CHAPITRE VI
» Et, d'autre part, la pieuse enfant, dont la jeunesse n'avait connu et habité que les plus hautes régions du ciel de la foi, consent à descendre de ces hauteurs sacrées, peuplées de visions d'anges et de saintes merveilles, pour donner la main à un homme, et lui dit avec confiance : J'avais rêvé un autre époux, mais c'était mon Dieu ; j'avais aspiré à un autre bonheur, mais c'était celui des élus sur la terre ; et, puisque ces pieux mirages de ma prière ne peuvent être la réalité de ma vie, je vous bénis, mon Dieu, d'unir ma destinée à celle d'un homme qui ne flétrira pas une seule de mes pensées, qui ne troublera pas une seule de mes espérances, et dont le cœur sera pour le mien comme un autre autel d'où mes hommages s'élèveront plus ardents vers vous.
» Cette conformité de principes et de sentiments, cette communauté de vues et d'espérances, voilà la plus précieuse condition d'un mariage heureux.
» Ce qui fait le bonheur du mariage, ce n'est pas seulement la convenance des fortunes ! Grâce au Ciel ! pour l'honneur de la Providence et la dignité de l'homme, il n'est pas prouvé jusqu'à présent que le bonheur s'achète au poids de l'or. Ce n'est pas non plus l'attrait du plaisir, car le plaisir est volage et fugitif, et Jes ivresses de la veille ne préparent souvent que les larmes du lendemain.
» Ce qui fait le bonheur du mariage , c'est l'union des âmes. Et comment pourrait-elle subsister entre deux êtres que l'éternité peut séparer un jour? Pour
VOUS, VOUS n'avez qu'une foi, vous n'avez qu'un cœur; dévoués à Jésus-Christ et bénis par lui, vous ne serez qu'un en Jésus-Christ.
» Laissez-moi vous lé dire, ma fille : le Dieu qui avait souri à la ferveur confiante de vos jeunes années, et qui vous ramène dans un monde d'où vous vouliez vous enfuir, vous devait un dédommagement; et il vous le donne, en liant votre existence à celle d'un homme capable de vous comprendre et digne de votre cœur.
» Et vous , Monsieur, vos antécédents de jeune homme et de chrétien vous méritaient cette récompense anticipée, d'avoir pour femme une jeune personne qui vous apporte, avec les trésors de son esprit et de son cœur, quelque chose de ces parfums du Ciel qu'elle a contractés dans une union plus intime et plus constante avec son Dieu. Vous serez heureux, car il est écrit que la piété a les promesses de la vie présente autant que de la vie future *. '
» Mais j'ai plus que des éloges à vous adresser : mon ministère m'oblige à vous rappeler des devoirs. Le mariage en impose de grands, d'élevés, de difficiles. Quel fardeau pour un homme que celui de la famille, et la responsabilité du bonheur et de la destinée d'une femme! Est-ce trop d'un dévouement de tous les jours, de tous les instants, pour suffire à une tâche si délicate et si sainte ?
* /. ad Tim., ch. iv, v. 8.