‹ Vie de l'abbé Martin (d'Agde) curé de Saint-Denis, à Montpellier, précédée d'une introdChapitre 52 sur 135 · CHAPITRE y · texte numérisé non relu

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passaient jamais, il est vrai; dix jours sans être en contact particulier avec un des prêtres de la maison, mais, la liberté de la pratique des sacrements était absolument complète. Nous devons nous hâter d'ajouter que, pendant les sept années de cette administration, on ne put signaler l'exemple d'un seul enfant manquant à cet important devoir. Cette méthode de direction de l'abbé Martin était chez lui le résultat de réflexions sérieuses,et il ne craignit pas de la proclamer publiquement dans un de ses discours :

« L'éducation pour nous, disait-il, n'est pas un système arrêté et inflexible, un moule ûiit d'avance pour y presser toute existence excentrique ; nous n'admettons pas ces formes immuables qui, sous l'apparence d'un zèle austère, ne cachant que l'inexpérience et la faiblesse, obligent de faire ce qu'on a toujours fait. Notre système, à nous, notre discipline, c'est notre cœur. . . . Enfants, nous aimons à vous traiter comme des amis, comme des hommes ; nous avons parlé à votre jeune raison, nous avons élevé votre intelligence à la mesure de la nôtre ; et, comme le prophète qui s'inclinait sur l'enfant pour lui rendre la vie, nous avons voulu entrer avec vous dans une correspondance parfaite de pensées et de' sentiments, et attendre de votre confiance et de votre amour ce que d'autres demandent à l'habitude et à la contrainte * . »

* Discours prononcé à la distribution générale des prix, le 25 août 1841.

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Ces belles paroles nous ont semblé résumer d^une manière admirable la pensée de Tabbè Martin, touchant la formation du cœur de l'enfant. Chose remarquable ! cette pensée devait être réalisée, quinze ans plus tard, par le R. P. Lacordaire, à l'Ecole de Sorèze* Tous deux cherchaient à faire des hommes; ils croyaient que la grâce ne détruit pas la nature, qu'elle se contente de l'élever en la perfectionnant, et que la loyauté du caractère, la franchise des allures, la droiture des sentiments, sont de puissantes assises pour supporter l'édifice d'une vie chrétienne.

Pour faire de ses élèves des hommes, l'abbé Martin s'efforçait, avant toutes choses, de devenir leur ami. Il se mêlait à leurs récréations, les charmait par ses récits, provoquait leurs confidences, s'associait à leurs petites joies comme à leurs tristesses de famille; et, quand venaient des jours de fête, un long bâton de châtaignier à la main, il dirigeait leurs excursions sur les sommets neigeux du Sommail^ ou s'égarait avec eux sur les frais rivages du Jaure^ dans les gorges pittoresques du Ponihde-Rach, ou la vallée enchantée de Riols.

On devine les résultats d'un pareil système d'éducation. Nous sommes loin d'affirmer que tous les élèves du Petit Séminaire de Saint-Pons fussent profondément chrétiens ; mais nous n'hésitons pas à dire que tous respectaient et aimaient le prêtre, qu'ils sen-

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taient au fond de leurs poitrines de larges aspirations vers le beau et le bien ; et que, pour la plupart du moins, les habitudes de franchise contractées au collège les ont mis à Tabri de la déloyauté qui dégrade, et de Tégoisme qui finit par tuer, à la longue, tout sentiment généreux.

Nos lecteurs ne seront pas surpris du culte de respect, d'affection et de gratitude, dont le Supérieur de Saint-Pons fut toujours l'objet de la part des professeurs et des élèves.

Les premiers le vénéraient comme un maître, l'admiraient comme un modèle, l'aimaient comme un ami.

Ce triple sentiment a survécu à toutes les épreuves, et il s'est produit avec éclat autour de son cercueil. Nous avons recueilli, le jour même de sa mort, de la bouche d'un de ces prêtres, cet aveu que, « s'il y avait dans sa vie sacerdotale quelque chose d'utile, c'est à l'illustre défunt qu'il fallait en rapporter l'honneur. »

Quant à ses élèves, ils sont tous fiers d'avoir été formés à son école, mais ils ont surtout gardé de lui le souvenir d'un père bien-aimé. Il nous serait facile d'en multiplier les preuves. Nous nous contenterons de citer une lettre que M. l'abbé Lamothe-Tenet, un de ses enfants de prédilection, lui écrivait le 26 décembre 1862 :

« L'éloignement, lui disait-il alors, n'inspire l'on-

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bli qu'à des cœurs ingrats. Le mien ne le sera jamais, je Tespère, avec la grâce de Dieu. Votre direction a été la lumière de mes jeunes années. C'est un bienfait qui s'étend à ma vie entière, et, durant ma vie entière, j'en conserverai le plus reconnaissant souvenir. J'étais heureux de vous en donner une preuve chaque année, à pareil jour, en m'unissant à tous les cœurs qui viennent vous souhaiter une bonne fête. De loin comme de près, je tiens à vous dire que je prie pour vous, et que l'affection la plus reconnaisr santé me fait demander à Dieu que vous soyez heureux, et que votre ministère soit rempli des bénédictions du Ciel. J'espère que vous voudrez bien agréer l'expression de mes vœux avec un cœur toujours bienveillant, et que vous croirez toujours aux sentiments du reconnaissant et respectueux attachement de votre élève et dévoué serviteur en N. S. J.-C.

» Aug. Lamothe-Tenet,

» Curé de Sainte-Ursule (Pézenas). »

Malgré les succès éclatants du Supérieur du Petit Séminaire de Saint-Pons, ou, pour mieux dire, à cause même de ses succès, la jalousie, qui s'attache toujours à ce qu'elle ne peut atteindre, ne recula pas devant de lâches calomnies. On essaya, un jour, de faire suspecter la loyauté si connue de l'abbé Martin. Une lutte électorale se préparait, et M. Benoît Fould s'était rendu à Saint-Pons pour y poser sa candidature. On affirma que, dans une pensée ambitieuse^

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