CHAPITRE VI
» Et VOUS, ma fille, ne cherchez pas Tindépendance dans le mariage : la vie de la femme chrétienne est une immolation continuelle. Quelle mission que d'être à la fois le bon conseil, le modèle , la joie, la couronne de son mari; le guide, Fange de ses enfants, et de mouler leur jeune àme à l'image de la sienne pour y imprimer Timage de Dieu ! Pour ce double résultat, que de soins à se donner ! que de sacrifices à s'imposer ! que d'holocaustes à oflfrir ! que de larmes peut>-être à verser ! J'en appelle aux mères qui m'entendent : elles vous diront que, si rien n'égale le bonheur de la maternité, rien n'en égale aussi la sollicitude et les angoisses.
« Que cette perspective ne vous décourage pas! Vous aviez fait votre idéal de la vie d'une grande Sainte ; mais il est d'autres femmes que Dieu a distinguées et rapprochées de son cœur dans le Ciel. S'il sourit à la virginité, il bénit et consacre le mariage; s'il a fait du Carmel le piédestal de sainte Thérèse, il a fait de la famille le sanctuaire des Paule, des Olympiade, des Bathilde, des Monique et des Radegonde. Que leurs noms et leurs vies soient toujours présents à votre mémoire ! Pénétrez-vous de leur esprit, marchez sur leurs traces, nourrissez-vous de leur foi : vous aurez leurs vertus, vous porterez leur auréole et vous goûterez leur bonheur.
» Et, maintenant, que la main de Dieu s'étende
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dans la mienne pour vous bénir ! Qu'il vous bénisse autant que vous le méritez ! je l'implore pour vous de tout mon cœur ! Qu'il vous bénisse et que sa bénédiction soit l'orgueil de vos familles, la joie de vos amis, et qu'elle soit pour vous la grâce, la sainteté et le bonheur ! ^
Une de ses dernières bénédictions fut pour une autre jeune fille qu'il avait vue grandir et qu'il aimait comme une enfant de prédilection Aussi, prenant le langage le plus paternel, et pressentant déjà sa fin prochaine, il lui disait :
« Ma bien chère enfant,
» Laissez-moi vous le dire, avec l'abandon de la vieillesse et de la paternité : c'est de toute mon âme que je m'associe aux espérances de votre famille et à votre bonheur.
» Je me souviens du jour où, toute petite enfant, on vous conduisit vers moi. Combien de fois, depuis lors, vous m'avez ouvert votre jeune àme sans réserve et sans voile ! J'en ai sondé les pensées les plus intimes, les replis les plus secrets ; j'y ai lu, comme dans un livre charmant, l'histoire vivante de la candeur, de la modestie, de la bonté personnifiées. Qui sait, mieux que moi, les trésors divins qu'il a plu au Ciel de vous prodiguer ! Je ne crois pas exagérer, en disant que rarement une plus aimable auréole de grâce a couronné une vertu plus solide,
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une piété plus vraie dans sa simplicité
» Je n'ai pris la parole que pour vous bénir; oui, ma fille ^ vous bénir au nom de Jésus-Christ, de qui émane toute bénédiction et toute grâce , à qui s'adressent toutes nos espérances, TAuteur suprême de tous les biens. Je vous bénis au nom de votre
mère , de votre père . . • . , de votre
nouvelle famille Je vous bénis au nom de
tous ces amis qui se pressent près de vous, autour de cet autel, dans une prière unanime et fervente, pour obtenir de la bonté de Dieu la bénédiction la plus douce et la plus^ puissante. Je vous bénis au nom de cette chère paroisse de Saint-Denis, dont vous étiez l'un des plus beaux ornements, qui vous entourait d'une sympathie si affectueuse et regrette sincèrement de vous voir partir. Je vous bénis en mon nom et de tout mon cœur, et j'espère, ma chère enfant, que vous ne dédaignerez pas cette bénédiction du vieil ami, du vieux pasteur, du père spirituel qui vous a vue grandir avec complaisance, qui est fier de vous aujourd'hui surtout, qui vous aimait et vous aime d'une sainte tendresse.
» Combien je voudrais vous revoir heureuse, rayonnante de joie, et jooir, un instant du moins, de votre félicité ! Cette grâce me sera-t-elle accordée ? . . Mais, que je sois de ce monde ou de l'autre, ma pensée, mes vœux, mes bénédictions, mon affec-
tion paternelle, seront près de vous, partout et toujours. »
On pardonnera à notre amour filial d'exprimer un vœu, en terminant notre examen de Téloquence pastorale de l'abbé Martin.
Dès l'origine du Christianisme, les fidèles crurent devoir conserver avec soin la chaire sur laquelle s'étaient assis leurs maîtres dans la foi *. Aujourd'hui encore on vénère, dans les cattédrales de Meaux et de Clermont, les chaires illustrées par les deux princes de l'éloquence chrétienne en France, Bossuet et Massillon ; et nous avons recueilli plusieurs fois, de la bouche de l'abbé Martin lui-même, le regret qu'on ait fait disparaître de l'église cathédrale de Montpellier la chaire sur laquelle Bourdaloue prêcha deux stations d'Avent et de Carême*. Nous
* Eusèbe nous apprend que Ton voyait de son temps, à Jérusalem, la chaire de son premier évoque, saint Jacques le Mineur. On sait aussi que Téglise d'Alexandrie possédait celle de saint Marc, son fondateur. L'église de Rome garde précieusement et honore, d'un culte particulier et universel, V apostolique ei trèssainte chaire de saint Pierre.
^ Il est parlé des prédications de Bourdaloue à Montpellier dans plusieurs Mémoires du temps : « On sut, dit Danjeau dan? son Journal {{Q octobre 1685), que le Roi avait résolu d'envoyer des missionnaires dans toutes les villes nouvellement converties. Le père Bourdaloue, qui devait prêcher l' Avent à la Cour, va à Montpellier, et le Roi lui dit : « Les courtisans entendront peutêtre des sermons médiocres, mais les Languedociens apprendront une bonne doctrine et une belle morale. » Madame de Sévigné