‹ Vie de l'abbé Martin (d'Agde) curé de Saint-Denis, à Montpellier, précédée d'une introdChapitre 78 sur 135 · CHAPITRE VI · texte numérisé non relu

CHAPITRE VI

en est reçu dans presque tous les diocèses, par les grandes artères de Tèpiscopat. »

La même dévotion le détermina à donner une pompe exceptionnelle à la Procession du Très-Saint Sacrement.

L'Octave de la Fête-Dieu est, à Montpellier, l'objet d'une série de fêtes qui ont eu, de tout temps, le privilège d'émouvoir nos populations méridionales, et chaque paroisse rivalise tour à tour de zèle pour répondre à l'élan de cette catholique cité.

Le mardi 3 juin 1856, un mouvement inaccoutumé se manifestait dans les quartiers de la paroisse de Saint-Denis, envahis de bonne heure par la foule. L'abbé Martin avait eu l'heureuse idée de reproduire, à Montpellier, ce que la ville de Bruges venait de réahser avec un succès prodigieux, à l'occasion d'un jubilé centenaire*.

La Procession de Saint-Denis déploya donc, plus que jamais, une richesse et une grâce pittoresque du meilleur goût : bannières, oriflammes, vases de

* Une Procession d'une beauté merveilleuse eut lieu à Bruges, en 1850, à Toccasion du jubilé de sept cents ans au Saint-Sang. D'après une tradition respectable, Joseph d' Arimathie avait gardé le sang sorti des pieds et des mains de Jésus attaché à la Croix. Une portion de cette relique, précieusement conservée dans l'église de Jérusalem, fut donnée à Thierry d'Alsace, comte de Flandre, et au retour^de la croisade, en 1148, ce prince l'apporta à Bruges. Bientôt une Procession annuelle fut instituée en son honneur (Histoire du Saint-Sang, précédée d^un album descriptif de lalProcession de 1850, par l'abbé G — ; Bruges.)

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parfums, emblèmes sacrés , char de triomphe splendide, surmonté de la statue de la Religion; reposoirs élégants, transformant les places publiques en autant de riches sanctuaires, tout cet ensemble ravissait les regards et, par la fraîcheur des décorations, formait un tableau plein de poésie.

Un long cortège de jeunes filles déroulait ses anneaux comme une guirlande embaumée; dans les rangs, des groupes gracieux portaient des ornements religieux et des bouquets de fleurs, symboles de pureté et d'innocence. Les enfants de troupe les suivaient avec le Pélican emblématique du divin sacrifice; Tair retentissait des chants harmonieux de la Maîtrise et des élèves des Frères, dont les banderoles multicolores frissonnaient au vent . . .

Montpellier n'avait jamais vu une fête plus belle. Le zèle des paroissiens de Saint-Denis, qui se manifesta ce jour-là avec tant de magnificence, ne s'est pas démenti une seule fois jusqu'à la mort du vénéré Pasteur; et l'on voit tous les ans se renouveler le même spectacle, qui a inspiré aux autres paroisses une sainte rivalité.

Mais cette pompe extérieure ne satisfaisait pas pleinement le cœur de l'abbé Martin : il aurait désiré surtout donner à Jésus-Christ un nombreux cortège à^hommes ;et,ilne manquait jamais, à cette occasion, d'épancher dans le cœur de ses fidèles paroissiens, avec ces accents dont il avait si bien le secret, les tristesses de son aine.

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Nous citerons un trait auquel on reconnaîtra combien le Curé de Saint-Denis aimait à entourer d'honneur et de respect le Dieu qui réside dans nos tab^nades. Peu de temps avant sa mort, une femme pieuse Payant consulté sur un legs qu'elle voulait faire à sa Paroisse : « Vous satisferiez un de mes plus grands désirs, lui répondit-il, si vous pouviez donner un riche ostensoir, i» Le vœu du pasteur sera accompli comme une parole inviolable; et — que la pieuse donatrice nous pardonne cette indiscrétion — elle a mis pour seule condition, dans son testament, que le nom de l'abbé Martin serait gravé sur la partie intérieure du socle.

Après la dévotion à la divine Eucharistie, la dévotion à la Croix occupait la première place dans le cœur du Curé de Saint-Denis. Durant le cours de son ministère apostolique, la Croix lui avait inspiré les plus magnifiques élans, et il ne laissait jamais passer une Station quadragésimale sans consacrer plusieurs sermons à raconter ses triomphes. Revêtu du rôle plus simple de pasteur, il travailla de tous ses efforts à propager dans sa paroisse la pratique du Via Crucis, qu'il jugeait si favorable au développement de la solide piété. Tous les vendredis du Carême, il aimait à présider lui-même ce touchant exercice, mais il ne lisait pas toujours les prières que l'usage a consacrées. Quelquefois, en parcourant la

Voie douloureuse, son cœur se brisait sous le poids des plus accablants souvenirs; et, quand il s'arrêtait devant l'image retraçant une des scènes de la Passion du Divin Maître, l'émotion débordait de sa poitrine, et il substituait, malgré lui, à une froide lecture la plus chaleureuse improvisation.

De pieux paroissiens le prièrent un jour de leur laisser plus qu'un souvenir de ces pieuses réunions. Ce fut l'occasion pour l'abbé Martin de publier un petit opuscule intitulé : Prières et Méditations pour le chemin de la Croix^ dans lequel on croit entendre un écho de la voix suave de saint Bernard et du dévot saint François de Sales.

L'abbé Perreyve a écrit sur le même sujet un livre * qui n'est pas, à nos yeux, le moindre titre de gloire du jeune professeur de la Sorbonne, enlevé trop tôt à l'Eglise, dont il promettait de devenir un des plus illustres défenseurs . Les Méditations de l'abbé Perreyve, plus développées que celles de l'abbé Martin, ont un caractère doctrinal; on sent que l'auteur, éprouvé par une maladie longue et douloureuse*, s'est accoutumé à sonder le problème de la souffrance, et qu'il se plaît à en montrer la solution chrétienne sous ses faces multipliées, aussi belles

* Méditations sur le Chemin de la Croix, par l'abbé Perreyve (Paris, Charles Douniol, 1859).

• Cette maladie a inspiré à Tabbé Perreyve un livre non moins remarquable : La Journée des malades (1864).

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pour rintelligence que consolantes pour le cœur. Dans les Méditations de l'abbè Martin, au contraire, le sentiment domine la pensée. Le livre de Tabbé Perreyve est l'œuvre du philosophe chrétien; le livre de Tabbé Martin est celle du prêtre, ou, pour parler plus exactement , du pasteur. On lira avec fruit le premier, dans le silence du foyer domestique, en méditant à loisir chaque Considération; on n'appréciera comme il faut le second qu'au milieu de l'assemblée des fidèles, en trouvant à chaque Station douloureuse, dans ces pages bénies, un cri toujours en harmonie avec les émotions de la foule.

Nos lecteurs nous permettront quelques citations pour justifier notre jugement:

tf Jésus ! ô mon Sauveur ! s'écriait l'abbé Martin en commençant ces pieux exercices, prenez ma pensée et mon cœur; transportez -les à Jérusalem, sur le théâtre de votre immolation, et qu'il me soit donné de vous suivre pas à pas sur cette route douloureuse et triomphale du supplice. C'est une heure que je désire passer avec vous, une heure d'effusion et de contemplation devant vous , ô Sainte Victime de l'amour et du péché ! une heure à vous regarder, à vous écouter, à recueillir toutes les paroles, toutes les larmes, toutes les gouttes de sang tombées de vos lèvres, de vos yeux, de votre front radieux et meurtri ; à toucher de mes mains le Bois rédempteur sur lequel vous êtes mort par amour pour moi. Cette

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heure^ ô mon très-aimable Sauveur ! va passer bien vite : daignez la prolonger^ en répandre le charme saint sur toute ma vie ! . . .

» Quand viendra cette heure désirable et terrible qui décide de l'éternité , alors , 6 Jésus ! vous vous souviendrez de votre amour et de ma faiblesse. Vons me visiterez sur mon Calvaire, vous apaiserez mes terreurs, vous soutiendrez ma foi, vous resterez à mon chevet, quand tous Tauront quitté ; vous serez l'ange de mon délaissement. De votre cœur sacré, calice intarissable, vous verserez dans le mien le pardon et l'espoir; vous recevrez mon dernier soupir sur vos lèvresj vous recevrez mon àme dans votre sein : je m'endormirai dans vos bras, vous me réveillerez dans le Ciel. «

Au souvenir du tombeau de Jésus, il laissait échapper de son àme cette ardente et tendre exclamation : tf Tombeau glorieux, oh ! que j'aimerais de m'agenouiller à votre porte, de baiser respectueusement la place où fut déposé , durant trois jours, le corps sacré de mon Sauveur, de m'abriter sous votre voûte, de m'y ensevelir un instant, mort aux hommes et oublié de tous ! ! ! »

L'abbé Martin est mort avec le regret de n'avoir pas vu Jérusalem. Avec quelle effusion il aurait prié, comme Chrysostome , « sous ces arbres qui avaient entendu la parole du Christ, prêté leur ombre à son agonie ! Quel transport il aurait éprouvé devant ces

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