CHAPITRE VII
jour, tantôt sortie véhémente d'un apôtre éloquent contre l'erreur et le vice, tantôt effusion brûlante et magnifique d'une âme généreuse que renthousiasme de la foi emporte à la suite de saint Paul jusqu'au troisième ciel, ou que la charité répand en consolations sur un auditoire ravi qui verse des larmes ou bat des mains, vous avez, non pas seulement des monuments plus ou moins parfaits d'éloquence et de doctrine, mais le journal intime d'un homme, son portrait photographié par lui-même, à son insu, aussi bien que le plus saisissant panorama de la société dans laquelle il vit. Aussi, après avoir dit avec Tillemont que Chrysostome est l'historien le plus sûr et le plus ample de sa vie, il faut ajouter qu'il est le peintre le plus fidèle et le plus intéressant des mœurs de son temps*. »
Les divers critiques qui se sont occupés du livre de l'abbé Martin sont unanimes pour en admirer les formes littéraires. «L'auteur, dit M. Germain, excelle à distribuer méthodiquement les faits et à en revêtir le récit des grâces d'un style toujours attachant et toujours approprié aux sujets, quelle qu'en puisse être la diversité. Ce livre est un des rares ouvrages où se rencontrent réunis forme et fond, qualité qu'un des suprêmes régulateurs du goût appréciait comme l'indice de la perfection , quand il caractérisait le chef-d'œuvre littéraire : le mélange
* s. Chrys,, tome 1. p. IX.
artistiquement élaboré de Futile et de Tagréable \ ^
« La pureté, l'élégance, l'éclat, les images, répondent au premier appel de cette imagination riche et poétique. On dirait, sous le charme de cette ravissante lecture, une plume d'or qui loue dignement celui que l'antiquité avait salué du nom de Bouche^ (TOr.
9 Qui ne connaît la magnifique étude de M. Villemain, dans son Tableau de Véloquence chrétienne au /P siècle^ sur saint Jean Chrysostome, qu'il proclame le plus grand orateur de l'Église primitive? Or l'abbé Martin a ajouté de nouveaux traits à cette belle peinture, et nous aimons à dire que les couleurs de sa palette ne pâlissent point à côté de celles du grand maître qui a apprécié, avec tant d'élévation, le génie chrétien du iv* siècle. Pour nous peindre la richesse et l'éclat de cette parole admirable du célèbre orateur d'Antioche, l'abbé Martin n'a eu qu'à puiser dans ses propres trésors. On sent, en lisant ces pages éloquentes, qu'il est orateur lui-même, et qu'il appartient à la belle école de saint Jean Chrysostome *. »
Quoique nous partagions ces sentiments d'admiration, on nous permettra de faire remarquer que l'écrivain est peut-être trop orateur dans son livre,
' Article du Messager du Midi^ déjà cité .
• Revue catholique du Languedoc, Tabbé Azaïs, p. 520 et 559.