CHAPITRE Vn
doce, n'a rien su garder de son glorieux pontife, ni sa foi courageuse, ni sa sainte dépouille, et, séparée de Rome, elle s'est affaissée dans la plus malheureuse servitude.
Cette servitude sera-t-elle étemelle ? L'abbé Martin ne le croit pasj et, après avoir entendu la voix de Chrysostome , dont le corps * repose à deux pas de la Confession de saint Pierre, sous l'œil du successeur d'Innocent, dire à son peuple avili : Revenez à l'Eglise-mère, fondement de la vérité, source de l'unité , il s'écrie dans un saint enthousiasme : « Non, son servage sera pas étemel ; il n'a que trop duré ! Non, la patrie des Athanase et des Chrysostome n'est pas condamnée à rester seule, sans sœurs, sans frères, sans mère, à côté de la grande famille du Christ. Au pied du trône des miséricordes, Jean l'Aumônier, Jean Bouche-^ Or y implore sa grâce, et il l'obtiendra. Les yeux sur lesquels pèsent depuis si longtemps les préjugés du schisme s'ouvriront enfin à la vérité. Ce mur fatal, élevé par l'orgueil, tombera devant la bonne foi et la charité. Du côté de l'Église romaine, il n'y a ni aigreur ni rancune ; elle n'a point oublié les conciles de Florence et de Lyon. Elle peut, empruntant le langage de son divin Fondateur, dire à l'Eglise grecque :
j L'abbé Martin possédait une relique de S. Jean Chrysostome, qui lui avait été offerte parS. Ém. le cardinal- vicaire Patrizi. Il Ta léguée à son neveu, Adrien Vidal , capitaine au long cours, dont le navire porte le nom de Saint-Chrysosiome.
320 L AJBBE MARTIN
Combien de fois ai-je vouJu rassembler tes enfants sous m£s ailes ! Et tu ne Vas pas voulu V Espérons que cette résistance trop longue ne sera pas invincible, et que les bras de l'amour ne seront pas tendus en vain à un peuple plus faible que coupable. Puisse-t-il arriver bientôt, ce jour désiré où rien n'empêchera les enfants de se jeter dans les bras de leur mère, ni la mère de presser sur son cœur des enfants longtemps regrettés et toujours bénis ! Jour heureux, jour magnifique, où la grande ombre de Chrysostome rentrera triomphalement dans sa ville bien-aimée, comme les cendres d'Augustin sont rentrées naguère dans sa chère Hippone ! Alors, du Bosphore à rOronte, de l'Adriatique à l'Euphrate, une immense acclamation de reconnaissance et d'amour saluera la Croix victorieuse ; et Celui qui a dit : Je suis la résurrection et la vie^ étendra sa main puissante sur ces régions jadis si belles, maintenant désolées et changées en cimetière par un despotisme brutal, et il s'écriera : Ossements arides^ entendez le Verbe de Dieu * / . . . Et les ossements arides tressailliront; l'esprit de Dieu soufflera sur les morts, et un peuple nouveau , un grand peuple se lèvera, plein de jeunesse et d'ardeur, au soleil de la liberté et de l'unité*. »
* 8. Luc, ch. XIII, V. 34.
^ 8. Jean, ch ii, v. 25.
^ Ezéch , ch. xxxvii, v. 4.
*S. Chrys., tom. III, ch. xlvii, p. 393.