‹ Vie de l'abbé Martin (d'Agde) curé de Saint-Denis, à Montpellier, précédée d'une introdChapitre 95 sur 135 · CHAPITRE Vn · texte numérisé non relu

CHAPITRE Vn

Quels seront les éléments politiques de cette glorieuse résurrection ? L'abbé Martin n'hésite point à déclarer que ce n'est point du côté du Nord que viendra un jour le salut des chrétiens de la Grèce : ce salut est dans un mariage fécond avec l'Occident. Toute combinaison sur la base du schisme, outre qu'elle créerait une prépondérance que l'Europe ne peut subir, n'aboutirait en définitive qu'à un changement de maître, à une autre forme de servitude^

L'abbé Martin fait donc un appel aux peuples catholiques de l'Occident, en faveur de leur sœur captive, déchue, malheureuse :

tf Au nom de la civilisation chrétienne et européenne, s'écrie-t-il, tendons-lui la main, brisons ses chaînes, tirons-la de ce hideux asservissement dont rien ne peut compenser ni la honte ni la douleur. C'est la honte de la civilisation , c'est la douleur du christianisme ! Après avoir écarté d'une main victorieuse la barbarie savante , repoussons la barbarie décrépite ; et, quand elle ne sait plus défendre sa propre agonie , ne lui permettons pas de prolonger sans fin celle de nos frères. Un cri s^est fait entendre dans Rama, un immense gémissement; Rachel pleure ses enfants^ et elle n^a pas voulu être consolée, parce qu'ils ne sont plus*. Hérode a déchaîné une fois encore ses égorgeurs ; des sommets du Liban aux

*5. Chrys., t. III, ch. xlvii, p. 392.

2 S. Matth., ch. ii, v. 18.

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plaines de Damas, le fils impur de Mahomet s'est baigné à plaisir dans le sang chrétien ; des horreurs qui semblaient à jamais impossibles ont épouvanté l'univers. Resterons-nous éternellement dans cette politique de jalousie et d'égoïsme, triste politique à l'ombre de laquelle un ennemi que nous laissons vivre ose nous insulter? Refoulons dans les steppes les plus lointaines de l'Asie la race funeste qui fut trop longtemps le fléau de l'Europe, qui en est encore le déshonneur. AiGranchissons l'Orient. Rendons à Jésus-Christ Sainte-Sophie , rendons-lui ces belles églises fondées jadis par saint André, par saint Marc, par saint Jean, par saint Pierre. Que la civilisation chrétienne, Chrysostome à la tête, rentre enfin dans la cité de Constantin purifiée et régénérée, qu'elle reprenne possession de cet Orient qu'elle seule peut féconder et vivifier ! Voilà un nouveau monde, ouvert à nos populations exubérantes, entassées sur un sol qui ne peut plus les nourrir ; voilà une autre Europe à créer, avec ses arts, avec sa foi , avec ses merveilles, autour de ces belles mers , sur ces magnifiques rivages, où la Providence n'a pas accumulé tant de richesses et de splendeurs pour qu'il plût au fatalisme et à la paresse, insultant à sa pensée, profanant son œuvre, d'en faire un désert*.»

L'historien de S. Chrysostome exprimait ces désirs

* S. Chrys., tom. III, ch. xvl[, p. 373.

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