‹ Vie de l'abbé Martin (d'Agde) curé de Saint-Denis, à Montpellier, précédée d'une introdChapitre 92 sur 135 · CHAPITRE VII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VII

diadème d'Auguste sur le front d'Augustule, pour courber de nouveau sous son joug de fer le monde aflfamé de servitude ?

» Ni la Providence, ni l'Humanité ne se laisseront infliger un pareil outrage. Quant à l'Eglise romaine, elle a traversé d'autres tempêtes sans laisser un seul gage aux flots. Nos sacrilèges escamoteurs s'applaudissent trop vite de leur facile victoire ; de plus forts qu'eux y ont été pris. Un vent qui souffle des catacombes balaye en un clin d'œil les colosses et les pygmées. Que de fois ce trône branlant et vermoulu a-t-il été renversé, mis en pièces ! Et il se redresse toujours pour voir s'écrouler à ses pieds des trônes qui semblaient éternels. Rien n'est aisé comme d'insulter et de proscrire un pieux vieillard, qui n'a pour se défendre que ses vertus; mais ce vieillard représente une pensée divine , et quand les dynasties passent, la sienne demeure. L'œuvre de spoliation, si fière d'elle-même , est condamnée à périr par ses propres excès; la Papauté qu'on dépouille puisera dans de nouvelles épreuves une nouvelle splendeur-

» Un jour, les valets de la Synagogue et les soldats de César veillaient ensemble au pied d'un gibet, et, regardant d'un œil de mépris la Victime expirante , ils disaient en secouant la tête : Si tu es le fils de Dieu, sauve-toi maintenant^ ; puis, entre deux blasphèmes, ils lui présentaient au bout d'une

' s. l^fatth , ch. XXVII, v. 40

lance une éponge trempée de vinaigre. Tout-à-coup la Victime fit entendre un soupir et ce cri : Tmt est consommé * / Et au même instant la terre trembla, le soleil cacha sa lumière, les sépulcres ouverte rendirent leurs morts, et ceux qui gardaient le Crucifié s'écrièrent en frappant leur poitrine : Cet hxmime était vraiment le Fils de Dieu */

9» Dussent nos espérances être confondues, dût la Providence, dans ses impénétrables desseins, laisser la révolution et le crime prévaloir quelque temps encore, qu'on ne s'imagine pas qu'en ravissant à l'Eglise deux ou trois provinces on lui ravit l'empire des âmes. On peut briser un sceptre dans ses mains, on ne brise pas la Croix sur son front, et la Croix gouverne le monde. Pie IX n'eût-il pour toute possession qu'un frêle esquif battu des flots sur l'Océan, tous les regards se porteraient avec amour sur ce frêle esquif, car celui qui le monte est le Vicaire de Jésus-Christ; sur lui repose la pensée de Jésus-Christ; et cette pensée, c'est la liberté, c'est l'avenir, c'est la vie du monde '. »

La cause de la liberté de l'Eglise est essentiellement liée à celle de l'indépendance de son Chef. L'abbé Martin la défend avec la même éloquence ; il s'élève à une hauteur de vues et de pensées qui distingue les

* 8. Jean, ch. xix, v. 30.

* 8. Matth., ch. xxvii, v. 54.

» 5. Chrys., tom. III, ch. xlvii, p. 394-396.

Page 1