CHAPITRE VI
quoique secondaires. Elle prend occasion des dons matériels faits aux indigents pour leur donner des conseils religieux ; elle fournit à tous et spécialement aux femmes chrétiennes un moyen prédeux de servir Jésus-Christ dans la personne des pauvres ; elle fait aimer la Religion aux malheureux, souvent aigris par la souffrance, et contribue à établir et à entretenir les liens d'amour réciproque entre les chrétiens de toute condition.
» L'Œuvre est soutenue par deux sortes de bienfaitrices : les unes s'engagent seulement à donner des vêtements ou à travailler pour l'Œuvre à leur volonté ; les autres prennent le nom d'Associées et s'engagent à venir travailler à l'ouvroir du Vestiaire*. »
La présence du pasteur encourageait souvent ces nobles ouvrières dans leurs réunions quotidiennes ; et il s'était réservé de prêcher tous les ans, au jour fixé pour la quête en faveur de cette Œuvre. Il est mort en exprimant le regret de ne pouvoir léguer au Vestiaire de Saint-Martin une somme assez considérable pour en assurer la perpétuité.
La ville de Montpellier possède une Œuvre cha-
* Règlement pour VOEuvre du Vestiaire de Saint-Martin, dans la Paroisse Saint-Denis , à Montpellier, 1853. — Cette Œuvre du Vestiaire a été établie dans plusieurs paroisses de Montpellier, et même dans un grand nombre de villes voisines, à l'exemple et selon le règlement de Saint-Denis.
284 l'àBBB MARTIN
ritable appelée TŒuvre de la Compassion. Elle fut établie, en 1836, par deux sœurs éminemment chrétiennes, qui ne peuvent réussir à cacher complètement dans l'obscurité d'une vie modeste tout le bien qu'elles font. AT*'" D. et F. Gergonne n'eurent d'abord pour but , dans leur généreuse entreprise, que le soulagement de pauvres réfugiés espagnols, principalement de prêtres et de religieux, obligés de venir nous demander le pain de l'exil. M*' Thibault daigna la prendre sous sa protection et la recommander à ses diocésains. Il fit plusieurs fois appel à leur charité en faveur de ces « fils infortunés de la catholique Espagne, patrie des Thérèse, des Ignace, des François-Xavier, des Jean-de-la- Croix *. »
Notre cité s'empressa de témoigner à cette Œuvre une généreuse sympathie. On aurait dit que Montr pellier voulait payer sa dette de reconnaissance à une nation voisine qui avait accordé, en des jours mauvais, une si religieuse hospitalité à un grand nombre de ses prêtres. Plus tard, n'ayant plus à secourir de telles infortunes, cette Œuvre a néanmoins continué à subsister comme association charitable; et aujourd'hui le dévouement des femmes pieuses qui la composent s'applique au soulagement des malades
Indigents à domicile. Combien de pauvres familles, assistées et consolées par les Dames de la Compas-
* Mandements du 19 juillet 1841 et du 1« juin 1842.
CHAPITRB VI 285
sion, ont en souvent à bénir, avec le nom des fondatrices de cette Œuvre, d'autres noms qu'il serait trop long d'énumèrer, mais parmi lesquels il suffit de citer ceux de MM™ F. Combres et Faucillon, que la mort a ravies trop tôt à la piété et à la charité catholiques. Les Dames de la Compassion se réunissaient, une fois chaque année, dans Téglise Saint-Denis, et Tabbé Martin leur prêtait le secours de son éloquente parole. On répondait par de riches aumônes à ses chaleureux appels; et il n'a fallu rien moins qu'un ordre supérieur pour rendre sa voix muette, à l'occasion de ces réunions annuelles S
Toutes les institutions charitables établies à Montpellier étaient chères à l'abbé Martin. Il encourageait de ses plus vives sympathies les Frères des Ecoles chrétiennes , ces instituteurs de l'enfant du peuple, et se réjouissait de leurs succès. U allait évangéliser quelquefois le modeste Asile des Petites Sœurs des Pauvres, et l'on raconLé que, lorsque ces humbles filles annoncèrent sa mort à leurs chers vieillards, ils répondirent d'une voix émue : « Nous regrettons beaucoup ce bon prêtre, que nous aimions à entendre, et nous désirerions assister à son enterrement. »
La Conférence de Saint-Vincent-de-Paul était l'objet de ses sollicitudes et de son inépuisable
* Ordoadtuum Cleri Moniispessulani, 1865, page 65.
libéralité. A Tépoque de la création des Fotimeaux économiques sur sa Paroisse, le curé de Saint-Denis prit l'engagement de verser tous les ans une riche subvention dans la caisse de l'Œuvre ; et, quand le besoin de trouver un local plus commode fit transférer le siège des Fourneaux sur une autre paroisse, sa charité, ne s'arrêtant devant aucune limite, continua le même bienfait. Aussi ce fut au milieu de l'émotion générale que , quelques mois après sa mort , M. Adrien Barre , l'honorable Président des Conférences de Montpellier, paya le plus éloquent tribut de regret à la mémoire de ce généreux bienfaiteur *.
Avons-nous besoin d'ajouter que l'abbé Martin ne refusa jamais à aucune institution de charité l'aumône de sa parole ? Il fut, pendant plus de vingt ans, le prédicateur ordinaire de toutes les bonnes œuvres de notre cité, et sa voix , inspirée par son cœur, trouva toujours le môme écho.
Les misères les plus navrantes pour le cœur du prêtre ne sont pas celles qu'il peut souLager à l'aide d'une légère obole: il y a d'affreuses situations, créées par des ébranlements de fortune, devant lesquelles la charité est forcée de se déclarer impuissante. Quelle douleur pour le chef d'une paroisse, qui a des entrailles de père, d'assister, sans prévoir aucune amé-
* Séance générale du 19 juniet 1868.