CHAPITRE VI
bour, qui savait apprécier les hommes , écrivit la lettre suivante à Tabbè Martin :
Archevêché de Paris. « Paris, le 18 avril 1852.
» Mon cher Curé,
» Le silence que m'imposent les affaires vis-à-vis des plus vieilles amitiés ne m'ôte pas le souvenir du cœur. Vous allez le voir, mon cher ami.
» Depuis que je suis à Paris, j'ai nourri le désir et l'espérance de vous y appeler. Mais qu'offrir à un curé posé comme vous l'êtes î C'est toujours devant cette pensée qu'échouait mon bon vouloir. Cependant il me semble que vous ne pouvez pas être insensible, d'abord à la confiance, à la tendre aibitié de l'Archevêque de Paris, ensuite à tout le bien qu'il vient vous proposer de faire.
» Je viens donc vous proposer de diriger notre Ecole normale de prédication à Sainte-Geneviève, avec le titre de Doyen de la Collégiale.
» Je viens vous dire que, le père Lacordaire se retirant dans la solitude et cessant ses prédications à Notre-Dame, à cause des circonstances politiques, c'est vous que Dieu, par mon organe, charge de le remplacer.
» Je viens ajouter que, la chaire d'éloquence sacrée à la Sorbonne étant vacante, vous serez encore chargé de ce cours; j'en ai déjà parlé au Ministre, qui partage mon désir et l'espoir de vous voir venir à nous.
f» Enfin, si le ministère pastoral était tellement dans vos goûts qu'il fallût un peu plus tard y revenir, après les cinq ans de votre dècanat de Sainta- Geneviève, je vous confierais une paroisse dans Paris.
» J'ai pris mes mesures du côté de votre Evêque; je Pai persuadé de faire céder le bien particulier au général. Il reconnaît le bien immense que vous pouvez faire ici ; il accordera donc , quoique à regret, son autorisation.
» J'ai besoin d'avoir une prompte réponse, et j'espère que votre cœur, votre foi, votre zèle, vous la dicteront telle que je la désire.
» Adieu, cher Curé et ami; je suis tout à vous.
» M. D. Aua., archev. de Paris. »
Un appel si flatteur et si propre à éveiller dans une àme vulgaire des sentiments ambitieux fut l'occasion, pour l'abbé Martin, de montrer son abnégation et la noble simplicité de son caractère. Ne prenant conseil que de sa foi et de son humilité, il refusa, sans hésiter, l'offre honorable de M«' Sibour, et jamais il ne parut à ses amis plus heureux que le lendemain de cette résolution, qui lui avait fait préférer à la plus brillante carrière la vie simple et modeste du pasteur. Cet exemple, rare à toute époque, plus rare surtout dans notre siècle, où toutes les convoitises sont surexcitées, nous semble pour l'abbé Martin le plus beau titre de gloire, et pour le clergé la plus magnifique leçon.
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Mais, en admirant une si noble modestie, nous
déplorons que le refus du curé de Saint-Denis ait em-
péché TEgUse de le compter plus tard au nombre de ses premiers pasteurs. L'opinion publique désignait depuis longtemps Tabbé Martin pour Tépiscopat : il possédait à un degré éminent toutes les qualités qui font les grands évoques. D'illustres prélats exprimaient hautement le regret qu'un si magnifique talent, uni à un si noble caractère, fût enseveli dans une paroisse de province ; il avait appelé l'attention de S. Ëxc. le Ministre des cultes. La proposition de W l'Archevêque de Paris, si elle eût été acceptée, était donc certainement, pour lui, le premier degré d'une élévation prochaine. Son refus empêcha cette élévation. Il ne le regretta jamais lui-même. Elevé à l'école de Chrysostome , il a fui plutôt qu'ambitionné l'épiscopat*. La modération de ses désirs, sa prédilection pour l'étude, l'indépendance de ses sentiments, son amour pour une paroisse dont la reconnaissance l'enchaînait par un nouveau lien, lui rendirent de plus en plus chères ses modestes fonctions ; mais, au milieu des crises que l'Eglise a traversées, tous ceux qui connaissaient l'abbè Martin se demandèrent bien des fois si elle n'eût pas trouvé dans un èvêque si éloquent et si dévoué un puissant auxiliaire.
* S. Ghrys., tom. I, ch. xxi, p. 160. Terreurs que Tépiscopat
1 inspire à Chrysostome: a Je ne puis, s*écriait-il, considérer sans
élonnement ceux qui ambitionnent ce lourd fardeau »
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On a vu dans tous les siècles, des prêtres distingués par leurs vertus et leur génie rester modestement dans les degrés inférieurs de la hiérarchie ; leur vie, consacrée à des œuvres de foi, de zèle et de piété, a eu son mérite devant le Seigneur. Ils auront reçu, comme saint Jérôme, saint Bernard, saint Vincent de Paul , la récompense des pasteurs et des docteurs, des apôtres de la science et de la charité.