G. V. DUPERRÉ
LorienI, 6 avril 1808.
A M. Forestier, chef de la division du personnel.
Monsieur,
J'ai demandé par le dernier courrier au ministre la permission de me rendre près de lui pour prendre ses ordres. Ma frégate vient d^étre désarmée et condamnée; mes services en ce port , auquel je n'appartiens pas , deviennent désormais inutiles. Je pense que S. E. daignera m'accorder ma demande. Seulement, je crains qu'au milieu de ses occupations actuelles cette demande ne puisse être mise sous ses yeux. Le préfet de Brest doit avoir sollicité pour moi le commandement de la frégate la Bellofie à Saint-Halo; c'est le but de mes vœux les plus ardents; mais je désirerais pouvoir aller solliciter aussi près de S. E. la faveur d'y joindre mon état-major et mon équipage. Il serait trop pénible de se séparer de gens qui vous ont payé de tant de dé-
(IVuibarqaer rétai-ai*jor et l'Àpiipikgv (le la Sirimt MU- la Btllone,
4»iM
^9à VIE DE L^AIIIRAL DLPERRE.
voucDieot QMni-je, Ifeosirar. rèdamcr votre ûlérét pov dans cette drconslaiioe.
Tai iliooiieor de vous saluer.
G. V. Dcrftaas.
Lori»t,le27 aan 1808.
A Son Excellence le ministre de la marine et des colonies.
Mons«gnear.
Je vais avoir Fhonneur de rendre compte à V. £. des divers événements qoi me sont arrivés à ma rentrée avec la (fégate l'Italienne, sous les ordres de M. le capitaine de vaisseau Ikquet.
Le 22. après avoir pris connaissance de Belle-Ile. nous faisions route pour Lorient avec un vent iaible du S. variable ao S. O. ; j'étais un peu arriéré en raison du désavantage de marche de ma frégate. Vers quatre heures, à une petite lieue de la pointe du N. O. de Pile de Groix, et prêt à donner dans le Gmrreau, nous aperçûmes vers les Glénans, à peu près à quatre lieues, une division de deux vaisseaux, trois frégates et un aviso. Cette position, éloignée de Tennemi. nous promettait une rentrée certaine; tout d'un coup le vent tombe, et nous restons en calme plat. L ennemi arrivait sur nous avec une brise fraîche do N. et N. N. E. Je fis mettre à Tinstant tous mes canots à la mer pour donner à la frégate un mouvement de vitesse; fennemi. favorisé par cette brise, tombait sur nous avec une célérité étonnante. Nous ne la ressentîmes que lorsqu*il était déjà trèsprès portant grand largue, tandis quelle ne nous permettait pa» de gagner le mouillage de Larremmor. A sept heures et demie nous laissâmes arriver pour retraiter sous les forts de Hlf df
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Groii. Dans leiécuiion de ce mouvement, je fus joint par un vaisseau et une frégate qui cherchaient à me couper ia retraite. L*un et l^autre vinrent me prolonger de chaque bord à portée de voix , la frégate me hélant d^amener. Le vaisseau , ses batteries fermées, débuta par m envoyer une décharge de sa mousqueterie. Je ne voulus pas y répondre, craignant d engager un combat qui, devenant trop long, m'aurait fait succomber. Il ne tarda pas , ainsi que la frégate , àouvrir ses batteries , entièrement éclairées. A Tinstant même, je hissai mon feu et combattis l'ennemi des deux bords, le vaisseau à tribord, la frégate à bâbord, arrivant toujours sous le beaupré du vaisseau pour gagner le point de retraite que le feu sur un fort m'indiquait. Après cinq quarts d'heure d'engagement, soutenu de la manière la plus vive delà part des braves gens que j'ai l'honneur de commander, aux cris de vive VEmpereur et mêlés aux hurra de l'ennemi, je parvins à forcer le passage. Les craintes sans doute de la terre contraignirent l'ennemi de m'abandonner. Je continuai ma route sons le fort; l'ennemi ne m'envoyait plus que quelques coups de canon à grande portée auxquels je ripostai. Craignant en mouillant de n'avoir pas le temps de m'entraver avec une ancre, je fus forcé pour prendre une position de défense d'échouer ma frégate présentant le travers à l'ennemi et sous la protection du fort. Pendant la nuit , les bâtiments de la division défilèrent a portée de canon et allèrent mouiller dans la baie dlntelle. Chacun conserva son poste prêt à combattre. Au jour, l'ennemi mit ioas voile, louvoyant sous une voilure aisée à portée de canon. Midi . au commencement du flot était l'instant de me détruire : peu de volées eussent sulli; je l'attendis les mèches allumées, mais il n'en voulut pas profiter. Cette indécision dans le premier moment me fil augurer dès lors que je ne serais pas attaqué. Je m'occupai de suite des moyens de relever la frégate; elle était échouée sur un fond de sable , y restait droite , ne fatiguant nullement. Le lendemain 24. je fis travailler à l'alléger; mais
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peoduit la nuit le vent avait été frais, la mer un peu grosse: la (n^te me parut avoir beaucoup souffert; à la marée, la cale et Tentrepont furent noyés. Je mis à terre ma batterie, ne codserrant cpie celle des gaillards du côté du large pour ma défense contre les tentatives de Tennemi. Je continuai Topération le 20 et le 3 6. le mauvais temps et la marée ne me permettant pas devoir le mal de la fr^te et d*y faire travailler. Hier matin, le temps était beau, le vent avait passé au S. O.; Tennemi quitta son mouillage et se porta dans le N. O. de Tile. Tavais demande au port des ouvriers : à la marée basse, je les employai le plos ictivement possible à aveugler les coutures entièrement la^gue^ de la trvcate. A la marée, elle se redressa, et je parvins, a fomde bras . à la mettre à flot : je m'assurai de la position de Tenut mi et mis sous voiles de suite pour Lorient. A sept heures, i étais amarrv le long de Tamiral pompant à cinq pompes. Ma tr^irate. tres-%îeille. a lieaucoup fatigué pendant la campagne et tjùsait beaucoup d eau.
Mou équipage. Mou>eigueur. dans rengagement que j'ai eu ^ e<t uiontrv digue d'être français, et a voulu soutenir avei un (.ievouement sans bornes Thouneur du pavillon de Sa Majesté. Mv-n tCàt-niajor m'a seconde avec zèle et courage: M. Moisson iiAii premier lieutenant, a mis dans rexécution de mes ordres le • ourj^' et le sang-lroid que demande son poste: M. Roy u*a pa.< 1.\î>m: ralentir un instant le feu de la batterie des deux b<>rd.v MM. MautTrAv. mon oflicier de manœuvres. Gueydan et Lehn ('ie ont s<'r%{ a\ec honneur et dévouement; mes aspirants, entre ur.r\^M. T.'p>ent.de 1^ classe, ont fait preuve de zèle.d'atii\itr 1 1 de cvnirace : lUi-^n ollîoierd*artillerie et M. Caron . mon capitainr .{\u'nu>. x\\\\ n'a pas quitte mes côlt*$. méritent que je voo« ïvikIo ivtnpie île Irur a^nduite. Mon maître charpentier, cnn n.uxvuit la lotiv in\i pilote dtin> mon «rhouage au milieu de teu txt^ Miu assurance un san;:lR'>id et nn roura^e npiiiijlr»- ■Hciu> iK'^ plu* ;:rand> oN^o.
J*ai à regretter la perte seulement de deux hommes tués (uu oflSder passager, M. Eshmann, officier de Tétat-major à la Guadeloupe, venant en France solliciter sa retraite, et un matelot étranger) , deux hommes blessés grièvement et quelques autres trè&-légèrement.
Le vaisseau que j'ai combattu est le vaisseau de 80 le Gibraltar; j'ignore le nom de la fr^te.
J'ai l'honneur d'être.
Monseigneur,
de Votre Excellence, etc.,
G. V. DUPERRB.