CHAPITRE VI
son vicaire, a été notre plus douce récompense. Il nous écrivait, peu de temps après notre séparation : « Mon cœur vous a suivi à Rome ; je ne vous quitte pas un instant: craintes ou espérances, peines ou joies, je suis de moitié dans tout ce que vous éprouvez. Comptez sur mon affection sincère et mon inaltérable dévouement*.» La mort n'a pas brisé ces doux liens ; et, tandis qu'il veille sur nous du sein de ce monde invisible où il habite, nous lui prouvons notre fidélité en travaillant à propager sa mémoire. Noble ami ! il était du nombre de ces âmes desquelles il a dit lui-même : « Quand une fois vous êtes entrés dans leur sphère d'attraction, elles vous enchaînent à elles à jamais; elles vous entraînent dans la vie, dans la mort, dans l'éternité * ! »
Peu de jours après son installation, la Providence lui ojïrait l'occasion de gagner le cœur de ses nouveaux paroissiens par l'éclat et le charme de sa parole. Il ouvrait, le 1" mai, les exercices du mois de Marie.
Cette prédication quotidienne attira un si grand nombre d'auditeurs, que reiiceinte de l'église devint bientôt trop étroite. Et ce n'étaient pas seulement de simples femmes qui venaient assister, selon l'usage, à ces exercices pieux : les hommes les plus intelligents de la cité se pressaient, chaque soir, autour
* Lettre du i 4 juin 1863.
* S, Ghrys.y tom. I, page 124.
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de la chaire, avides de voir et d'entendre le nouveau pasteur. Certes, personne n'aurait souscrit, en l'écoutant, au jugement qu'il portait de lui-même dans une lettre à un de ses amis : « Je sens que ma parole est toujours bien faible, quand je parle de la Vierge Mère de Dieu. *> Jugement inspiré par la foi et la modestie les plus touchantes, contre lequel auraient protesté ceux qui ont entendu plus tard ses belles inspirations sur la Compassion et la Conception immaculée de Marie.
L'instruction religieuse des enfants fut le premier objet de sa sollicitude. Il organisa donc les Catéchismes, exigea rigoureusement une épreuve de deux années avant la première Communion ; et convaincu, par une longue expérience, de l'insuffisance de cet enseignement pour la direction de toute la vie, il établit le dimanche, à l'issue des Vêpres, un Catéchisme de persévérance, comprenant l'explication plus complète du dogme et de l'histoire de la Religion, dont les notes recueillies et conservées attestent que l'éminent orateur savait mettre les mystères les plus hauts à la portée de l'intelligence des enfants, à l'aide d'un langage simple et surtout imagé.
En même temps qu'il s'occupait des enfants, l'abbé Martin songea à instruire le peuple, et il se réserva d'une manière exclusive le Prône familier de la première messe du jour. Il expliqua d'abord les céré-