‹ Vie de l'abbé Martin (d'Agde) curé de Saint-Denis, à Montpellier, précédée d'une introdChapitre 96 sur 135 · CHAPITRE Vn · texte numérisé non relu

CHAPITRE Vn

et ces espérances huit ans avant que le Vicaire de Jésus^Christ qui siège au Vatican, sur le trône de Pierre , eût convoqué tout l'épiscopat du monde chrétien à un futur concile. Cet appel du Souverain Pontife a été adressé aussi aux évêques du rite oriental, séparé de l'Eglise romaine*. Le résultat de cette réunion œcuménique est encore le secret de Dieu. Mais quelle joie pour les catholiques, et surtout pour le magnanime Pie IX , si le concile de Rome, de 1869, devenait le signal du retour des nations de l'Orient au sein de l'unité !

On dit que quelques symptômes de ce retour se manifestent déjà parmi les intelligences d'élite du schisme russe. La lecture du livre de l'abbé Martin a produit une heureuse impression sur une femme appartenant à la haute aristocratie de Kazan % et dont le salon est fréquenté par les Archimandrites de cette ville. Madame L L.., schismatique , exprimait un jour, dans une lettre à M^^*" Ramadié, son admiration pour saint Chrysostome et l'attrait que lui inspiraient ses œuvres. Le zélé Prélat eut la bonne

* Sa Sainteté Pie IX, dans cette circonstance, n'a fait que se conformer à la tradition constante de l'Église , qui n'a jamais manqué d'inviter les dissidents à prendre part à ces réunions générales. Les Grecs furent invités au concile de Florence , en 1439 , et ils s'étaient réunis une première fois avec l'Eglise latine, en se rendant-au concile de Lyon, en 1274, sur l'invita- 4on du pape Grégoire X.

• Cette ville est située sur les bords du Volî^a, dans la province de Kazan.

324 LABBB MARTIN

pensée de lui offrir le livre de l'abbé Martin. Madame J. L... a témoigné sa gratitude avec tant d'enthousiasme, que M»' l'Évêque de Perpignan a conçu l'espoir de voir rentrer bientôt dans le sein de l'Eglise catholique cette femme aussi distinguée par le cœur que par l'intelligence.

Ce n'est pas seulement au point de vue religieux que le livre de l'abbé Martin est plein d'actualité. Considérant dans saint Jean Chrysostome le politique, le réformateur, l'économiste, il se trouve plus d'une fois en face des questions les plus importantes de notre époque, « car, comme on l'a très-bien observé*, l'Evêque de Constantinople répond, par ses généreuses hardiesses, aux plus nobles instincts ; par son esprit libéral et pratique, à toutes les aspirations légitimes de notre temps.

» Les Pères de l'Église du rv* siècle revendiquent les droits de l'humanité, qui semblaient à jamais proscrits; ils affirment l'avenir, malgré la déchéance et le désespoir de leurs contemporains. Etudiant les faits politiques à la lumière des lois étemelles, ils cherchent à élever le monde à la hauteur de l'idéal que devine leur cœur et leur découvre la foi, en donnant à cet idéal les formes et les proportions de la réalité.

* M. Frédéric Fabrége a écrit dans la Bévue Générale, publiée à Bruxelles, un article judicieux sur saint Jean Chrysostome et les idées politiques des Pères de l'Église. — 1868.

Page 1