‹ Vie de l'abbé Martin (d'Agde) curé de Saint-Denis, à Montpellier, précédée d'une introdChapitre 93 sur 135 · CHAPITRE Vn · texte numérisé non relu

CHAPITRE Vn

plus grands historiens ; il suit cette Eglise menacée par la protection hypocrite et la politique envahissante des Césars de Byzance, et montre Chrysostome, sentinelle avancée, du haut de son poste , surveillant, signalant les manœuvres de l'ennemi, et,, de toute l'ardeur d'un dévouement aussi éclairé qu'intrépide, s'efforçant de fermer la route aux usurpations, quelque nom qu'elles prennent, quelques complices qu'elles aient. « L'empire à peine chrétien, ajoute-t-il, jalouse le sacerdoce et aspire à l'asservir, et déjà commence entre les deux pouvoirs cette longue lutte qui agitera les plus beaux siècles du christianisme. L'Orient laisse voir ses malheureuses tendances : mais Jean s'est élancé l'un des premiers sur ce champ de bataille, qu'illustreront après lui les Grégoire VII, les Innocent III, les Anselme, les Thomas de Cantorbéry, une foule de pontifes héroïques, champions illustres qui, en combattant pour l'indépendance du principe religieux, s'immolaient pour la liberté et le bonheur des peuples. Blessé dans la lutte, trahi par ses frères, il tombe ; mais en tombant il pousse un cri, et ce cri, qui est une invocation à l'évêque de Rome, une solennelle proclamation de sa haute suprématie, signale à ses successeurs l'écueil fatal où les poussent un orgueil aveugle et une politique insensée, l'étoile polaire sur laquelle ils doivent gouverner leur route, s'ils ne veulent, par une fausse indépendance, arriver à la plus malheureuse servitude. Héros , martyr de la liberté de l'Eglise, il fraye la

318 l'abbé MARTIN

route à d'autres héros, à d'autres martyrs* »

La crise religieuse d'Orient, qui est une des grandes questions actuelles, commençait déjà du temps de saint Chrysostome ; et l'abbé Martin a trouvé de magnifiques accents pour peindre les luttes de l'intrépide évêque contre les ravages d'un servilisme déshonorant. «Les tentatives réitérées des empereurs de Byzance, dit-il, pour asservir l'Eglise et l'éloigner de Rome, où brûle à jamais le feu sacré de la pure doctrine et de l'indépendance apostolique, concouraient à affaiblir dans les cœurs, avec l'amour de l'unité, l'énergie du sacerdoce; et l'on ne comptait que trop de prélats façonnés à la servitude par l'ambition, qui, plus fiers d'être les valets d'un homme que les ministres de Dieu, remplissaient de leurs empressements le palais des Césars. Un jour devait venir où toute l'Eglise grecque s'y précipiterait à leur suite, pour se faire servante à Byzance, en attendant d'être esclave à Moscou. Les symptômes de cette déchéance prochaine n'échappaient pas au regard attristé de Chrysostome, et vainement il opposait son courage et sa vie au torrent de servilisme qui allait tout emporter*. »

Hélas ! cette pauvre Église grecque, foulée aux pieds des barbares, déshonorée par son propre sacer-

* S. Chrys., tom. I", ch. i»»-, p. 32.

2 S, Chrys., tome II, ch. xxix, p. 356.

Page 1