‹ Vie de l'abbé Martin (d'Agde) curé de Saint-Denis, à Montpellier, précédée d'une introdChapitre 86 sur 135 · CHAPITRE YI · texte numérisé non relu

CHAPITRE YI

lioratioiiy à des scènes émouvantes dont il est le seul confident !

Le curé de Saint-Denis fut exposé bien des fois à une douleur si cruelle; mais son intelligente charité trouvait ordinairement le secret de créer des ressources, et, par d^ingénieuses combinaisons que sa connaissance des hommes et des choses lui rendait faciles, de réparer les malheurs d^un passé qui semblait à tout jamais sans espérance.

n est enfin des souffrances morales que le prêtre surtout peut adoucir, parce qu'il trouve dans les doctrines divines, dont il est dépositaire, un trésor d'immenses consolations. L'abbé Martin avait ce merveilleux secret. Il est vrai que sa sensibilité naturelle arrêtait quelquefois les paroles sur ses lèvres, en présence d'une famille en pleurs ; mais son silence révélait combien étaient vives ses affections, et, quand ses premières émotions étaient passées, il trouvait de sympathiques accents, qui rendaient les larmes de ses paroissiens moins amères.

Il écrit à un père, dont le cœur vient d'être brisé par une terrible séparation :

« Monsieur,

» Cloué dans mon lit par une longue indisposition, je ne peux vous apporter, dans cette cruelle épreuve, le tribut de mes sincères et profondes condoléances. Toute la ville s'associe à votre douleur; je la com-

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prends et je la partage plus que personne, moi qui plus que personne, peut^^tre, ai pu connaître et apprécier cette angèlique enfant, si pure, si douce, si aimable, si parfaite. . . hèlas ! trop parfaite, car la terre n'était pas digne d'elle, et le Ciel réclamait

ce trésor

» Mais, pour un père, pour une pauvre mère, quel coup terrible ! quelle perte ineffable ! De tels malheurs seraient sans consolation si nous n'étions chrétiens, si la foi ne montrait à vos regards votre fille couronnée déjà par les anges et heureuse à jamais dans le sein de Dieu, vous rendant par ses prières et ses bénédictions toutes les tendresses dont elle fut

l'objet La mort est bien affreuse; mais, grâce

au divin Rédempteur, les séparations qu'elle inflige ne sont pas étemelles. Dieu qui vous avait donné votre enfant, qui a cru devoir la reprendre pour la dérober aux illusions d'ici-bas, vous la rendra; vous la retrouverez, vous vous retrouverez tous en lui, et il n'y aura plus alors ni adieux, ni larmes, ni mort... Croyons, espérons en Jésus-Christ : tout est là; il est la résurrection et la vie, et son cœur est le suprême asile dans toutes nos douleurs ^ »

Telles étaient les pieuses consolations que le curé de Sain1>-Denis offrait, à l'exemple de Chrysostome « parlant de l'immortalité avec assurance, du Ciel

* Montpellier, 1864.

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comme s'il en descendait, et montrant à des parents affligés, qui pleurent une fille ou une sœur, celle qu'ils ont perdue, vivante et heureuse au séjour des élus, et, dans le sein même de la félicité souveraine, occupée avec une tendre sollicitude de ses amis d'ici-bas, qu'elle se plaît à protéger, qu'elle aime toujours * ! »

L'abbé Martin avait un baume pour toutes les plaies. Une de ses paroissiennes était tourmentée par la maladie de sa mère. Il lui écrivit la lettre suivante, dans laquelle on ne sait ce qu'on doit admirer le plus, du cœur du père ou de la foi vive du prêtre et du pasteur :

« Enfin je reçois quelques mots de vous : ils étaient bien désirés; mais, hélas ! pauvre enfant, ils ne font que confirmer et aggraver ce que je savais de vos malheurs. Je vois par votre lettre, et je devais m'y attendre, que vous êtes anéantie par cette nouvelle épreuve. Vous avez raison de le dire : « Heureux les morts ! » Heureuse cette chère et pieuse Marie, qui a les joies du ciel sans avoir connu les amertumes de la terre ! Vous êtes restée presque seule pour soutenir la lutte, et les peines sont tombées sur vous à torrents. Je comprends vos découragements, votre défaillance : vous tombez sous le faix de la croix. J'ai bien besoin de me rappeler ce que les Saintes

^ s. Chrys., tom. I, ch. vm, p. 227.

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Écritures, et en particulier le livre de Job, nous enseignent du sort des justes et des afflictions que Dieu prodigue surtout à ses prédestinés. Je ne saurais m^expliquer, sans cela, les amertumes répétées d'une famille aussi bonne, aussi pieuse que la vôtre. Mais les exemples de tous les saints nous le prouvent : les amis de Dieu ne sont ici-bas que pour y pré^ parer dans les larmes le bonheur du Ciel.

» D me tarde de vous voir, de mêler mes pleurs et mes prières aux vôtres, et, comme le Cyrénéen, de m'employer de mon mieux à vous aider à gravir votre Calvaire. * •

Les succès oratoires de l'abbé Martin, son zèle de pasteur^ l'excellence et la supériorité de sa direction avaient jeté autour de son nom une si brillante auréole, que le diocèse de Paris envia au diocèse de Montpellier un prêtre si éminent. Le siège archiépiscopal de la Capitale était alors occupé avec éclat par M*' Sibour, dont la fin tragique devait rendre plus immortelle encore la mémoire. L'Ecole normale de prédication de Sainte-Geneviève venait d'être créée; l'abbé Cœur, professeur d'éloquence sacrée à la Sorbonne, avait été promu à l'évêché de Troyes; la chaire de Notre-Dame était devenue muette. M«' Si-

< Le 22 juillet 1860.

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