‹ Vie de l'abbé Martin (d'Agde) curé de Saint-Denis, à Montpellier, précédée d'une introdChapitre 76 sur 135 · CHAPITRE VI · texte numérisé non relu

CHAPITRE VI

» Et VOUS, ma fille, ne cherchez pas Tindépendance dans le mariage : la vie de la femme chrétienne est une immolation continuelle. Quelle mission que d'être à la fois le bon conseil, le modèle , la joie, la couronne de son mari; le guide, Fange de ses enfants, et de mouler leur jeune àme à l'image de la sienne pour y imprimer l'image de Dieu ! Pour ce double résultat, que de soins à se donner ! que de sacrifices à s'imposer ! que d'holocaustes à offrir ! que de larmes peut-être à verser ! J'en appelle aux mères qui m'entendent : elles vous diront que, si rien n'égale le bonheur de la maternité, rien n'en égale aussi la sollicitude et les angoisses.

» Que cette perspective ne vous décourage pas! Vous aviez fait votre idéal de la vie d'une grande Sainte ; mais il est d'autres femmes que Dieu a distinguées et rapprochées de son cœur dans le Ciel. S'il sourit à la virginité, il bénit et consacre le mariage; s'il a fait du Carmel le piédestal de sainte Thérèse, il a fait de la famille le sanctuaire des Paule, des Olympiade, des Bathilde, des Monique et des Radegonde. Que leurs noms et leurs vies soient toujours présents à votre mémoire ! Pénétrez-vous de leur esprit, marchez sur leurs traces, nourrissez-vous de leur foi : vous aurez leurs vertus, vous porterez leur auréole et vous goûterez leur bonheur.

» Et, maintenant, que la main de Dieu s'étende

est frappée au cœur, par un ange, du glaive de Tamour divin.

Mais ces œuvres, quelque remarquables qu'elles soient, ne suffisaient pas pour rendre l'église de Saint- Denis digne de sa destination. Cette église est trop étroite pour les besoins d'une population toujours croissante. Le zèle de son Curé rêvait toujours son nouvel agrandissement. Il fit, à diverses époques, des démarches réitérées auprès de l'Administration municipale pour arriver à ce but, que semblait rendre plus facile la concession ou la vente d'un terrain par M"' Deydé. Il est mort, laissant à son successeur la réalisation définitive de ce projet ; mais, s'il n'eut pas la consolation d'agrandir l'édifice , il voulut du moins l'ornementer.

Un autre artiste, M. Monseret, dont la ville de Montpellier s'honore d'être la patrie d'adoption, répondit à l'appel du Curé de Saint-Denis. Son habile pinceau écrivit à la voûte du chœur de l'église une page où le talent de l'exécution est à la hauteur de la pensée. Au fond de l'abside , un groupe d'anges entoure l'autel d'une gracieuse couronne, se renvoyant l'un à l'autre le trisagion des élus , tandis que les Sibylles répondent à la voix majestueuse de David et d'Isaïe, comme si un écho du monde païen répétait les prophéties judaïques, teste David cum Sibylld; et les siècles chrétiens sont représentés par des Docteurs de l'Église, des Vierges et de saints Con-

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fesseurs; qui semblent, à travers Tor brillant de la voûte, rehaussée, aux jours des solennités saintes, par les mille autres clartés de l'autel, comme une mystérieuse vision de la Jérusalem céleste.

Les cérémonies du culte devaient être Fobjet des préoccupations de Pabbé Martin. Nous avons admiré déjà , pendant son séjour à Agde et à Saint-Pons, son zèle pour la beauté de la maison de Dieu. Placé à la tête d'une des paroisses les plus importantes de la ville épiscopale, puissamment aidé par la libéralité de son Conseil de fabrique, dont il multipliait du reste les ressources, il ne recula pas devant une noble tentative.

On reconnaît généralement aujourd'hui l'harmonieuse grandeur de nos chants liturgiques. Quelle majesté dans le Te Deuni de saint Ambroise ! Quel charme suave dans l'antienne Salve Regina, dans l'hymne Ave, maris Stella, qui nous révèlent si bien la tendre dévotion de saint Bernard ! La prose Veni Sancte-Spiritus du pape Innocent lU, le répons Jwcîo^a et Jérusalem du roi Robert, le Veni Creator attribué à Charlemagne, le Dies irœ de Thomas de Celano, le Stabat de Jacopone, ne sont-ils pas autant de chefsd'œuvre, où le sentiment poétique est en quelque sorte dépassé par la beauté de la mélodie? Il n'est pas jusqu'aux offices les plus simples qui ne produisent les effets les plus saisissants. Les Introït et les Graduel de la messe, le Gloria et le Credo,

cette sublime mélopée grecque que Ton appelle la Préface, les diverses intonations des Psaumes, la variété des hymnes, renferment assez de richesses musicales pour jeter quelquefois les plus illustres maëstri dans la stupeur de l'admiration.

En France cependant , il faut le dire , Pexécution de nos chants liturgiques, livrée ordinairement à la voix rauque et martelée de quelques chantres sans goût et sans méthode, laisse beaucoup à désirer, et de nos jours un besoin de réforme s'est fait sentir.

Il y a environ quarante ans, un artiste d'unescience profonde , Choron , commença Pœuvre de la restauration de la musique religieuse. « Après de grandes difficultés, il parvint à rassembler des élèves, à recruter des voix ; il forma, instruisit, disciplina des chœurs nombreux et puissants, et réussit, chose bien plus difficile, à pénétrer ces enfants de l'esprit essentiellement religieux de ses compositions ; à faire, en un mot, de son institution une sorte de sanctuaire, où se conservaient précieusement les parfums des anciennes traditions et le sentiment des anciennes beautés*. » La réforme de Choron fut interrompue malheureusement par sa mort% et ne se fit guère sentir

* Adolphe Guérault, Revue encyclopédique.

* Choron ost mort à Paris, en 1834. Parmi ses ouvrages, nous citerons : Considérations sur la nécessité de rétablir le chant dcRonc dans toutes les églises de l'Empire français, in-8". — Méthode élémentaire de musique et de plain-clinnt , à Vusage des Séminaires et d^'S maîtrises de Cathédrale; in-S*» (Paris. Courcier, 1801).

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