont il est l'éternelle et

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