CHAPITRE VI
destinées des nations, et, si le monde, qui is'éloigne de Dieu, doit être ramené encore dans les bras de l'Eglise, c'est à la femme chrétienne qu'il devra ce moyen de salut. De là, la nécessité de pgrfectionner l'éducation religieuse de la femme et de l'instruire sérieusement de ses véritables devoirs.
Toujours initiateur , Tabbé Martin entra donc dans la voie qu'ont explorée plus tard, avec tant de succès, le P. Ventura et M*"" Landriot , en établissant pendant le Carême des Conférences pour les dames*. Plusieurs fois la semaine, la nef de l'église de Saint-Denis offrait l'aspect le plus gracieux. Dès huit heures du matin, les femmes les plus distinguées par la naissance, l'éducation , l'intelligence ou le cœur, accouraient autour de sa chaire j et, dans des causeries pieuses et intimes, l'éloquent pasteur, prenant le rôle de directeur spirituel, leur prodiguait ses enseignements.
Les éléments de succès d'une semblable prédication sont, avec une science parfaite de la doctrine qui empêche de tomber dans aucun excès, la finesse de l'esprit, la délicatesse du cœur, l'onction du sentiment, le charme de l'imagination et l'élégance du langage, relevant, par la couleur et la grâce, la vulgarité des détails. Aucune de ces qualités ne man-
* L'abbé Martin a commencé ses Conférences en 1845; celles du P. Ventura, sur les Femmes de VEcangile Qild^ Femme catholique, ont été publiées en 1854 et 1855; celles de Mr Landriot. ^xxT Id^Temme pieuse et la Femme forte, en 1863 et 1864.
quait à l'abbé Martin, et c'est là ce qui nous explique son immense succès. Ce n'était plus l'orateur véhément, expliquant avec une splendeur insolite les mystères du dogme ou les problèmes sérieux : c'était le pasteur et le père compatissant à toutes les faiblesses, sondant toutes les plaies, dissipant toutes les illusions, et faisant accepter, en s'insinuant dans les âmes, les plus difficiles devoirs.
C'est ordinairement dans l'Evangile du jour qu'il puisait la matière de ses homélies. Il racontait la puissance de la prière dans la personne de la Chananéenne, la grâce apparaissant à la Samaritaine sur le bord du puits de Jacob, les effets de la tiédeur si bien exprimés par l'immobilité du Paralytique, la vie mondaine et inutile personnifiée dans le mauvais Riche, qui n'a d'autre tort que de faire une chère splendide et de se revêtir d^omements somptueux.
La scène de la piscine de Siloë lui inspirait les enseignements les plus salutaires touchant la pratique de la confession; puis il passait en revue les vertus essentielles de la femme, la résignation et la douceur, la charité et la prévoyance maternelles, l'amour du foyer domestique et la sagesse de son administration, l'habitude de la mortification chrétienne, la fidélité à la méditation, la pensée des fins dernières. . . Ainsi il travaillait à former en elles, non pas une piété étroite et mesquine, renfermant tout le Christianisme dans des formules minutieuses ou
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des pratiques sans vie^ mais une piété large et généreuse, agrandissant l'idée du devoir et aboutissant toujours à la doctrine de Timmolation et des plus nobles sacrifices.
Nous craindrions de décolorer, par une froide analyse, ces Conférences sur lesquelles le pinceau de l'abbé Majrtin jetait de si gracieuses couleurs, comme se décolore par le contact la fleur qui épanouit sa corolle, ou Taile délicate du papillon. Mais nous ne pouvons nous empêcher de regretter qu'elles n'aient pas été conservées par leur auteur. Leur reproduction aurait développé dans bien des âmes les germes de sainteté qu'y déposa pendant vingt-quatre années sa parole.
Le Curé de Saint-Denis ne discontinua jamais, en efiet, ses Conférences. Il les prêcha même pendant le dernier Carême, qui ne précéda sa mort que de quelques jours, et l'inspiration ne lui fit pas plus défaut qu'aux premiers temps de ses prédications.
tf II avait redoublé, cette année-ci, de zèle et d'ardeur. Il semblait avoir le pressentiment de la fin prochaine de sa sainte mission, et se hâtait de prodiguer à l'auditoire qui se pressait autour de sa chaire tous les trésors de son grand esprit et de son noble cœur.
» De telles fatigues ont contribué probablement à rapprocher son heure dernière, mais elles l'ont encore grandi devant Dieu, et laisseront d'inefla-
U1 l'abbé MARTIN
cables souvenirs, d'admirables exemples à ceux qu'il a tant aimés ^ y»
t»a souplesse du talent oratoire de Tabbè Martin apparaît avec non moins d'éclat dans les allocutions qu'il prononçait à l'occasion des bénédictions de mariage. Quelques-unes de ces allocutions ont été écrites de souvenir après la cérémonie nuptiale, et nous en devons la communication à la bienveillance des familles des époux. Nous sommes donc heureux d'en reproduire ici des fragments et de donner à nos lecteurs , au lieu de notre parole , la parole même du grand orateur.
Il disait à une jeune fille dont il avait déjà pu apprécier la distinction et la piété intelligente, quoique sa famille fût depuis peu de temps sur sa paroisse :
« Voici , ma fille , le moment le plus solennel, le plus décisif, de votre existence. Votre sainte mère ne le voyait approcher qu'avec une tendre appréhension, et c'est pourquoi depuis bien des jours elle venait ici, tous les matins, répandre son àme avec ses prières devant le Seigneur; et j'aperçois votre excellent père qui contient à peine, dans sa noble poitrine de soldat, l'émotion qui remplit et domine son cœur.
» C'est aussi, ma fille, que le mariage, sous son
* Messager du Midi, art. de M. Geoghegan, déjà cité.