‹ Vie de l'abbé Martin (d'Agde) curé de Saint-Denis, à Montpellier, précédée d'une introdChapitre 5 sur 135 · IDEE DE CE TRAVAIL IS · texte numérisé non relu

IDEE DE CE TRAVAIL IS

soit dans le gouyemement modeste d'une paroisse : le zèle ardent se trouve auprès de la plus touchante mansuétude ; la simplicité du bon pasteur brille à côté de rédàt de Torateur éloquent ; Paumônier de rhospice^ qui console de pauvres infirmes et des vieillards, est uni au professeur éminent, dont Faction savante s'exerce sur la génération de ceux qui ont été ses disciples ; le fondateur d'œuvres charitables se survit à lui-même, comme Técrivain qui a consacré son talent à Papologie de la religion ; l'humilité, la grandeur d'âme, la douceur, la force, la foi, la charité, ont tour à tour leurs héros dans notre livre. C'est l'image de l'Église de Jésus-Christ, selon l'expression de saint Paul : les uns sont apôtres, les autres évangélistes, d'autres sont docteurs ou pasteurs, et tous concourent à nous réunir dans une même foi et une même connaissance du Fils de Dieu. C'est la robe de la sainte Épouse de l'Esprit divin: toutes les nuances des couleurs la font briller chacune dans son éclat; c'est un musée, où chaque maître a exposé son chef-d'œuvre à l'admiration et à l'étude des jeunes artistes qui viennent y former leur goût et y choisir leur modèle.

NOTICES BI0ORAPHIQUE8

Au commencement de ce siècle, le culte public de la religion n'existait plus en France. Les églises avaient été profanées ou détruites; les prêtres, comme autrefois le diacre Laurent inséparablement uni à son cher Pontife et Père Sixte II *, avaient accompagné leurs évéques sur Féchafaud ou dans Texil. C'en était fait du catholicisme au milieu de nous, si Dieu n'avait opéré un miracle pour reconstruire tout ce qui avait été anéanti. Dans ce rètar blissement du cuite, les anciens diocèses ne furent pas tous conservés, il est vrai ; la plupart perdirent leur titre épiscopal, et l'on fut obligé de les réunir dans une même circonscription territoriale, pour former de nouveaux diocèses, qui furent canoniquement érigés et approuvés par les concordats de 1801 et de 1817 ^

* L*an de Jésus-Ghrist 258.

* Dans le concordat signé, le 15 juillet 1801, entre le Pape Pie YII et Bonaparte, premier consul, on lit : « 11 sera fait par le Saint-Siège, de concert avec le gouvernement, une nouvelle circonscription des diocèses français. »

Le 11 juin 1817, un nouveau concordat fut passé entre le Pape et le roi Louis XYIIl. L'article 4 est conçu ainsi : « Les sièges qui furent supprimés dans le royaume de France par la bulle de

Ce fut alors que Montpellier devint le siège d'un plus vaste diocèse*. Son premier Pasteur commença à étendre sa juridiction sur les antiques églises d'Agde, de Béziers, de Saint-Pons et de Lodève. Finissant comme elles avaient commencé, ces églises léguèrent à leur commune héritière des couronnes de martyrs et de saints confesseurs, qui, sous les noms à jamais immortels de Fumel', de Nicolaï*, de Chalabre* et de Saint-Simon •, venaient de mojitrer qu'ils portaient encore dans leurs veines le sang de leurs illustres prédécesseurs Aphrodise, Pons, Venuste, Flour et Fulcrand.

Des milliers de prêtres aidèrent ces premiers Pasteurs dans leur saint ministère. Aucun monument

Sa Sainteté, du 29 novembre 1801, seront rétablis en tel nombre qui sera convenu, d'un commun accord, comme étant le plus avantageux pour le bien de la religion. >*

Dans une autre bulle, signée le 19 juillet 1817, le Pape établit quarante-deux diocèses, parmi lesquels se trouvaient Alby et Béziers, dépendant, depuis 1801, de Montpellier. Mais ces nouvelles dispositions ne furent pas toutes exécutées, particulièrement en ce qui regardait Béziers : cette ville et son ancien territoire épiscopal sont attachés encore aujourd'hui à notre diocèse. — L'état provisoire de l'Église de France persévéra tej qu'il était jusqu'en 1823. Ce fut au mois de mai de cette année» en conséquence d'une bulle du 10 octobre 1822, que le Tarn cessa de faire partie du diocèse de Montpellier, qui n'a, depuis, que les limites mêmes du département do l'Hérault.

* Mandement de Mk' RoUet, évêque de Montpellier, concernant l'organisation de son diocèse, daté du 8 brumaire an XII de la République française (31 octobre 1803).

» Lodève. * Béziers. * Saint-Pons. * Agde.

n'a consacré leur mémoire ; mais, sMl ne nous est pas possible de rappeler même leurs noms, glorifionsF-les tous ensemble dans une commune louange : Lavdemus viros gloriosos, et parentes nostros in generor tione md.

De nouveaux ouvriers évangéliques ont été suscités de Dieu , pour remplacer ces illustres défunts qui avaient si bien consommé leur vie. Le plus éminent de tous, M. Coustou *, marche à leur tête. Pour résumer en deux mots son éloge, nous ne craignons pas de proclamer qu'il n'a point eu d'égal, pendant les quarante-deux années de son grand-vicariat, sous les trois évêques Nosseigneurs RoUet, Foumier et Thibault, et, ce qui est un autre titre à notre estime et à notre vénération, qu'il a refusé plusieurs fois l'épiscopat pour ne pas quitter sa bonne ville de Montpellier, qu'il aimait tant.

Ses coopérateurs et ses auxiliaires les plus distingués dans l'administration du diocèse et des paroisses ont été MM. les vicaires généraux Boyer-Danty, de Lunaret et Valade; MM. Rahoux, Bastet, Miquel et Grasset, supérieurs du Grand Séminaire ; MM. de Girard, surnommé le Saint, et Guiraud, supérieurs du Petit Séminaire de Montpellier ; M. Sirou, supérieur du Petit Séminaire de Saint-Pons ; MM. les chanoines titulaires Bessière, Broussonnet, Marieras de Saint-Marcel , Brouilhet, de Cambiaire-Molières ,

« Vie de M, Coustou, par Pabbé Goete, curé de Pézenas. 1846.

Fermaud de Labanquière, Rossignol, Seloudre, Carrière, DeviUers, d'Adhémar, Delarroc, Baisse, Mèjean, Guibaud, Gingibre, CuUier, Pénicaut, Berlen, Molinié, Lavige, Villaret et Martin (secrétaire général); MM. Poujol*, Brun, Félix, Vidal et Ronger, curés de la cathédrale, et, dans les autres paroisses de Montpellier, MM. Théron et Bertrand, de Notre- Dame-des-Tables ; Manen, de Saint-Denis; Serres et Blaquière, de Sainte-Anne; Olivier, de Saint-Mathieu; Crespin, de Saint-Roch; Cambon, Crébassol et Laignelot, de Sainte-Eulalie ; tandis que, au dehors de la ville épiscopale, les paroisses principales du diocèse étaient sagement administrées par MM. Daumas et de Lamarre, de Saint-Nazaire (Béziers) ; Vignes, Cabanel et Gayraud, de Sainte-Madeleine (id.); Martin, Maillac et Tailhand, de SainirAphrodise (id.); Lavit et BeaupiUier, de Lodève ; Daubi, CoUard et Lenthéric, d' Agde ; Guiraud et de Bène, de Saint-Pons j de Mirman, Rigal, Gosse et Goudon, d'Aniane ; Despuech, Fédière et Famarier, de Castries ; Savy et Gourgon, de Cette ; Seranes et Lacan, de Claret ; Pascal, Vemières et Ver^ net, de Frontignan ; Rieusset et Combes, de Ganges ; Saisset et Ducat, de Lunel ; Reynal et Viala, des Matelles; Conte, de Mauguio; Bonnaric et Cassan, de Saint-Martin-de-Londres ; Baldoui, Bonneviale et

* Vie de M. Jean»Pierre Poujol, par le curé de Clapiers et Jacou. 1847.

Boyer, du Caylar ; Pons, Granier et Tailhand, de Clermont; Nouguier, de Gignac; Bosquet, de Lunas; Vidal, Aoust et Miquel, de Bèdarieuxj Lecoq, de Capestang ; Martel et Imar, de Murviel ; Montels, Écolasse de Labruyère , Bosquei et Birbes , de Roujan; Bel et Roque, de Saint^jervais ; Espic et Amal, de Servian ; Bonnette et Castelbon, de Florensacj Pemy, de Montagnac; Mazuc, Brouliet et Coste, de Pézenas; Massip, de Raynaud et Coustan, de Saint-Chinian ; Thomassin, d'Olargues; Pradal et Crouzet, d'Olonzacj Gazel et Azaïs, de la Salvetat. Nous devons mentionner encore MM. Tindel et Deydé, vicaires généraux honoraires; M. Roques, aumônier de la Citadelle ; M. Peytal, savant professeur de mathématiques au Grand Séminaire, et les saints abbés Montels*, aumônier des prisons, fondateur de l'œuvre de la Madeleine, et Soûlas*, nouveau Bridaine de nos contrées, fondateur de l'œuvre des Sœurs gardes-malades de Notre-Dame-

*"* Nous avons reproduit, au frontispice de notre livre, les portraits de M. Coustou, digne représentant de cette génération passée; de MM. Montels et Soalas, dont la mémoire vénérée se perpétue au milieu de nous par les œuvres de charité qu'ils ont établies dans la ville de Montpellier et dans le diocèse, et ceux de neuf autres prêtres dont la notice biographique sera publiée plus loin. Il nous a été impossible de rendre notre galerie plus complète.

M. Montels est mort le 29 août 1840, à Tâge de quarante-six ans.

La vie de M. Soûlas a été écrite par un de ses amis, en 1858.

Auxiliatrice et des Prêtres Adorateurs-Missionnaires.

Nous regrettons de ne pouvoir rappeler ici les noms de tous nos dignes prêtres dècédés depuis plus d^un deminsiècle. Si nous nous sommes borné, dans notre énumèration, à ceux que la Providence a placés au premier rang, nous aurons la consolation de déposer, en passant, une fleur sur des tombes plus ignorées, mais non moins précieuses aux yeux de Dieu, rémunérateur de tous les mérites, qui a glorifié également leur sainte et modeste poussière.

Depuis la mort de M*' Thibault, nous avons à signaler de bien grandes pertes. Plus elles sont rapprochées de nous, plus aussi elles sont douloureuses à nos cœurs. La plupart de ceux que nous pleurons dans la génération présente nous avaient témoigné une bienveillante amitié ; c'est pour leur rendre un pieux honamage que nous allons essayer de faire revivre leur mémoire, en retraçant quelques traits de leur vie.

M. L'ABBÉ RECLUZ

Curé de Saint-Roch

Le premier dont nous regrettons la perte était un homme d'un âge mûr, placé à la tête d'une paroisse de Montpellier. Son noble caractère, son esprit sacerdotal, son zèle pour ériger une église monumentale à saint Roch, lui donnaient des droits à l'estime et à la reconnaissance publiques. Aussi la cité futelle profondément émue, le 17 novembre 1861, à cette triste nouvelle: M. l'abbé Recluz a été frappé, ce matin, d'une mort subite.

J'avais été près de deux ans son vicaire, et, lui ayant conservé une vive gratitude pour l'affection et la confiance dont il m'avait honoré, je priai M. l'abbé Martin (d'Agde), curé de Saint-Denis, d'écrire sa biographie. Il le fit d'autant plus volontiers, qu'il était ami et compatriote du vénéré défunt :

« M. l'abbé Recluz, dont la mort laisse dans la paroisse Saint-Roch de profonds et unanimes regrets, était né à Agde en 1803. Après de brillantes études au collège Stanislas, qui jetait alors sous la direction de M. Léotard son plus vif éclat, il entra

l'abbé RBCLUZ ^1

au séminaire de SainlrSolpice, où il contracta d'honorables amitiés, qui lui sont restées fidèles jusqu'à la fin. Ordonné prêtre, en 1827, par M*' de Quélen, il revint dans son diocèse et fut, peu de temps après, envoyé à Pézenas , comme vicaire d'un homme distingué, M. l'abbé Coste.

y» Ses succès ne tardèrent pas à le signaler à l'attention de ses supérieurs, et M*' Foumier, d'illustre et sainte mémoire, lui confia la paroisse de Pouzols, près Gignac. Le jeune curé montra dans l'exercice de son ministère tant de douceur, de bonté, de sagesse, qu'il se fit bientôt de tous ses paroissiens autant d'amis. Aujourd'hui encore, après plus de vingt ans, son souvenir leur est toujours cher, et son testament porte la preuve irrécusable et touchante de l'aflfeotion qu'il leur a toujours conservée.

» Juste appréciateur d'un mérite trop caché , M*' Thibault appela M. Recluz à Montpellier, et lui donna l'aumônerie des Dames de Saint-Maur, position délicate, où l'ancien curé de Pouzols sut conquérir, en même temps qu'un surcroît d'estime de la part de son évêque, la reconnaissance inaltérable de ces saintes religieuses consacrées à l'éducation de l'enfance, et dont l'établissement eut, à cette époque, des succès et prit un développement auxquels le dévouement de l'aumônier ne fut pas complètement étranger. Au mois d'août 1842, M. Recluz remplaça dans la cure de Saint-Roch M. l'abbé Vinas, qui prenait la direction

du séminaire diocésain. Ce n'était pas une tâche

aisée que de succéder à un homme qui avait tant fait de bien et laissait de si vifs regrets. Sans doute, ie nouveau pasteur ne fit pas oublier Tancien ; mais son excellent esprit, Taménité de son caractère, son zèle éclairé, sa piété accueillante et toujours affable, sa charité que rien ne lassait, lui gagnèrent vite l'estime et les sympathies du pieux troupeau auquel il se consacrait sans réserve. Aussi fut-il généreusement secondé dans tout ce qu'il fit, avec un goût si parfait, pour Tembellissement de son église.

» Saint Roch, le plus grand bienfaiteur et la plus haute gloire de notre pays, n'avait dans sa ville natale qu'une chétive église. M. Recluz conçut la noble pensée de réparer cet oubli, et d'élever à ce fils illustre de Montpellier un monument digne de sa grande mémoire, digne de la cité catholique qui lui donna le jour.

» Une fois entrée dans le cœur de M. Recluz, cette pensée n'en sortit plus ; il y dévoua toute sa vie. Son insistance persuasive et ses sacrifices personnels n'ont-ils pas été pour beaucoup dans la résolution adoptée et poursuivie avec persévérance par l'administration municipale : bâtir un vaste et magnifique sanctuaire en l'honneur de saint Roch? Le digne curé ne s'en tint pas là : il voulut enrichir d'avance le nouvel édifice religieux de ce qui devait en être le plus précieux trésor, et il fit le voyage d'Italie pour aller demander à Venise, l'heureuse dépositaire de la dépouille mortelle de l'homme de

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Dieu, une portion de ses restes vénérés. Une lettre de Pie IX ouvrit les cœurs à la prière du curé de Montpellier, et la vieille reine découronnée de l'Adriatique voulut bien partager avec nous un trésor qui devrait nous appartenir tout entier.

« Ce fut pour la paroisse de Saint-Roch une fête à laquelle toute la ville s'associa, quand elle put ajouter le nouveau gage des célestes bénédictions aux reliques précieuses, mais trop minimes, qu'elle avait le bonheur de posséder. Le voyage de M. Recluz en Italie eut un autre résultat : il visita avec amour les théâtres divers où avait éclaté la sublime charité de notre saint, les églises où son nom est le plus honoré ; de là son Histoire de saint Roch et de son culte^^ livre excellent, plein de recherches intéressantes et d'aspects entièrement neu&.

ji Ce monument modeste, élevé par le docte curé à la gloire du grand thaumaturge, fit désirer plus vivement le monument splendide qui lui est promis. M. Recluz dut éprouver une sainte joie le jour où le premier pasteur du diocèse, entouré des magistrats de la cité et au milieu d'un concours immense, bénit et posa la première pierre de l'église Saint-Roch. Hélas! cette joie devait être trop courte. Dieu n'a pas voulu couronner ici-bas les vœux et les espérances de son serviteur. Un autre achèvera l'œuvre

* Cet ouvrage fut publié en 1858.

de toute sa vie. Il y affecta, par ses suprêmes dispositions, une bonne partie de sa petite fortune par une somme de 10,000 francs, des vases sacrés et ses ornements sacerdotaux. M. Recluz a légué, en outre, 6,000 francs à la salle d'asile de Saint-Roch et un beau tableau au musée Fabre, de Dominico Fati, ayant pour sujet : la Mélancolie.

f> Ces deux legs et d'autres disent assez quelles furent toujours les pieuses préoccupations du digne pasteur, et justifient bien la douleur qu'a causée sa mort si prématurée et les profonds regrets de ses paroissiens.

9 Puissent tout ce qu'il a fait, tous les sacrifices qu'il s'est imposés pour la future église de Saint- Roch, obtenir pour sa dépouille mortelle la faveur qu'il sollicite dans son testament : d'avoir une place au pied de l'autel et sous les yeux du Saint qu'il a tant aimé ! »

Ce vœu a été exaucé.

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