CHAPITRE V
donne 20,000 francs pour agrandir le Séminaire et rendre Tensemble des constructions plus régulier. Il faudra par conséquent que, dès que mes travaux le permettront, j'aille faire ratifier ce don par Monseigneur, qui n'a pas le temps de venir ici luimême. 9»
Et il termine par ces mots, qui prouvent de plus en plus la grandeur du sacrifice qu'il avait fait :
« Le succès de notre maison va toujours croissant; il n'y a que le Supérieur qui soit à plaindre. Mon âme est bien triste : l'isolement est si complet ! Puis nous sommes vraiment dans la Sibérie : quand la neige ne tombe pas, le bruit monotone de la pluie et du vent interrompt seul le silence de ce désert. . . Eh bien! mon ami, que la volonté de Dieu soit faite! Ne dois-je pas m'oublier moi-même, pourvu que je devienne l'instrument de quelque bien ? »
M»' Thibault ne se dissimulait pas les difficultés de la situation du nouveau Supérieur de son Petit Séminaire; il appréciait son dévouement, mais il comptait aussi sur ses qualités éminentes, et, se confiant en sa sagesse, il lui laissait une liberté complète d'action. Ces sentiments de l'illustre prélat se révèlent dans la lettre suivante, qu'il adressait à l'abbé Martin :
« Montpellier, 26 novembre 1837.
y» Je me suis parfaitement expliqué votre silence?
mon cher abbé ; je sais ce que c'est que de se trouver dans la position où vous êtes, et la besogne dont je vous ai chargé 'm'est assez connue pour qu'elle suffise à vous excuser. Il est vrai que le climat et le pays plaident contre mon Petit Séminaire de Saint- Pons; mais que ne peut pas l'intelligence? que ne peuvent pas,;[avec elle, le zèle et l'activité dont je vous sais doué?
» Une fois pour toutes, vous avez carte blanche. Ainsi concluez, avec le bon archiprêtre, ce qui vous paraît devoir être le plus profitable, et faites-moi arriver un projet d'acte à passer pour assurer les droits de tous. Vous pourriez en être vous-même le porteur, car je ne vois pas qu'il me soit possible de vous aller visiter avant mon départ pour Paris. . .
» Je vous recommande M. de Bonne. Ce jeune prêtre a de l'avenir : sachez me dire s'il s'adonne à l'étude. Il est bon, franc et spirituel; c'est un de mes bons et très-bons sujets.
» Adieu, mon cher abbé; vous savez combien je vous suis tendrement dévoué. Tout vôtre,
■f- Charles, évêque de Montpellier. »
Les espérances que M«' Thibault exprimait avec tant de conviction, au début de cette lettre, ne tardèrent pas à se réaliser. Bientôt, grâce à l'activité infatigable de l'abbé Martin, de magnifiques constructions s'élevèrent, comme par enchantement, là