CHAPITRE IX
Pari8je2inarsl830.
A Son Excellence le ministre de la marine et des colonies.
Monseigneur, A mon arrivée à Paris, lorsque vous m'avez fait connaître le Cai.p.gie
. . d'Algw.
motif qui m'y avait fait appeler, et ma destination au comman- pi.,. dément des forces navales d'une expédition contre Alger, je n'ai --ob«uei«t. point dissimulé à Votre Excellence toutes les difficultés d'une pareille entreprise, lorsque surtout les dispositions préparatoires et non prévues en feraient remettre l'exécution à une époque de Tannée où le temps et le vent promettraient peu de chances de succès. J'ai cru devoir, pour répondre à la haute preuve de confiance dont en cette circonstance le roi m'honorait , d'abord me mettre de ma personne , par devoir comme par dévouement , tout à sa disposition , mais ensuite ne pas lui taire, ainsi qu'à Monsieur le Dauphin , mon opinion faite sur les chances douteuses de cette entreprise, dont un beau temps et une série prolongée de beau temps pouvaient seuls faire espérer le succès.
Je ne connaissais point encore la nature de l'expédition, les forces et les moyens que Ion y emploierait. 11 faut aujourd'hui la réunion d'une flotte de soixante et quelques bâtiments de guerre grands et petits , de plus de quatre cents transports et d'une nombreuse flottille de bateaux de débarquement. Cette réunion, jointe à celle de tous les moyens en personnel et matériel à fournir par le département de la guerre , ne pourra avoir lieu à Toulon , sans
lik HE DE LAMIRAL DLPERRE.
bm la^if b part des ofcstade» prodmts par les élémeols ou iode aatre oase. juant le coarant do mois de mai. Uembarquaneot. le fUwfif ■! ai ec ofdre d^m hniiinwe nialériel à répartir wr dnq cents faâtiiDeiils eoriroii<, doit prtdonger josqo^eD jniû le départ de Feipcditioii.
Llmpouibilile de tenir rattiée avant sa nair^tion de Tooioo a la cbÊe dT.yHqoe ooe semblable flotte, et sortoat le con- Toi: celle de la conserrer sons Toiles à \TBe de terre iaote d'anciaee . et la crainte de voir disperser noe partie des bâtiments par Tetttt des vents et des ooorants. nécessiteront la fonnatioD du cooToi en plusieurs divisions, qui toutes suocessirement devront aller prendre le mouillage de la baie de Pdme, pour le quitter ensuite suivant Tordre qui sera établi. Il faudra » toutefois, être bien certain quH n\ sera pas £ut d'opposition de la part de FEspagoe.
Le point sur lequel on profette le débarquement n^a été ni explore, ni sondé. On n*a aucune notion sur les moyens d'ancrage que peutoffiîrla petite baie sise entre la presqulle de Sidiel'Ferrucb et la rivière de Mazafran ; on ignore surtout, et ce qui serait de la plus haute iuiportance à connaître, à quelle distance de la plage se prolonge en mer le fond. Eu le supposant à trois milles, ce qai est fort douteux par la conGguration de la côte, on pourrait trouver un lieu d ancrage de trois milles de longueur sur trois luilles de largeur; mais cette dernière se trouverait réduite à an mille par Fobligation d établir la première ligne a deux milles du rivage. En classant donc symétriquement au mouillage les bâtiments sur une étendue de !i,4oo toises et de 800 de profondeur, et sur six lignes parallèles; en donnant a chacune 200 toises sur la longueur et i33 sur la largeur, on en placera soixante et douze au mouillage, et , au moyen de bâtiments placés en interlignes endeutées, on pourra en porter h* nombre à cent.
La première division qui abordera la côte doit ^trc celle dos
bàiimeuts de guerre. Après avoir pris position , elle devra détruire, faire évacuer ou disperser les divers ouvrages et les moyens de défense qui lui seront opposés, opérer ensuite le débarquement d'une première division de troupes forte de 20 à 2 2,000 hommes , avec Tartillerie de campagne, les munitions, quelques jours de vivres, les outils et ustensiles nécessaires pour la formation du cauip, quelques effets de campement, etc. etc. Ces diverses opé<^ rations, quoiqu'en supposant de grands moyens de débarquement, ne prendront pas moins de quatre jours avec du beau temps.
Une seconde division arrivant du point de rendez-vous à jour nommé succédera à la première et opérera le débarquement de la deuxième division de troupes. Le temps de prendre position et ancrage et de faire la descente exigera deux jours.
La troisième cl la quatrième division, fortes chacune de cent bâtiments avec les chevaux et mulets, opéreront de la même manière et chaque division emploiera au débarquement trois jours , c'est-à-dire six pour les deux.
La cinquième division, forte également d'environ cent bâti ments, sera celle des vivres et fourrages; le débarquement en sera long; on ne peut guère espérer de débaniuer de chacun plus de vingt tonneaux par jour : c'est quatre voyages d'une embarcation chargée de cinq tonneaux. L'opération exigera donc dix jours, les bâtiments étant, terme moyen, d'environ deux cents tonneaux.
La sixième division aura à débarquer la partie du gros matériel d'artillerie qui ne sera pas à bord des bâtiments de guerre, des objets de campement, d'administration , etc., etc. L'opération doit durer au moins cinq jours.
En récapitulant le tout, et dans la supposition que la marche des divisions ne soit nullement contrariée par les vents ni les courants, ce qui est difficile à croire , tout le débarquement de l'expédition, en personnel et matériel, exigera environ 27 jours
de beau temps consécutif. Nous mordrons donc, et peut-être de beaucoup, sur le mois de juillet. Or, pouvons-nous bien raisonnablement espérer cette longue série de temps favorable qoi nous est nécessaire, à- cette époque avancée de la saison? Les brises variables du N. au N. O., qui déjà ont pris naissance en juin aurontprisdela roulante et de la force en juillet et peuvent rendre la plage inabordable. D'un autre coté, les troupes, obligéesd attendre pendant près d'un mois le débarquement du matériel, des ^approvisionnements, des munitions, et de tout ce qui sera nécessaire pour commencer leurs opérations sérieuses d'attaques contre les diverses positions occupées et fortifiées par l'ennemi , auront consommé la moitié de leurs deux mois de subsistances; il ne leur en restera plus qu'un , à l'expiration duquel elles devront être maîtresses d'Alger pour y recevoir des moyens de ravitaiUement; sinon, elles s'en trouveront entièrement dépourvues dans un pays barbare n'ofifrant aucune ressource sur laquelle on paisse compter. Une fois le mois d'août arrivé , la côte ne sera plus abordable qu'à des intervalles très-courts et très-rares. On sera donc privé de tout moyen de ravitaillement extérieur. Pendant son séjour prolongé dans son camp retranché, l'armée expéditionnaire ne peut compter sur la flotte, si les moyens de l'abreuver venaient à lui manquer; la chose est de toute impossibilité, je le déclare. Cependant, le peu de notions que l'on a sur le pays, l'assèchement présumabie en juillet de la petite rivière de Mazafran, qui d'ailleurs est à plus d'une grande lieue, la situation aride et rocailleuse de la presquile, tout ne semble-t-il pas donner quelques crainte» à ce sujet?
Voilà donc les difficultés que présente en masse l'opération , exécutée à l'époque pour laquelle elle est projetée. Je ne puis» pour mon compte, m'empécher de les considérer comme insurmontables. Il ne m'appartient point de préjuger de celles qui se trouvent en dehors de la tache qui incombe au commandant des forces navales. Los intérêts du roi et ceux du pays, rhonnenr
de DOS armes, du moins tels que je les sens, m*ont fait un devoir de vous expliquer^franchement ma pensée tout entière. Je dois même vous supplier de la porter au pied du trône, si vous le jugez convenable, tout en assurant Sa Majesté de tout mon zèle dans l'exécution de ses ordres et de mon entier dévouement à sa personne, aux intérêts de sa couronne et à ceux de la France. J'ai développé la même pensée à S. E. le Ministre de la guerre dans une longue entrevue qu'elle a daigné m'accorder.
La même opération préparée à l'avance de manière à ponv<)ir agir dès le i*' de mai éprouverait toujours des difficultés, mais avec bien d'antres chances de succès. On aurait préparé tons les moyens de lutter avec avantage contre des obstacles que la saison d'ailleurs rendrait bien moindres. C'est donc au 20 d'avril que la réunion de tous ces moyens devrait avoir lieu pour agir an i^'mai ; mais, pour cette année, cela est impossible. C'est au Gouvernement du roi qu'il appartient d'examiner et de préparer les combinaisons les plus propres à maintenir la dignité de la couronne et à conserver la gloire de nos armes. En toutes circonstances , j'obéirai et je servirai en sujet et serviteur zélé et dévoué.
Je prie Votre Excellence d'agréer l'hommage de mon profond respect.
Le Vice-Âmiral, DUPERRB.
Toaion, le 2 avril 1830.
A Son Excellence le ministre de la marine et des colonies, Monseigneur, J'ai l'honneur de vous rendre compte que je suis arrivé hier î^fêi^ratii».
soir clans ce port. J avais passé la journée d'avant- hier à Marseille, où j'ai inspecté tous les travaux qui s*y exécutent et dont j'ai connu le d^ré d'avancement. Je me suis également assuré de notre situation en affrètements. J'ai à peu près la conviction que tous les bâtiments de transport et les bateaux de flottille seront réunis au 20 de ce mois. Les trois cinquièmes des bâtiments-écuries sont installés. Au 10 avril, époque du nolis, ils se réuniront à Toulon au fur et à mesure de leur installation. Le matériel de l'armée, ou du moins le peu qui en est réum*. se charge sur les bâtiments disposés pour ce service. A Toulon, toutes les dispositions prises avec ordre, l'activité que l'on déploie dans leur mise à exécution , ne me laissent aucun doute que toutes les obligations imposées à ce port ne soient remplies en temps opportun. La probabilité d'un prompt arrivage des bâtiments des ports de l'Océan complétera la mise en mesure de la marine. Demain j'arborerai mon pavillon de commandement et je ne négligerai rien pour répondre à la confiance du roi et seconder vos vues, dont je puis vous assurer 1 exécution. Je ne puis néanmoins vous taire que je redoute des retards, mais qui seront tous étrangers à votre département. Nous serons prêts partout à recevoir, si ou nous livre. La partie des subsistances et de riutendance militaire a besoin de fixer toute l'attention de Son Excellence le ministre de la guerre. La première m'a semblé être en soufirance. Des explications claires et moli vées exigées du représentant du fournisseur général nous ont démontré, à M. l'intendant de la division et à moi, que, pour les fourrages qui doivent être délivrés pour le premier mois de traversée, il lui est impossible d'être eu mesure; il en sera peutêtre do même |K)ur beaucoup d'articles. Sur mon invitation . M. rinleiulanl a fait au ministre de la guerre des propositions pour jH)urvoir par d'autres subsistances, grains, fèves concassées, au couipléinenl du déficit. La présence du chef d'état ma jor de l'année et de fintendaut devient bien nécessaire. Ceci
ANNEXES. ft29
n'esl qu'une opinion prise dans l'inlérêl général. Pour tout ce qui me regarde spécialement, vous pouvez compter sur mes prévisions et mon activité.
Agréez, Monseigneur, Fassurance de mon respect.
Le Vice-Âmirtil commandant F armée navale . DUPERRÉ.
Toulon, le 9 avril 1830.
A Son Excellence le ministre de la marine et des colonies.
Monseigneur,
J'ai reçu les instructions que vous m'avez fait l'honneur de insirunioM. m'adresser, et qui doivent me diriger dans l'opération importante qui m'est confiée. J'apporte à son organisation tout le zèle et l'activité dont je suis susceptible. Je mettrai dans son exécution tous les moyens que me fourniront mon expérience et mon entier dévouement. J'ose affirmer d'avance à Votre Excellence que le roi peut entièrement compter sur le concours de sa marine dans cette grande affaire.
Je prie Voire Excellence d'agréer l'hommage de mon profond respect.
Le Vice- Amiral commandai en chef l'armée navale,
Ddperrb.
430 VIE DE L*AliIRAL DCPERAE.
LIUL
To«lM,le]3millS30.
A Son Excellence le ministre de la marine et des colonies.
Monseigneur,
Je hâte de tous mes moyens les pr^nratifs de Texpédition. Les bâtiments affrétés seront incessamment complétés. Les subsistances et équipages militaires s'embarquent à Marseille» Tartillerie à Toulon sur les bâtiments présents. Ceux destinés aux chevaux seront bientôt tous installés. Plusieurs sont déjà réunis a Toulon avec qudques^ns a£Rectés au personnel ; aucun ne sera en retanL
Les deux divisions de la flottille, composées de bateaux à bœufs et de bateaux de 111e, vont être complétées. Un embarras est survenu pour la formation de la troisième division en bateaux catalans. D est impossible d'en trouver à affréter. Je dierdie par tous les moyens à leur substituer d^autres bateaux.
La répartition de toute Tartillerie sur les bâtiments de guerre est arrêtée. levais m*occuper de celle du personnel , dont les états me seront remis par le chef d'étatmajor, qui vient d^arriver.
J'ai fait divers essais des petits chalands qui ont été constraib en ce port : ils rempliront et au delà le but que je m^étais proposé. Us dépasseront lattente de Tarmée de terre. Enfin , tout marche avec activité et avec ordre. Votre Excellence peut compter sur dTieureux résultats.
Agréez, Monseigneur, Tassurance de mon respect.
Lt Vîee-Amùral ammmmdmmi enckej r armée mmtaie,
DUPERRÉ
Paris Je 14 mai 1830.
A Son Excellence le ministre de la marine et des colonies.
Monseigneur,
Jai llionneur de vous rendre compte, que rembarquement EmLarqoemcni. des troupes a commencé avant-hier par un temps affreux qui est survenu. La deuxième division d*infanterie a été néanmoins embarquée , mais avec les plus grandes difficultés. La troupe a beaucoup souffert; elle a été exposée toute la journée à une pluie constante. Les armes ont aussi beaucoup souffert. L'encombrement d'honmies à bord des bâtiments de la flotte, dans cet état d'humidité, pourrait avoir des suites fâcheuses pour l'état sanitaire de l'armée. Aussi ai-je demandé de suspendre l'embarquement de la dernière division. Elle est dans ses cantonnements, dans la banlieue de Toulon. Demain, ou au premier beau temps, elle sera embarquée dans deux heures.
Le mauvais temps continue; il est fort animé. C'est peut-être la fin du temps variable du printemps; mais la prudence commande de le laisser passer. Il faut que le temps d'été s'établisse : une précipitation inopportune compromettrait tout. 11 s'agit bien moins d'arriver vite que d'arriver à point. Avec du beau temps, l'opération peut avoir lieu le jour même ou le lendemain de Tarrivée. En voulant devancer le beau temps de vingt-qualre heures, on courrait les risques de faire disperser la flotte, d'en séparer au moins une partie des éléments utiles sans lesquels on ne pourrait agir. Sans attribuer précisément une influence directe à la lune sur le temps , au moins l'expérience a-t-elle fait reconnaître en marine que telle ou telle lune est mauvaise ; et que telle qui commence avec du beau temps en garantit presque toujours la continuité. Un point de la plus haute importance
pour le succès des opérations , et qui n'est ni systématique ni incertain, c'est qu'en arrivant à l'époque où la lune sera pleine, ou du moins après son premier quartier, on aura Tinmiense avantage d'opérer de nuit conmie de jour. Le moment le plus propice me parait devoir être vers le i* de juin. Rien n*engage donc, et tout au contraire commande de ne pas compromettre par un départ précipité les avantages de cette circonstance. Tout marin portera le même jugement. Ainsi donc. Monseigneur, nous ne gagnons rien à tout vouloir hâter : on ne maîtrise pas les éléments. J'ai à cœur autant et peut-être plus que personne, puisque je suis en tête des parties intéressées, de ne pas laisser échapper le moment favorable. La hâte serait une faute immense.
Agréez , etc.
DUPBRRB.
Vaisseao la Provence, en mer, à vingt lieues de Toulon, le 26 mai 1830.
A Son Excellence le ministre de la marine et des colonies.
Monseigneur , Tâiiir Pari... J'ai renconlrc aujourd'hui une frégate turque ayant à bord Tahir Pacha, qui s'était présenté devant .\lger, et que, conforniémenl à ses instructions, M. le commandant du blocus renvoyait à Toulon pour y recevoir les ordres du Gouvernement. Jai du, et d'un commun accord avec Son Excellence M. le général en chef, lui intimer qu'il continuerait sa route dans le même but. J ai salué lamiral Tahir-Pacha de vingt et un coups de canon ; je Tai accueilli à mon bord avec tous les égards dus à son rang, et entouré de tous les oBiciers généraux qui sont
sur la Provence ; il a paru sensible à cel accueil , et on ne peut mieux disposé à aller à Toulon pour y connaître les intentions du Gouvernement. Il est accompagné par la frégate la Duchessede-Berry. J'ai recommandé au capitaine d'avoir tous les égards possibles envers Son Excellence.
J'ai l'honneur de vous adresser copie de la lettre de M. le commandant Massieu, ainsi que d'une de M. l'amiral Malcolm, à qui je ferai parvenir la réponse dont je vous adresse également copie.
DUPEBRÉ.
dt la Botlt.
Vai9.*^eau la Provence, en mer, sous le vent (le Majorque, le 2 juin 1830.
A Son Excellence le minisire de la marine et des colonies.
Monseigneur ,
La flotte, appareillée de la baie de Toulon le 25 du mois R«iieh« tok^ dernier, à la naissance d'une brise de O. N. O. , se composait de soixante et quinze bâtiments de guerre. Une des divisions du convoi qui l'accompagnait était de cinquante-cinq voiles; elle faisait route bien ralliée, lorsque, dans la nuit du 37 au 28, elle a été assaillie par un fort vent d'E. et d'E. S. E. à la hauteur de Minorque et Majorque. Je l'ai conduite sous le vent des iles, où elle a trouvé un abri. Le temps était devenu beau. Après avoir rallié l'armée et le convoi, avoir pourvu au départ de la baie de Palma de la flottille de débarquement qui y était en relâche, je me suis dirigé sur la côte d'Alger. Le lendemain au soir 29, j'en ai pris connaissance à toute vue. Le temps était beau ; le vent à l'E., peut-être un peu frais. La flotte a manœuvré pendant
la nuit, de manière à se trouver, le lendemain 3o,à la pointe du jour, à petite distance de terre. Elle était effectivement le3o, à quatre heures du matin, dans le N. du cap Caxine, à cinq ou six lieues au plus. Mais la cAte était couverte de nuages, Thorizon était chargé, la force du vent augmentait graduellement : tout annonçait du mauvais temps. La flotte sur le bord du N. s*est éloignée de la côte avec des vents d'E. et d*E. S. E.; sans en avoir été, je pense, aperçue, en raison de lobscurité du temps. L'obligation de tenir ralliée et en bonne route une masse de bâtiments de tant d'espèces et de qualités différentes, et naviguant au plus près du vent, devenait impossible. Aussi n'avons-nous pu nous maintenir sur le méridien d'Alger. La réserve, composée de gabares et autres bâtiments de qualités inférieures, a été entraînée sous le vent. Le convoi, que j'a^-ais eu la prévoyance de maintenir à plusieurs milles dans le vent s'y est assez bien soutenu. Mais trois jours de fort vent d'E. S. E. ne nous laissaient plus d*espoir de remordre sur la cote d'Alger. Le seul parti à prendre était de rallier dans la baie de Palma la réser\*e, le convoi, et de maintenir l'armée sous le vent des iles, en attendant le beau temps, le ralliement et la réorganisation des convois. Celui parti de Toulon le 27, et qui devait rallier l'année à la cote d'Afrique , a été dispersé à son départ par un vent \îolent de N. E. J'en ai rallié plusieurs navires au convoi qui accompagnait l'armée. D'autres, par les soins de mes éclaireurs, ont été dirigés sur la baie de Palma, et le ralliement général y aura lieu. J'espère y par%'enir et mettre l'armée en mesure d'agir de nouveau. Cela ne doit pas être long. J'ai pris des dispositions pour rappeler à Palma la flottille de débarquement, qui avait fait route pour me rallier au point d'opérations. Je n'en ai point eu connaissance, mais le temps n'a point été assez mauvais pour en concevoir des inquiétudes : elle est composée de bons bateaux susceptibles de tenir la mer elde résister au vent qui a régné.
J ai trouvé, Monseigneur, les éléments contraires. Je n*ai pu leur opposer que des efforts humains. J*ai puisé dans mon zèle et mon dévouement au service du roi ceux qui m'ont aidé à prévenir des malheurs , mais qui n'ont pu mettre à Tabri d*un retard dans l'exécution de l'opération projetée. C'est donc avec peine que j'ai l'honneur de vous rendre compte de la contrariété que nous avons éprouvée. J'expédie à cet effet pour Toulon le brick la Cigogne; et, avant l'arrivée de mon rapport, vous aurez connu par une dépêche télégraphique notre position actuelle.
L'état sanitaire de l'armée est bon : l'esprit et les dispositions sont les mêmes qu'au départ.
DrPEBRR.
«t Au Silin*.
Vaisseau la Provence, en mer, sous le vent de Minorque, le 2 juin 1830.
A Son Excellence le ministre de la marine et des colonies.
Monseigneur ,
J'ai l'honneur de vous adresser copie de la lettre que j'ai reçue p«rto de M. le commandant du blocus d* Alger sur le naufrage des bricks V Aventure et le Silène sur les côtes d'Afrique. Le capitaine de la frégate la Duchesse-de-Berry vous aura sans doute donné les renseignements qui avaient pu parvenir au commandant Massieu. Il m'a transmis depuis le rapport du capitaine de VAventure sur cet al&eux événement. Vous y trouverez des détails qui font frémir d'horreur.
MM. d'Assigny et Bruat , commandant ces deux bâtiments , sont du nombre de ceux qui, jusqu'à ce jour, ont échappé au
k36 VIE DE LAMIBAL DUPERRE.
massacre, et dont vous trouverez jointe au rapport une liste qu'il a oublié de signer. Puissent les malheureux survivants ne pas être des otages voués à une mort cruelle! Agréez, etc.
Dl'PEIlIlÉ.
d»U ÈoH*,
Vaisseau la Protencf . devant Majorque, le 9 juin 1830.
A Son Excellence le ministre de la marine et des colonies.
Monseigneur,
MovTtvcBU J'ai eu rhonneur de vous rendre compte, dans mon rapport du 2 de ce mois, du mouvement rétrograde que la flotte , repoussée de la côled*Alger par le mauvais temps et un grand vent d'E. S. E., qui la menaçait d'une dispersion inévitable, a ete obligée de faire ^r Pal ma pour se rallier et se former de nouveau. Le 4 , le ralliement de Farniée , de la réserve et du convoi personnel s'était opéré; mais la flottille manquait en entier. Je l'avais fait rappeler dès le i"par des frégates de l'armée qui lui en donnèrent l'ordre le même jour au soir; mais beaucoup de bateaux avaient souflert par le mauvais temps et avaient été entraînés sous le vent. Les rapports des capitaines des frégate» et du commandant de la station s'accordaient sur le mauvais temps qui régnait à la côte. Ce n'est qu'avant hier 7 , que les bateaux ont rallié en assez bon nombre. Les avaries ont été réparées. On a satisfait à tous leurs besoins en vi>Tes et au remplacement de ceux des diverses divisions du convoi ainsi que du fourrage pour les chevaux. Cette opération était indispensable. Elle a été encore contrariée par un temps constamment pluvieux , avec des vents de S. Malgré le retard apporté par le ralliement de la
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flottille, j'ai jugé qu'il était indispensable au succès de notre débarquement de réunir, sinon la totalité des bateaux, du moins une assez grande partie. Ces bateaux ont à bord les dix jours de vivres qui doivent être mis à terre aussitôt après le débarquement des troupes, et doivent recevoir le supplément des munitions qui seront nécessaires. L'armée, dont les moyens de débarquement ont cependant été poussés aussi loin que possible, ne peut débarquer à la fois qu'une division d'infanterie, mais sans vivres et munitions autres que ceux que porte le soldat. De pareils moyens d'attaque contre les masses de Maui-es et Bédouins qui seront opposées à nos troupes seraient évidemment insuffisants , surtout si Pétat de la mer venait à suspendre les communications et les débarquements successifs.
Aujourd'hui, soixante-deux grands bateaux et trente-deux petits sont ralliés, rééquipés et seront ravitaillés dans les vingtquatre heures, et demain, à la pointe du jour, avec la brise de terre , la réserve, le convoi et la flottille, rallieront l'armée, qui a attendu sous voiles en dehors de la baie , et nous ferons route pour la côte d'Alger. Peut être serons-nous plus heureux et ne trouverons-nous pas une seconde fois les éléments contraires.
Des sept bateaux à vapeur attachés à l'armée, je suis obligé de renvoyer à Toulon , avec des avaries irréparables à la mer , la Ville-da-Uavre et le Souffleur. J'emmène à la remorque le Coureur et le Rapide dans l'espoir de les utiliser seulement le jour de l'attaque et du débarquement. Les ti^ois sur lesquels je puis compter, quoique souvent entravés par diverses avaries, sont le Sphinx, le Nageur et le Pélican.
Les réparations à Palma ont donné lieu à quelques achats et ouvrages de forges qui sont réglés par l'agent consulaire.
Mon mouvement sur Palma, Monseigneur, qui d'ailleui^ est conforme à mes instructions, est la conséquence obligée des contrariétés que j'ai éprouvées. Quelque retard qu'il apporte à l'exécution des ordres d^ roi, je ne m'en estime pas moins heu-
reux d*avoir prévenu la dispersion de la flotte, et d'avoir pu recevoir la masse des élémenls nécessaires pour reprendre Topération qui m*est confiée. Votre Excellence peut compter que les contrariétés ne peuvent qu*accroitre le zèle que j'apporterai pour en triompher.
Les bâtiments du convoi de navires-écuries, dispersés par un coup de vent de N. O. à leur sortie de Toulon , ont rallié à quelques-uns près.
L'état sanitaire de l'armée est des plus satisfaisants. On ne compte plus que deux malades sur mille.
DuPfiilAfi.
P. S. Une dépêche télégraphique a dû déjà informer Votre Excellence du mouvement de l'armée.
— Prtai«r*s •p^ralioBt.
Vaisseau la Provence, baie de Torre^bica. le 14 juin 1830.
A Son Excellence le ministre de la marine et des colonies. Monseigneur, DtUr^MBMt. La Providence a favorisé d*un succès complet les premières opérations de l'entreprise glorieuse ordonnée par Sa Majesté; le pavillon du roi flotte sur le fort de Sidi-Ferruch et la tour de Torre-Chica.
Parti de la baie de Palma le lo de ce mois , avec la flotte sous mon commandement, dont j'étais parvenu à rallier les éléments séparés par les mauvais temps qui l'avaient assaillie en vue de la côte d'Afrique, pour la première fois le 3i du mois dernier. je l'ai abordée de nouveau le 1 2 au matin. De forts vents d'E. N. E. et une grosse mer m'ont forcé, une seconde fois, à prendre le large m conservant la flotte ralliée. Hier matin i3, le vent était
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encore frais de la partie de TE., mais la mer était peu houleuse et le temps était beau. Ce premier moment de répondre à la conGance de Sa Majesté m*a paru propice; je Tai saisi. La flotte s est présentée à huit heures du matin devant la ville d'Alger, a défilé le long des forts et batteries, le commandant de la station , accompagné de la Bellone, conduisant larmée navale en tête, suivie de la réserve et du convoi, et à sept heures d u soir elle occupait la baie de TorreChica; Fennemi avait évacué la batterie de la pointe et le fort de la baie, mais il avait couronné les hauteurs voisines des pièces d*artillerie et des mortiers qui en composaient Tarmement. Quelques coups de canon ont été tirés et quelques bombes ont été lancées sur la première ligne des vaisseaux. Un matelot a été blessé par un éclat à bord du vaisseau le Breslau, Tai fait accoster la plage par le capitaine Louvrier, montant le bateau à vapeur le Nageur, qui est parvenu à faire évacuer une batterie en premier plan d'un mortier et d'un canon ; la journée était trop avancée pour le débarquement : les dispositions ont été prises pour l'opérer à la pointe du jour. Les corvettes fa Bayonnaise , capitaine Ferrin, le brick VActéon, capitaine Hamelin, et le brick la Badine, capitaine Guindet, qui n'avaient point de troupes à débarquer, ont été prendre poste dans la baie située à l'est de Torre-Chica pour prendre en flanc les batteries de l'ennemi et les battre par-dessus la presqu'île. Les bateaux à vapeur le Nageur, et le Sphinx, capitaine Sarlat, ont reçu l'ordre de couvrir de leur feu le débarquement dans l'ouest.
Ce matin , à quatre heures et demie , la première division de l'armée a été mise à terre avec huit pièces d'artillerie de campagne sous le feu des batteries de l'ennemi , qui ont eu peu d'eflet. Un marin de la Surveillante a eu la cuisse emportée; M.Dupont, lieutenant de vaisseau , a reçu une forte contusion par un boulet mort. U ne m'est parvenu encore aucun autre rapport. L'artillerie des corvettes placées dans l'est de Torre-Chica a été bien servie
et d'un bon effet sur les batteries ennemies; deux matelots, en sautant à terre, ont arboré le pavillon du roi sur le fort et la tour.
A six heures, la deuxième division et toute Tartillerie de campagne étaient à terre; à six heures et demie le général en chef a débarqué à la tète de ses troupes : il a exécuté de sm'te un mouvement pour tourner les batteries de Tennemi , qui ont été enlevées après diverses attaques contre des masses de cavalerie. L'armée était entièrement débarquée vers midi : elle occupe les hauteurs qui sont en avant de la presqulle, et le quartier général est établi à Torre-Chica; munitions, vivres, approvisionnements, etc., ont été débarqués, et l'opération va se continuer avec toute l'activité possible.
La baie de Torre-Chica ou Sidi-Ferruch offre à la flotte beaucoup plus d'abri que je n'osais l'espérer; bien qu'elle soit ouverte aux vents de l'est à l'ouest par le nord, la tenue doit y être bonne et les bâtiments doivent y tenir sur leurs chaînes.
Pressé d'adresser à Votre Excellence ces premières Doavelles* je ne puis entrer dans de plus grands détails, surtout sur les opérations de l'armée à terre, qui ne sont pas de mon ressort. Je recueillerai, dans les divers rapports qui me seront adressés, les titres qui auront pu être acquis aux grâces de Sa Majesté, et j'aurai l'honneur de les soumettre à Votre Excellence, en masse. Chacun a fait son devoir et s'estime trop heureux si le roi trouYC que la marine a répondu à sa confiance.
Agréez, etc.
DlTERBE.
Vaisseau Li Provence, baie de Torre-Chica , le 17 juin 1830.
A Son Excellence le ministre de la marine et des colonies.
Monseigneur,
Depuis mon premier rapport du 1 4 » i armée reste établie dans Suiu les positions avancées dont elle s'est emparée sur les hauteurs en !.* *!J|][,'!^"' avant de Torre-Chica ; jusqu'ici il n y a eu que des engagements partiels avec des détachements de cavalerie arabe lancés en tirailleurs. Aujourd'hui, Tarmée a en présence de Tinfanterie maure.
La presquiiese convertit en place d'armes; un retranchement garni d'artillerie au plus étroit de Tisthme, et qui s'étend de la baie de l'est à celle de l'ouest, doit rendre vaine toute attaque contre elle.
La flottemet à terre vivres, munitions, etc., etc.; on travaille sans relâche, mais hier l'opération a élé suspendue par le mauvais temps; à huit heures du matin il est devenu orageux, le tonnerre a grondé avec force. Des grains violents se sont succédé jusqu'à onze heures environ; dans un instant, la mer est devenue monstrueuse, les lames creusaient à un tel point qu'un navire du convoi tirant treizepieds d'eau, et mouillé par vingt, a talonné et démonté son gouvernail; si le temps se fut prolongé deux heures de plus, la (lotte était menacée d'une destruction peut-être totale; le vent a sauté du N. O. à l'E., et aussitôt la mer a tombé : le mal s est borné à un gouvernail démonté par la gabare la Vigogne , quej ai fait retirer des lames au milieu des grains, et trois navires du convoi ont éprouvé la même avarie; mais la leçon a été eflrayante pour tout le monde à terre comme à la mer. Aujourd'hui je m'occupe de déblayer la baie de cette masse de bâtiments qui sont les uns sur les autres: la perte de
Tun entrainerait celle de son voisin, et par suite celle de tous. Les transports du personnel ont mis sous voile pour Toulon, ainsi que quelques navires-écuries déjà déchargés: au fur et à mesure des déchargements , chaque transport en fera autant. Les bâtiments de guerre qui n'ont plus rien à bord vont s'établir en croisière au large de la baie , sous les ordres du contre-amiral de Rosamel. Je ne garderai momentanément que les vaisseaux armés en flûte qui ont à bord du matériel d'artillerie, dont néanmoins le déchaînaient est assez avancé. Nous prendrons lotu le mouillage extérieur de la baie; le fond est partout le même et chaque vaisseau aura un peu de chasse. Je dirige sur Touloo des gabares et des bâtiments qui me sont pour le moment inutiles et même à charge; ils me rapporteront des vivres et de Teau dont nous commençons à être à court.
Le temps est encore revenu à l'orage et le vent à l'ouest . la mer est devenue aussitôt très^groaae; à la fin du jour, la mer tombe- Il faut que le temps d'été arrive, que les brises se fixent régulièrement à TE. et à l'E. N. E. pour avoir un peu de tranquillité. L'expérience d'hier et même d'aujourd'hui nous prouve qu'il ne faut pas songer à aborder la plage dans cette partie après la belle saison.
C'est ce mauvais temps qui m'a forcé de retarder jusqu'à ce moment l'expédition d'un bâtiment pour France, et qui ne ma pas permis de vous écrire le 1 5 et le 1 6. Nous avons été hier une grande partie de la journée sans communication avec le quartier générai. Toute la côte présentait un aspect effrayant.
Votre Excellence peut être assurée que je mettrai toute l'exac iitude possible dans ma correspondance, comme elle peut compter sur la continuité de mon zèle et de mon dévouement pour combattre et surmonter les obstacles qui me sont opposés.
DlPERIlÉ.
ANNEXES. lHi3
Vaisseau la Provence, baie de Sidi-Ferruch , le 19 juin 1830.
A Son Excellence le ministre de la marine et de la colonie.
Monseigneur ,
L'ennemi, renforcé d*un corps d'infanterie turque, a attaqué suiu ce matin nos lignes. II a été repoussé, poursuivi jusque dans •*"?*'•**•■•• ses positions, qui toutes ont été enlevées: camp, artillerie, chalneaux, tentes et bagages sont restés au pouvoir de nos troupes, qui occupent aujourd'hui ces mêmes positions. Tel est le résultat de la journée , qui ma été communiqué du quartier général. Son Excellence le général en chef m'adresse ses paquets oiBciels, que je m'empresse de transmettre par le brick le Zibn.
Les bâtiments de guerre le Griffon, V Alerte et le Ducouëdic ont appuyé nos troupes dans l'est de la presqu'île. Us allaient être soutenus par la frégate Vlphigénie, quand la retraite de l'ennemi a empêché de donner cours à la disposition.
La Hotte continue avec activité le déchargement et la mise à terre de tout le matériel. Vingt jours de vivres pour l'armée entière, un millier de chevaux, toute l'artillerie qui a été demandée et au delà, et un nombreux matériel ont été débarqués. J'attends sous deux ou trois jours le restant des convois.
Le temps a été très-beau aujourd'hui. Le calme a empêché la division de M. le contre-amiral de Rosamel de mettre sous voiles. Le vaisseau la Provence a quitté le poste d'attaque qu'il avait pris à son arrivée et qui compromettait sa sûreté ; il est amarré à l'ouvert de la baie, en position de lutter avec avantage contre le vent et la mer.
J'ai renvoyé à Toulon , ainsi que j'ai eu l'honneur de vous en rendre compte, plusieurs bâtiments, en demandant au préfet maritime de me renvoyer des vivres, et surtout de l'eau , dont
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La p:iHefi04i avancée que ooos occupons, et déjà éloignée des nuçaûnek Ta Dece»iter la ibrmalion des convois, qui , avec Tesp«ce cf^&aeinî qui nijus est oppose, exigeront Feniploi de nombceQs«» -"«sojctesw Je me sois empressé d*accéder an désir que m'a ei prime le gênerai en chef de faire occuper la presqu ile par les équipage» d«? i^ne. et de conBer la garde de cette importante place d'armes a la marine. Je vais m*occuper de la compositirDn de la garnison, et j'ai des%né M. le capitaine de vaisseau Hogon pMir en prendre le commandement. Saurai llionneurde rendre onnple à Votre Excellence des dispositions qui serout prÎHîSw
Aireei, elc.
DcPEiuui.