CHAPITRE VI
l'obligation de se rendre intelligible aux simples et aux petits n^arrêtait plus ses élans. C'est là ce que nous apprennent ses prédications solennelles.
Dans l'espace de vingt-quatre ans, l'abbé Martin ne confia presque jamais à une voix étrangère le ministère de la parole, à l'occasion du Carême. Il ne négligeait pas, sans doute, à cette époque de Tannée, les pauvres et les ignorants; et, dans de touchantes homélies, par le simple développement de quelques pensées morales, il s'eflForçait de remuer ces âmes naïves. Mais se croyant, comme saint Paul, débiteur de tous, il cherchait à profiter des sympathies qu'éveillait sa prédication pour atteindre des auditeurs que l'éloquence seule de l'orateur appelle trop souvent dans les églises. Les professeurs de nos Facultés célèbres, les membres de la magistrature et du barreau, les officiers de l'armée, se pressaient, surtout dans les premières années d^ son ministère pastoral, autour de la chaire de Saint-Denis. Désireux de la réconciliation de la société moderne avec l'Eglise, instruit de tous les besoins du siècle, partageant ses généreuses aspirations, il prenait corps à corps les préjugés, il dévoilait les ôophismes, il faisait tomber, à force de clarté, les illusions. Au milieu de l'eflPervescence causée par la révolution de 1848, il aborda hardiment l'étude de tous les grands problèmes sociaux et ne recula pas devant les questions les plus brûlantes. Souvent, au moment de monter en chaire, il reçut des lettres
de ses auditeurs exposant un doute, réclamant une solution. L'abbé Martin n'hésitait pas. Fort de la puissance de la vérité, il exposait, le jour même, la question qui lui avait été posée, et, par une discussion à la fois précise, modeste et élégante, il ramenait la conviction dans les esprits les plus ébranlés.
Un sujet dogmatique avait surtout ses prédilections : l'Eglise. Il savait que là était la question vitale; il prévoyait les attaques plus violentes dont elle serait l'objet; il ne se dissimulait pas que l'avenir de l'ordre social dépend de l'avenir de l'Église, et il s'efforçait de consolider cette colonne^ pour que son ébranlement n'amenât pas la destruction de l'édifice tout entier. Quels élans ne trouvait-il pas dans son cœur pour défendre en particulier le Siège apostolique de Rome ! Avec quelle émotion on l'a entendu, bien des fois, racontant cette Passion douloureuse qui commence sur les rochers de Gaëte, qui se continue à travers les champs de Castelfidardo, et dont il est impossible de prévoir la fin glorieuse, quoique nous sachions que la pierre même du sépulcre ne pourrait retarder l'heure de la résurrection ! Alors l'àme de l'abbé Martin passait tout entière dans sa voix, des larmes coulaient des yeux de son auditoire, et nous ne craignons pas de lui attribuer en grande partie l'honneur de l'élan presque universel de la Cité montpelliéraine pour la sainte cause de la Papauté.