CHAPITRE V
ment réclame, et sa paternelle bonté contribuait, aussi efficacement que la clarté de sa parole, à illuminer l'intelligence de l'enfant.
Voulant accélérer de plus en plus le développement des études et initier ses élèves, autant que la chose est possible dans un collège, aux nobles luttes de la pensée, il créa une Académie littéraire. De difficiles épreuves étaient proposées aux aspirants; mais les nombreux privilèges attachés à cette institution stimulaient leur zèle. L'Académie tenait ses séances une fois la semaine. De vives discussions s'engageaient sur les travaux dont on avait entendu la lecture ; on signalait les erreurs, on réfutait les objections , on émettait des vœux, et l'heureux vainqueur dans ces combats pacifiques de l'intelligence, avait l'honneur toujours ambitionné de s'asseoir à la table du Supérieur, à l'occasion de certaines fêtes solennelles. Des promenades exceptionnelles étaient accordées aux Académiciens. Un prix d'honneur récompensait l'œuvre la plus remarquable, et l'on publiait à la fin de l'année la collection des travaux, dont un fascicule était distribué à la famille et aux amis des jeunes écrivains. Les réunions générales offraient surtout un vif intérêt. Un public choisi se pressait alors dans la galerie vitrée du Séminaire. Le Président de l'Académie rendait compte des travaux accomplis ; on lisait de gracieuses poésies ; l'histoire ofirait ses enseignements utiles ; l'éloquence, ses
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grands travaux; la philosophie, ses dissertations pins sévères. Les jeunes Académiciens faisaient, avec une grâce juvénile, les honneurs de la séance, et le cœur de l'abbé Martin se dilatait sous l'émotion de la joie, car il voyait peu à peu se réaliser un de ses plus doux rêves : ses jeunes élèves se familiarisant à la fois avec l'art difficile de bien dire et avec les habitudes de convenance et de bon ton que l'éducar tion du collège ne donne pas ordinairement.
Nous nous sommes occupé principalement jusqu'ici des efforts tentés par le Supérieur du Petit Séminaire de Saint-Pons pour le perfectionnement des intelligences. La formation du cœur et du caractère de ses jeunes élèves n'absorbait pas moins ses pensées. C'est sous l'influence religieuse que s'accomplit cette œuvre difficile. Mieux que personne, l'abbé Martin le comprenait, et les ardeurs de son âme sacerdotale se révèlent ici dans tout leur éclat.
Il commença par donner au culte public la splendeur que des imaginations et des cœurs de seize ans réclament. La chapelle du Séminaire était pauvre ; ses proportions architecturales n'avaient aucune grandeur; la situation financière de la maison ne permettait pas de la remplacer encore par un édifice plus noble et qui répondît aux aspirations chrétiennement artistiques du Supérieur. Il essaye d'y suppléer par la richesse des ornements et la beauté des offices divins. Tous les dimanches, un nombreux clergé
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entourait Tautel, et le modeste oratoire n'avait rien à envier, sous le rapport des cérémonies liturgiques, aux plus splendides cathédrales. Préludant en quelque sorte à l'œuvre qu'il devait créer plus tard à Montpellier, par l'institution de la première maîtrise dans notre diocèse, l'abbé Martin organise des chœurs; Élisant un appel à quelques hommes dévoués qui se consacraient déjà, à Saint-Pons, à l'éducation musicale du peuple , il relève l'éclat de toutes les fêtes religieuses par les chants les plus harmonieux. Les chefs-d'œuvre des maîtres les plus célèbres, les messes les plus admirées, les motets de Mozart, les Stabat de Rossini et de Pergolèse, furent exécutés plus d'une fois avec une perfection qui, par l'attrait irrésistible du beau, élevait de plus en plus vers Dieu l'âme des jeunes élèves.
Mais l'abbé Martin savait, par une longue expérience, la puissance de la parole du prêtre pour l'affermissement de la foi. Il se livrait donc, avec tout son zèle d'apôtre, à des prédications presque continuelles. Aidé, dans ce divin ministère, par quelques jeunes prêtres qui se formaient à son école, en même temps qu'ils s'inspiraient de son ardeur, il ne laissait jamais passer huit jours sans distribuer' à son auditoire, toujours avide de le recevoir, le pain sacré de la parole. Pendant l'Aven t et le Carême, il multipliait ses enseignements; et ses jeunes auditeurs n'entendaient pas, sans un noble orgueil, cette voix in-
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spirèe qui avait ébranlé tant de fois de plus imposants auditoires, et qui adoucissait, pour ainsi dire, ses accents pour se proportionner à leur faiblesse et arriver plus sûrement à leur cœur.
Le zèle de Tabbé Martin pour les créatures délicates confiées à sa sollicitude ne reculait devant aucun sacrifice. Croyant, dans sa simplicité modeste, qu'une parole étrangère aurait plus d'efficacité, désireux peut-être aussi d'ouvrir devant l'intelligence de ses chers enfants de plus larges horizons, en faisant retentir à leurs oreilles les voix les plus éloquentes de la chaire chrétienne et française, il appela successivement, pour remplir cette mission évangélique, l'abbé Deguerry, dont la diction enchanteresse se rapprochait si bien de la sienne ; l'abbé Combalot, l'apôtre aux formes athlétiques et aux mouvements passionnés, et jusqu'à l'abbé Bertheaud, devenu plus tard évêque de Tulle, dont l'imagination toujours juvénile et les pittoresques tableaux laissèrent dans les souvenirs du Séminaire une impression qui n'y est pas encore effacée.
Nous ne pouvons nous empêcher de signaler un trait particulier dans la direction religieuse de l'abbé Martin. Large dans ses idées, ennemi de toute coaction, convaincu que la persuasion et l'amour ont plus de puissance pour la réforme du cœur que la contrainte, il avait retranché de son règlement l'obUgation de la Confession mensuelle. Les élèves ne