‹ Vie de l'abbé Martin (d'Agde) curé de Saint-Denis, à Montpellier, précédée d'une introdChapitre 53 sur 135 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

le Supérieur du Séminaire s'était rallié au juif. Un de ses amis de Montpellier lui écrivit pour l'instruire de ces bruits odieux, que propageaient des voix malveillantes. L'abbé Martin répondit une lettre dans laquelle l'indignation de l'àme honnête se Êiit jour à travers le calme parfait que donnent la modération des désirs et la joie d'une bonne conscience. Nous sommes heureux de reproduire cette réponse : « Les cancans dont nous sommes l'objet n'ont pas le moindre fondement, mais tu as bien fait de m'en écrire. Voici ce qui s'est passé : M. Fould est arrivé ici, où ses amis L. et autres l'avaient précédé. Il était muni d'amples recommandations pour le clergé, de lettres de curés de Paris et même de quelques évêques. n a visité tout le monde. Les prêtres n'ont pas été exceptés. Il leur a demandé la neutralité; on lui a répondu avec politesse et bienveillance, et tout en est resté là.

» Aucune proposition ne m'a été faite. Elle eût été repoussée avec indignation. Tu me connais assez pour que je n'aie pas besoin de protester à cet égard. Je peux assurer aussi que nulle proposition n'a été adressée à M^ l'Evêque. Ainsi, rien de ce qu'on a bien voulu te dire n'est vrai. Nous ne sommes pas gens à nous vendre, pas plus à un juif qu'à un autre. Personnellement, j'ai en horreur tout ce qui touche de près ou de loin à la politique, et je n'aurai jamais nulle envie de me jeter dans un semblable gâchis j sois-en bien sûr. Adieu. »

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Ce si ridicules calomnies et d'autres accusations non moins injustes, dont le Supérieur du Petit Séminaire de Saint-Pons fut quelquefois l'objet, ne tronblaient pas sa quiétude. Elles pouvaient bien amener un léger sourire sur ses lèvres, elles n'èveillîiient jamais aucune rancune au fond de son cœur. L'abbé Martin était une de ces natures indulgentes qui croient difficilement le mal; assuré de la pureté de ses intentions, il ne se décidait pas même à suspecter celles des autres. Un trait, emprunté aux souvenirs de Saint-Pons, suffira pour prouver à nos lecteurs la sérénité habituelle de son âme :

Un des plus jeunes professeurs du Séminaire avait remarqué certains abus, et sa conscience droite, mais ardente, s'en était alarmée à l'escès. Cette découverte le plongea dans une profonde tristesse. M*' Thibault s'en aperçut; il voulut en connaître la cause, et le jeune prêtre, après de longues hésitations, finit par épancher son cœur, avec un abandon filial, dans le cœur de son Evêque. Il y avait dans sa révélation une accusation indirecte contre l'administration de la maison. Quelques jours après, Sa Grandeur, dans un entretien particulier avec l'abbé Martin, lui fit part de cette confidence. On sait avec quelle facilité l'amonrpropre s'irrite d'une critique, surtout quand elle émane d'un inférieur. Le Supérieur de SaintpPons au-dessus de toutes les passions étroites et mesis. Il alla trouver le jeune professeur : « Mon

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ami, lai dit-il, quand j^avais votre âge, ma tête était aussi vive que la vôtre. L'expérience des choses et des hommes fait alors défaut, et on n'est pas à Tabri des dangers de l'exagération. Vous le comprendrez plus tard. Il y a pourtant du vrai dans les observations que vous avez faites. Je me suis trompé quelquefois, et je vous remercie bien sincèrement de m'avoir fourni l'occasion de le reconnaître et de réparer une erreur. » Puis il embrassa avec effusion le jeune prêtre; et, dès ce jour, son affection fut plus vive, et elle ne s'est jamais démentie.

C'est principalement dans leurs écrits que les hommes se révèlent. Les qualités éminentes du Supérieur du Petit Séminaire de Saint-Pons, que nous avons essayé de dépeindre, vont se retrouver, toutes, dans la série des discours académiques qu'il prononçait annuellement à la distribution des prix.

Nous ne reproduirons pas intégralement ces discours, pour ne pas dépasser la limite restreinte que nous nous sommes imposée, en écrivant cette biographie. Nous nous contenterons d'en citer quelques extraits ; ils suffiront néanmoins, aux yeux de tout esprit impartial, pour établir une similitude frappante entre le talent de deux hommes qui se sont vus bien peu, il est vrai, mais qui se sont aimés beaucoup, parce qu'une sympathie mystérieuse et sainte les unissait de loin, comme deux frères, dans l'ordre de la foi et du génie. Nous avons déjà constaté,

entre Tabbé Martin et le Père Lacordaire, les rapports les plus admirables touchant la méthode de direction.

Lecteurs saintement curieux des beHes choses dans l'art de penser et d!écrire, lisez les discours de l'abbé Martin à la distribution des prix du Séminaire de Saint-Pons et ceux du Père Lacordaire, directeur de l'Ecole de Sorèze, à l'occasion des mêmes solemiités scolaires ; et dites si vous n'êtes pas frappés de là ressemblance qui existe dans ces merveilleuses compositions intellectuelles. N'est-ce pas la même élévation de vues et de pensées, la même richesse d'expressions, la même grâce de style ? N'écoute-ton pas ces deux orateurs avec un entraînement irrésistible, soit qu'ils exposent aux regards les ineffables profondeurs de l'idée religieuse, les mystères de la science, les richesses de la littérature, ou qu'abordant les plus graves questions sociales ils dévoilent le secret des lois providentielles qui régissent l'histoire de l'humanité ? Tous les horizons que découvre leur inspiration sublime s'agrandissent également sous leur plume, comme ils se revêtent et s'embellissent des mêmes couleurs. Oui, il existe dans les écrits de ces deuxPrêtres illustres une incontestable parenté de talent et de caractère. Le Père Lacordaire développe, il est vrai, sa pensée avec plus de verve ; seul, il a le secret de cette puissance inimitable d'action qui a fait de lui ^ un des premiers orateurs de notre siècle. Mais peut- ^ on refuser à l'abbé Martin la gloire d'avoir émis, le

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