‹ Vie de l'abbé Martin (d'Agde) curé de Saint-Denis, à Montpellier, précédée d'une introdChapitre 81 sur 135 · CHAPITRE VI · texte numérisé non relu

CHAPITRE VI

l'abbé Martin, restime profonde qu'il avait pour la vie religieuse :

tf Mon cher enfant,

y» Une vocation religieuse, si sainte qu'elle soit, et précisément parce qu'elle est plus sainte, me semble une chose trop grave en elle-même et par les devoirs qu'elle impose, pour être traitée à la légère e^ abordée de prime abord, sans avoir consulté les hommes dont l'âge, l'expérience, la position, les vertus et les lumières nous promettent un bon conseil. Tu croyais que je m'opposerais à tes desseins ! Qui t'avait inspiré cette crainte? Elle était si peu fondée que j'ai toujours désiré, au contraire, qu'il y eût quelqu'un de ma famille qui se consacrât à Dieu dans la vie religieuse. Loin de fermer devant toi la route du Carmel, si je ne consultais que mon cœur, je voudrais t'y pousser; je voudrais que, tout entier à la prière et à la pénitence, tu fusses l'hostie pure des tiens, de ta mère et surtout de ta sœur, dont la mort a laissé un vide si profond drns mon existence.

Mais autant je respecte et j'aimo une vocation religieuse, autant je redoute les velléités et les illusions. Je ne veux pas qu'on avance pour reculer, et qu'on jette ainsi sur sa vie entière le vernis de l'inconstance et de la légèreté. J'ai donc demandé et je demande que ta vocation soit étudiée, méditée et éprouvée sérieusement. Les marques de vocation véritable sont un grand renoncement à soi-même,

^6 l'aBBÂ MARTIN

une humilité profonde, la défiance de ses propres lumières, une charité ardente, une grande énergie de caractère pour se combattre et se dompter, un ' amour profond et éminent de Jésus-Christ, la passion de sauver les âmes, le dégoût sérieux de toute les choses terrestres, Phorreur de la sensualité, une pureté très-grande d'esprit et de cœur, un vrai courage*. . . y»

Si Tabbé Martin aimait les Ordres religieux, il croyait aussi qu'on pouvait trouver dans les Confréries laïques de puissants auxiliaires pour le bien. La royale et dévote Compagnie des Pénitents bleus fut transférée sur sa paroisse*, peu d'années après sa prise de possession; il se hâta donc de la faire jouir du bienfait de sa parole, en prêchant, dans l'élégante chapelle que les Frères avaient fait construire, une Octave en l'honneur de saint Claude, leur Patron.

La reconnaissance de la Compagnie fut acquise dès ce moment à l'abbé Martin. Les rapports les plus affectueux s'établirent, et le premier Prévôt, M. Paulin Durand, saisit toutes les occasions de publier la haute estime qu'il avait pour le Curé de Saint-Denis.

Lorsque, en 1866, l'Administration diocésaine, retirant à la Compagnie son aumônier, confia les fonctions ecclésiastiques de la chapelle au Curé d'une autre

* Le R. P. Marie-Félix est aujourd'hui religieux et missionnaire près le couvent du Mont-Garmel, en Syrie. 2 En 1846.

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