‹ Vie de l'abbé Martin (d'Agde) curé de Saint-Denis, à Montpellier, précédée d'une introdChapitre 50 sur 135 · CHAPITRE V |g · texte numérisé non relu

CHAPITRE V |g

programme d'études dans lequel se manifeste, à chaque ligne, la plus parfaite connaissance des exigences modernes de renseignement.

L'Université a des écoles normales d'où sortent, tous les ans, pour propager l'instruction dans nos collèges, les professeurs les plus distingués ; les évoques sont privés d'une institution si utile. L'abbé Martin déplore cette lacune, et, comprenant qu'il est indispensable de former des maîtres habiles pour avoir des élèves instruits, il s'occupe, avec une ardeur infatigable, du perfectionnement intellectuel des prêtres dont il a fait choix. Deux fois la semaine, il les réunit chez lui ; il institue des conférences; et, après le repas du soir, il continue, dans des causeries intimes, son travail d'initiation. Il fait plus : il visite lui-même les classes; de fréquents examens lui permettent de constater les progrès; et, dans ces examens, l'universalité de ses connaissances excite de plus en plus l'admiration des élèves et des professeurs. La langue grecque lui est familière, comme si elle eût été l'objet continuel de ses études; il se joue avec les difficultés de la traduction ; les sciences naturelles semblent n'avoir pas pour lui de secret ; les problèmes mathématiques les plus hérissés de chiffres et de signes sont résolus en un clin d'œil. Doué d'une puissance d'intuition qui se trahit dans chacune de ses œuvres, il prévoit même le développement qu'on donnera bientôt aux études scientifiques; et, pour que le Séminaire de Saint-Pons n'ait rien à

envier sous ce rapport aux plus brillantes écoles universitaires, il enrickit le cabinet de physique de mar gnifiques instruments, et appelle de Paris un professeur laïque, M. le docteur Dantfert, qui imprimera à cette branche de renseignement l'impulsion la plus salutaire.

Une des choses que nous ne saurions trop admirer dans le Supérieur de Saint-Pons, c'est Thumble condescendance avec laquelle il abaisse son intelligence jusqu'à ceux qu'il veut élever. L'historien du Père Lacordaire l'a dit avec un charme indéfinissable: «« Ce qu'il faut à des enfants, c'est moins un grand talent qu'une science aimant à se faire petite, une âme communicative. Trop de lumière leur obscurcit l'esprit et ne le pénètre pas. Bossuet est un génie de haut vol, n'exerçant aucune prise sur l'intelligence trop inégale du Dauphin. Dans cette éducation, le maître était tout, l'élève rien ; tandis que Fénelon, doué d'un esprit moins sublime, mais plus simple, et d'une âme plus tendre, sait être pour le duc de Bourgogne un véritable initiateur, un maître, un père*. » Nous n'hésitons pas à le déclarer : il y avait, dans l'abbé Martin, quelque chose de la belle âme de Fénelon; comme lui, il ne craignait pas de descendre : il bégayait avec les petits ; il se pliait à toutes les exigences que le ministère de l'enseigne-

* Vie du Père Lacordaire^ page 588, par le P. Ghocarne.

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