CHAPITRE VII
Cette dernière idée^ indiquée par M. Germain, a été développée dans une lettre remarquable, adressée à Fabbé Martin par un de ses amis , à Poccasion de son livre : « Vous n'avez pas écrit seulement , lui dit-il, Thistoire du quatrième siècle, mais celle du nôtre ; et pourtant Ton ne sent jamais l'esprit de parti comme dans certains ouvrages historiques récents. Les allusions les plus transparentes sont naturelles ; c'est la puissance des faits plus encore que la forme dans laquelle ils sont présentés qui rend la ressemblance saisissante ^ y>
* Cette lettre est signée par M. Tabbé Paulinier, un des prêtres les plus distingués de ce diocèse. Nous regrettons de ne pouvoir la citer tout entière, parce qu'elle nous semble une des meilleures critiques littéraires de la Vie de S, Jean Chrysostome . En voici quelques fragments :
« Pézenas, 11 janvier 1861.
» Vous avez reçu déjà sans doute , Monsieur le Curé , .de nombreux éloges. Le clergé vous doit autre ctiose : il vous doit des remerciements. Ce n'est pas seulement parce que vous avez mis dans tout son jour une des plus glorieuses figures du sacerdoce catholique , ou bien parce que l'analyse si complète des écrits de S. Chrysostome inspirera à beaucoup de prêtres le désir de les méditer avec plus de soin; vous avez enseigné encore comment on doit étudier l'histoire, et, par cette chaleur vivifiante qui anime vos récits , vous avez fait aimer davantage la vérité religieuse. C'est le double bienfait que m'a procuré votre livre. Il n'a pas seulement éclairé mon intelligence , il a réchaufife mon cœur. Soyez-en béni, Monsieur le Curé ! Je vous connais assez pour affirmer que vous n'avez jamais désiré une plus douce récompense. Je crois, avec tous les hommes sérieux qui ont déjà lu votre travail, à la prédiction de l'excellent M. Germain : « Non-
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Une des questions les plus graves de Tèpoque de S. Jean Chrysostome est la cause de l'indépendaHce de la Papauté. Aussi Tabbé Martin nous présente-t-il le grand Evêque de Constantinople « luttant, immolé non pour l'intégrité du dogme ou le triomphe de l'orthodoxie, mais pour l'indépendance du pouvoir spirituel menacé par la politique usurpatrice , le des^ potisme sans borne des Césars de Byzance, et, par conséquent, pour la cause même du christianisme et de l'humanité *. *»
La question de l'indépendance de la Papauté est
» seulement ce livre restera , mais un grand accueil et un bel » avenir lui sont réservés. »
» J'étudie depuis deux ans l'histoire du quatrième siècle , j*ai relu deux fois, à cette intention, le bel ouvrage de M. de Broglie {VÉglise et VEmpire romain)) mais je n'avais qu'une idée bien imparfaite de cette époque , et vos études me l'ont révélée tout entière, elles ont ouvert devant moi des horizons que je n'avais pas même pressentis.
» Ce que j'aime par-dessus tout dans votre œuvre, c'est le calme de l'historien, dont vous ne vous êtes pas un instant départi, et qui ne nuit cependant ni à Péclat des tableaux, ni à ia magnificence des éloges, ni même à l'énergie brûlante avec laquelle vous flétrissez les abus
» Et puis quel charme, quel mouvement, quelle vie dans vos récits ! Le tableau de la vie monastique vaut, à lui seul, la belle Introduction de l'illustre auteur des Moines d^Occid^nt. Si chaque époque des annales de l'Église trouvait un historien semblable, comme la science historique ferait d'admirables progrès !
*5. Chrys.y tom. I*', p. 8.
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aussi le difficile problème qui agite Pépoque actuelle. En lisant l'ouvrage de l'abbé Martin, on croit donc plus d'une fois lire l'histoire du siècle présent.
Un journal protestant anglais * l'a si bien compris qu'il a cru trouver dans cette pensée un des buts principaux de la publicité de ce livre: « Quoique l'abbé Martin , dit-il , n'énumère pas , parmi les motifs de sa présente publication, la tendance générale de l'opinion ecclésiastique en France vers la direction indiquée par son langage , nous pouvons raisonnablement supposer qu'un pareil motif n'a pas été sans influence sur lui. La devise qu'il a placée à la tête de son livre, tirée des œuvres mêmes de S. Chrysostome, ^ Le combat que nous soutenons est dans rintérêt du monde entier * » , exprime l'opinion des Catholiques de France touchant la lutte dans laquelle leur Eglise se trouve en ce moment engagée, y»
* The Literary OhurchmanÇLonàoTkt August 1, 1861): «... Ând although the Abbé Martin does not enumerate the imiversal tendency of ecclesiastical opinion in France in the direction indicated by the above language among the incentives to his présent publication, we may reasonably assume that such a motive was not without its influence over him. The motto he bas selected for his title-page, from the words of St. Chrysostom, 'Ynèp riiç ohtoitfiéwiç aTraoTîÇ b Trapwv v/xïv àyoiv TrpoxetTai, expresses the opinion of the catholic party of France upon the contest in wMch they and their Ghurch are at the présent moment engaged. »
* Chrys.y ep. ad Innoc, tom. III, p. 522.
Nous ne repoussons pas cette appréciation comme un reproche. Uamour ardent de Tabbè Martin pour TEglise de Rome et le Saint-Siège nous permet de l'accepter , et il nous semble avoir indiqué lui-même, dans le passage suivant, la préoccupation qui le dominait :
tf Pendant que nous écrivons ces lignes, dit-il, sous Tempire d'une confiance que rien n'ébranle, l'antique trône de la Papauté s'écroule ; Rome s'apprête à devenir la tombe ou la prison de ses pontifes ; l'Europe, enchaînée dans sa politique au jour le jour, contemple, d'un œil impassible , le brigandage dont l'Italie est le théâtre ; des forfaits dont rien n'égale l'audace, si ce n'est la lâcheté, s'accomplissent à la face du soleil: des mains parricides arrachent à l'Église ce pouvoir tutélaire et paternel que les siècles et la Providence lui décernèrent, bien plus dans l'intérêt des peuples que dans le sien ; et le Vicaire du divin Crucifié, attaché lui-même à la Croix , répète tristement ces paroles du Prophète : Ils se sont partagé mes vêtements : ils ont tiré au sort ma tunique^.
r> Est-ce donc fait de l'empire du Christ ? Le grand Vainqueur est-il vaincu à son tour ? Rome païenne va-t-elle, déchirant son suaire souillé, nous apparaître avec ses rêves sanglants d'unité et de domination universelle ? Mais quoi ! lui suffira-t-il de jeter le
* Ps. 21 , V. 19