‹ Vie de l'abbé Martin (d'Agde) curé de Saint-Denis, à Montpellier, précédée d'une introdChapitre 49 sur 135 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

OÙ l'on ne voyait, la veille, qu'un rocher aride. Le nouveau Séminaire s'oflFrit à l'œil ravi de ses nombreux visiteurs, avec ses salles d'étude spacieuses, ses classes parfaitement aérées, ^ses gracieuses terrasses, son réfectoire élégant, ses dortoirs immenses et les jardins échelonnés qui entouraient ses bâtiments pittoresques d'une couronne de verdure et de fleurs. De vastes cours,^^ ombragées de tilleuls plusieurs fois séculaires ou de jeunes platanes que la main de l'abbé Martin venait de planter, furent consacrées aux récréations des jeunes élèves pendant le printemps et l'été, et une galerie vitrée, dont le dôme immense était supporté par quatre rangs de colonnes, leur permettait de prendre leurs joyeux ébats pendant l'hiver, à l'abri du vent ou de la neige.

La sollicitude paternelle de l'abbé Martin se révèle dans les plus minutieux détails. Il confie à des religieuses de la Congrégation de Saint-Joseph le soin du vestiaire et de l'infirmerie ; il fait, chaque matin, la visite des m.alades ; une propreté élégante, qui est le vrai luxe chrétien, reluit partout ; deux fois la semaine, il inspecte, comme un général d'armée dans de solennelles revues, les vêtements et les chaussures des élèves ; il ne craint pas même que son sommeil soit troublé souvent pendant la nuit, et il établit, dans les dortoirs, un surveillant qu'il oblige à venir, de deux heures en deux heures, déposer une boule dans une machine ingénieuse, placée au

chevet de son lit, afin qu'il soit bien constaté, le matin, que sa vigilance n'a pas été en défaut.

Convaincu de la nécessité de relever le niveau des études, le Supérieur du Petit Séminaire de Saint- Pons veut s'adjoindre des hommes intelligents, qu'il associera à son œuvre : l'abbé Ferret (des Aires), que M. Poiloup, le célèbre directeur de la maison de Vaugirard, devait attirer quelques années plus tard auprès de lui, comme préfet des études ; l'abbé Paulinier, qui marquait déjà la place qu'il occupe parmi les orateurs éminents de notre époque; le docteur es lettres Filachou, dont la Faculté de Montpellier connaît la profonde érudition; l'abbé Corone, curé de Sainte-Ursule à Pézenas, et le saint abbé Bessieux, devenu évêque des deux Guinées, qu'il féconde de ses sueurs, sont appelés, les premiers, au professorat de l'institution nouvelle, dont la chaire de philosophie devait être confiée, un peu plus tard, à l'abbé Gros (de Lunel)*, et à l'abbé Roussac, que les lecteurs de nos Notices connaissent déjà.

L'abbé Martin expose ses vues à ses nouveaux coopérateurs : il les électrise par sa parole émouvante ; il les anime du même désir du bien ; il demande à chacun ses avis avec une simplicité qui ravit en même temps qu'elle étonne, et livre un

* M. Tabbé Gros a publié plusieurs ouvrages de philosophie et de controverse religieuse, parmi lesquels nous citerons ses Études sur Vordre naturel et sur Vordre surnaturel.

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