CHAPITRE VI
L'abbé Martin n'était pas moins éloquent quand il plaidait la cause des pauvres- Les pauvres ! l'aumône ! on eût dit que ces deux mots étaient pour lui tout l'Évangile, et nous pourrions lui appliquer ce que M. Villemain a dit de saint Jean Chrysostome : «Peu de moralistes, peu d'orateurs de la chaire moderne ont égalé la vivacité persuasive et l'inépuisable abondance qu'il portait dans cette exhortation. Rarement on a su mieux recommander à l'homme les misères de l'homme, ni émouvoir le cœur, pour exciter à la bienfaisance et à la vertu* ! »
Tantôt, racontant la scène de la. multiplication des painsy il trouvait l'exposé complet des théories des socialistes modernes dans les moyens proposés par les disciples pour nourrir une multitude affamée ; et, démontrant l'insuffisance de ces moyens, il montrait dans la charité catholique le secret de renouveler de nos jours le miracle de Tibériade.
D'autres fois, il exposait avec plus d'abandon le devoir ou les récompenses de l'aumône; et ce n'est pas, comme il l'a écrit lui-même, un simple sentiment de pitié naturelle, un élan plus ou moins généreux de bonté, qu'il cherchait à produire dans l'àme des riches : il voulait établir, développer cette grande conviction, que la charité est le devoir fondamental du chrétien, la condition indispensable de
* Villemain, TabL de Véloq, chrét., art. Chrys,
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son salut; en sorte que l'aumône lui est demandée bien plus dans ses intérêts que dans celui du pauvre, et qu'en dédaigner Theureuse obligation, c'est une dureté impie envers Jésus-»-Christj c'est surtout s'exclure soi-même du bienfait divin de la Rédçmption * . Les anathèmes qu'il laissait tomber quelquefois, non pas contre la possession mais contre l'abus de la richesse, touchaient les riches, mais ne les irritaient pas. Ennemi de toute témérité dangereuse, il prêchait à tous les devoirs, sans exagérer les droits. Le pauvre apprenait, en l'écoutant, la résignation aux desseins de la Providence; le possesseur était ému : d'abondantes aumônes répondaient aux soIUcitations du prêtre ; aussi les Patronnesses des diverses Œuvrer de bienfaisance établies à Montpellier ne craignaient-elles point de faire de fréquents appels au zèle de l'abbé Martin, parce qu'elles savaient d'avance l'heureux eflfet de ses discours.
La souplesse était le caractère distinctif du talent oratoire du curé de Saint-Denis. Tour à tour simple et élevé, comme nous l'avons déjà vu, il sut se plier aux délicatesses infinies que réclame un genre particulier de prédication.
L'abbé Martin comprenait la grandeur de la mission de la femme dans les sociétés modernes. Dépositaire des destinées de la famille, elle l'est aussi des
* s. Chrys., tom. I. chap. xvi, pag, 560.