LXX\L
VaisseaB la Protemee, baie de Sidi-FerriKb. leS3juio 1^30.
A Son Excellence le ministre de la marine et des colonies
Monsei;:;neur.
h*ff>aiii*m*t*i Dans mon premier ra|Tporl du 1 4 de ce mois, fait a la hâte.
^**'!I^ÙT '^ J^"'' '"<^°*^ ^^ ™^" débarquement, après mes premières opérations et celles de raniiêe eipédi lion naîre, j'avais l'honneur dinfornier Votre Kicellrnce que je lui transmettrais les d»*taiN des niou\emeuts de la flotte confiée à mon conimandenK-nl depuis son départ de la Ijaiede Falma Majorque . et que je lui ferais connaître ceu^L que les chances heureuses de la guerre ont mis en position de donner des preuves du dévouement dont cba-
ANNEXES. ft45
que commandant, officier, sons-odicier el marin sous mes ordres était animé dans la belle cause qu'ils avaient à soutenir.
Après être pai^enu à rallier dans la baie de Palma les bâtiments de la réserve et de deux divisions du convoi dont Tune avait été dispersée le surlendemain de mon départ de Toulon par un coup de venlde N. O. , après avoir réuni surtout la plus grande partie de la flottille qui avait les dix premiers jours de vivres de Tarmée, et qui était indispensable au débarquement, j ai réorganisé la flotte qui a rallié larmée qui attendait sous voiles en dehors de la baie, et j'ai fait route, le lo de ce mois, vers les côtes d'Alger. Le 1 1 au soir, le vent était frais de TE. à TE. S. E. La mer était assez belle ; je m'estimais à soixantedeux milles de terre. Je dirigeai et modérai la vitesse de la flotte de manière à ce qu'elle se trouvât le lendemain au jour à douze milles de la côte. Eflectivement, le 12 , à la pointe du jour, on en eut connaissance à cette distance. J'ai été uu instant auparavant rallié par le commandant de la division du blocus avec la frégate la Sirène. Le vent soufllait bon frais et la mer devenait houleuse. Elle pouvait l'être moins sous la terre et surtout dans la baie désignée pour le débarquement. Mais la force du vent ne permettait pas de conduire à un mouillage très-resserré et à peu près inconnu une flotte aussi nombreuse, et d'être maître de nos moyens d'attaque. Repoussé une seconde fois, je me trouvais encore eu position, en reprenant le large, de conserver la flotte et la flottille ralliées (quoique cette dernière souffrit beaucoup) pour y revenir une troisième fois. Dans la soirée, la force du vent diminua, la mer s'embellit ; la réserve, le convoi et la flottille s'étaient maintenus au vent. A neuf heurss du soir, m'estiniant à quarante milles de terre, la flotte revira sur elle et manœuvra pour s'en trouver au jour à douze milles.
Le 1 3 , à la pointe du jour, j'étais en vue et au vent des montagnes d'Alger. Je suis bientôt rallié par la division du blocus, à laquelle j'en avais fait le signal. Je conserve la frégate h Sirène,
commaDdée par M. Massieu de Clerval, la frégate la Bdlone, capitaine Gallois, et les bricks VActéoneila Badine, capitaines Hamelin et Guindet. Le vent était frais, mais U mer était assez belle. Le moment me parait favorable. JTordonne à Tannée la formation de la ligne de bataille» et je continue ma route sous petites voiles pour la faciliter. La frégate la Sirène, suivie de U Bellone, en prend la tête. La réserve, le convoi et la flottille se maintiennent au vent, conformément aux instructions que j*ai données, pour n*arriver qu*à la suite de Tarmée. À dix heures, larmée laisse arriver et défile en ligne en vue des forts et batteries. M. le contre-amiral de Rosamel , commandant en second , avait pris son poste avec le Trident, dans la ligne , et avait laissé le commandement et la conduite de la deuxième escadre à M. le capitaine de vaisseau Cuvillier. Le vaisseau le Breslau, capitaine Maillard de Liscourt, prend poste en avant delà Provence, vaisseau amiral. Je fais le signal à Tarmée que je me dirige sur la baie de Sidi-Ferruch, dans Touest de Torre-Chica, et que chaque capitaine doit, pour Tattaque et le débarquement, se conformer aux instructions et au plan n" i délivrés à chacun d'eux. Je charge le brick F Alerte, capitaine Andréa de Nerciat, d*aller sonder la baie de lest , et les bricks le Dragon, capitaine Leblanc, et la Badine, capitaine Guindet, d*aller sonder la baie de Touest. Ces trois officiers remplissent cette mission en hommes du métier, avec habileté et courage.
L'armée passe à une encablure de la pointe du petit port et se dirigé sur Torre-Chica. Arrivé par son travers, je suis fort étonné de n*y pas trouver les moyens de défense qui m avaient été annoncés. J'ordonne à M. lamiral de Rosamel, sur le Trident, et à la Guerrière, capitaine de Rabaudy , que j'avais chaigés de l'attaque extérieure, de suivre Tarmée. Après avoir doublé les roches saillantes de la presqu'île , la Sirène et la Bellone entrent et défilent sous voiles dans la baie. A onze heures et demie, le vaisseau le Breslau prend son poste avec habileté et une exarti-
t udc rigoureuse ; il s'embosse , par quatre brasses et demie, à demiportée de canon d'un fort en pierres percé de dix embrasures. Le capitaine Villaret prend poste immédiatement derrière lui avec le vaisseau la Provence, qui est suivi de la P allas, capitaine Forsans. Les frégates la Didon, capitaine Villeneuve-Baigemont, et llphigénie, capitaine Christy-Pallière, prennent poste embossés parallèlement à la presqu'île. A notre grand étonnement, nous trouvons le fort désarmé et la presqu'île abandonnée sans moyens de défense L'ennemi les avait portés sur les hauteurs voisines et commandant la plage , dans le double but de les défendre et de s'opposer au débarquement. Les dispositions d'attaque se trouvent alors sans effet. Je me borne à faire occuper la baie par la flotte, qui à cinq heures y avait pris son mouillage.
L'ennemi , de ses nouvelles batteries, a tiré quelques bombes sur les vaisseaux avancés. Sa position élevée et sa distance rendaient la réponse aux coups de canon sans efl*et. Je préférai de m'occuper des dispositions du débarquement. J'envoyai néanmoins les bateaux à vapeur le Nageur, capitaine Louvrier , et le Sphinx, capitaine Sarlat, pour approcher la plage d'aussi près que possible et inquiéter l'ennemi par leur feu. Ils réussirent, car la batterie la plus rapprochée, dans laquelle était un mortier, fut évacuée. Un matelot, le nommé Jacquin (Etienne) , de la vingt-quatrième compagnie permanente , deuxième division , a reçu d'un éclat de bombe une blessure grave à la jambe qui le mettra dans l'impossibilité de continuer ses services. Daignez, Monseigneur, appeler sur lui les eflets de la bienveillance du roi.
La soirée était trop avancée pour opérer le débarquement ; mais, ainsi que j'ai eu l'honneur d'en rendre compte à Votre Excellence dans mon premier rapport, à la pointe du jour, dix mille hommes avec huit pièces d'artillerie , montées et prêtes à être mises en batterie , ont été débarqués sous le feu de l'ennemi. Peu de temps après, ils ont été suivis de dix mille autres,
!kM VIE DE LAMIRAL DLPERRE.
et dans la matinée tonte rannée a été mise a terre. Le premier débarquement était commande par H. le capitaine de frégate Salvy, du vaisseau amiral: il y a fiaitpreinre de conrageet de discememenL Toutes les embarcations qui ont sairi étaient montées par un officier ou un élève de f armée. Je ne saurais trop louer le zèle enthousiaste de cbaciin d'eux. Les bricks VAc téon, capitaine Hamelin, et la Badùu, capitaine Guindet. ainsi que la corvette la Bavonnaise, capitaine Ferrin, prirent position dans la baie et canonnèrent à revers avec avantage les batteries ennemies. Daas un des bateaux de la SarttiBamle, le nommé Guille^in (Fran^is-)Iarie), matelot de première classe, a eu la cuisse emportée par un boulet de canon qui atteignit également M. le lieutenant de vaisseau Dupont et le nommé Duguin ( Aleus', matelot de deuxième classe, qui en furent quittes Tun et Fantr^ pour une forte contusion. Votre Excellence trouvera sans dooK juste que le matelot Guille^în , première victime de sa bravoure et de son dévouement, soit proposé pour la décoration de b Légion d'honneur. J^oserai aussi faire la même proposition poor le lieutenant de vaisseau Dupont, officier distingué et dignir. sous tous les rapports, de cette honorable récompense.
En sautant à terre les premiers, deux marins, emportes par leur courage, s*éiancent ensemble dans le fort et y arborent le pavillon du roi : ce sont les nommés Siou. chef de la grande hune delà frégate la Thetis, et le nomme Beonon ^Fran^îis . matelot de première classe de la Surveillante. Je reclamerai poar cet acte de vaillance la décoration de la Légion d'honneur pour rhacun d'eux.
L'ennemi ne nous a pas mis dans le cas de multiplier ce» actes de courage et de dévouement dont chacun était animé: mais je ne dois pas laisser ignorer à Votre Excellence tout ce que le roi devait attendre des dispositions prises par tons les commandants de ses vaisseaux et des officiers et nurins soo< leurs ordres. Je ne saurais trop me louer de la coopératioo
franche et toute dévouée de M. le contre-amiral de Rosaniel , commandant en second l'armée ; de M. le capitaine de vaisseau Cuvillier, commandant la deuxième escadre; de M. le baron Hugon , qui s'est distingué d'une manière toute particulière dans Tordre admirable établi dans l'organisation d'un immense convoi qu'il a ensuite conduit avec toute l'habileté d'un oiBcier de mer consommé; enGn, du capitaine de vaisseau le Moine, chargé du commandement et de la conduite de la réserve, et de tous les capitaines de l'armée. Je crois de mon devoir d'appeler sur eux l'attention bienveillante de Sa Majesté.
Je saisirai avec empressement cette occasion, dans laquelle M. le capitaine de vaisseau Massieu a déployé le zèle éclairé et le dévouement absolu qui le distinguent , pour rappeler ses honorables services et ses titres acquis aux bontés du roi.
J'ai pu davantage apprécier dans toutes les circonstances d'organisation, d'armement et de navigation , les services importants et plus rapprochés rendus par tous les officiers qui étaient près de moi. Je ne puis donc m'empêcher de citer honorablement ceux de M. le contre-amiral Mallet, major général; de M. de Villaret, mon capitaine de pavillon; de M. Remquet, major de l'armée, et de MM. Roy et Fontbonne, sous-aides-major.
M. Lemarié, lieutenant de vaisseau, premier adjudant du commandant Massieu, qui avait fait tout récemment un travail d'exploration et de sondes des deux baies à l'est et à l'ouest de Torre-Chica , se trouvait détaché près de moi. Les renseignements qu'il m'a fournis n'ont pas peu contribué à l'heureux résultat que nous avons obtenu. Cet officier, à la tête de ceux de son grade, a des titres réels à un grade supérieur, que je sollicite pour lui.
J'ai retrouvé dans M. Remquet, major de l'escadre, ce zèle éclairé et ce dévouement absolu dont depuis vingt-trois ans, et dans tous les commandements que j'ai exercés, soit dans les mers d'Europe, soit dans les mers de l'Inde et d'Amérique, il
na cessé, près de moi, de donner des preuves. H dirigeait le bombardement de Cadix en 1 833 ; il devait commander la flottille de débarquement dans le plan d attaque arrêté, et que les dispositions de Tennemi et les localités ont rendu inutile. De si honorables services lui donnent de justes titres an grade de capitaine de vaisseau , et je ne balance pas à le rédamer avec la plus vive instance. Les deux sous-aides-majors de Tarmée. MM. Roy et Fontbonne, lieutenants de vaisseau, servent également depuis nombre d'années auprès de moi. Leur zèle, leur activité, leur dévouement, ne se sont jamais ralentis. Le poste qu'ils occupent leur fournit journellement, et à chaque instant, l'occasion d'en donner de nouvelles preuves. Tattache le plus grand prix à leur en faire obtenir la récompense, et je sollicite instamment pour eux le grade de capitaine de frégate.
Je n*ai pas en moins à me louer, dans les détails nombreai et le service actif de la majorité générale, de MM. de Villeblanche, Henry, Penaud, lieutenants de vaisseau, et deSeroey, enseigne de vaisseau.
Comme j'ai eu l'honneur devons le dire. Monseigneur, daos mon rapport, chacun a fait sou devoir; et il m'est impossibit* de relater ici tous les titres acquis à la bienveillance de Sa Majesté.
Agréez , etc.
DlPERKÈ.
Vaisseau h Protence , baie de Sidi-Femicb . le 23 juin 1830.
A Son Excellence le ministre de la marine et des colonies.
Monseigneur, Mo.^«n.«i.i«. Depuis ma lettre du 19 île ce mois, dans laquelle j'ai eu
ANNEXES. /i51
l'honneur de vous rendre compte du succès remporté par Tarraée expéditionnaire sur Tcnnemi, nos troupes occupent les positions dont on s'est emparé, à deux petites lieues de la presqu'île, et à moitié à peu près du chemin de Torre-Chica à Alger. Elle nattend pour se porter en avant que des secours en chevaux et subsistances , qui doivent lui arriver par les deux dernières divisions du convoi. Elles sont parties le 18 et sont aujourd'hui à toute vue ; mais, depuis huit jours, les vents d'ouest, régnant à contre-saison, et des courants violents les empêchent d'approcher. La division du contre-amiral de Rosamel , de concert avec la division du blocus du port d'Alger, forme, à quelques lieues au large, une ligne de croiseurs qui protègent les transports, les empêchent de s'aflaler sur la cote et facilitent leur arrivage.
Je fais évacuer aujourd'hui sur l'hôpital de Mahon , par quatre corvettes de charge, les malades et blessés de l'armée, au nombre de trois cent cinquante-huit; l'armée navale n'en a pas. Nos marins ont cependant un service bien pénible dans le dé* chargement et la mise à terre de tout le matériel de l'armée, mais ils le remplissent avec un grand zèle. Il n'y a pas jusqu'aux équipages des bateaux de flottille dont je n'aie également beaucoup à me louer. Le retard de l'arrivée de notre dernier convoi me contrarie ; son déchargement sera poussé avec activité.
Le temps continue à être assez beau dans la baie; mais la houle est très-forte. Le vent au large a été très-frais de l'ouest, et la mer très-grosse. Nous ne nous en sommes point ressentis. Fort heureusement le bateau à vapeur le Sphinx, expédié pour France le i4 avec nos premières nouvelles, est en vue.
Agréez , etc.
DUPERRB.
3«rbarf«nimt
Lxxxin.
Vaisseau la ProttRce, baie de Sidi-Fernidj , le 26 juin 1830.
A Son Excellence le ministre de la marine et des colonies.
Monseigneur,
rio Divers engagements ont eu lieu avec Tennemi dans les jour-
nées d*hier d avant-hier et 2 ii et 25. L armée s'est portée en avant. Le général en chef m'adresse une dépêche pour Son Er cellence le ministre de la guerre, pour la transmission de laquelle je m'empresse d'eipédier le brick la Capriciease,
Je vous annonçais, dans ma lettre du 23, que les deux dernières divisions du convoi se trouvaient retardées par des vents d'ouest. Le vent a passé à l'est avant-hier au soir, et les deux divisions sont arrivées hier matin. La plus grande partie des chevaux restants a été mise à terre dans la journée , ainsi que divers articles du matériel du génie. Cette arrivée, qui termine toutes les expéditions faites par la marine, est fort heureuse; car dès hier soir, à sept heures, le vent, quœque très-frais de la partie de Test, a, par une révolution extraordinaire et instantanée, sauté à l'ouest; pendant trois heures, il a soufflé avec force, et la mer, comme de coutume, est devenue très-grosse. Ce matin, le temps est beau, mais lèvent continue de FO. et O. N.O. et la mer est très-houleuse. Je craignais des avaries pour les bâtiments da convoi , qui étaient à peine amarrés : il n'y en a pas eu , ou da moins elles sont fort légères. Ce mauvais temps ralentira un pea le déchargement, mais ce retard ne peut porter que sur des approvisionnements et vivres qui seront débarqués avant quon en éprouve le besoin. Les officiers et marins de l'armée mettent dans ces pénibles travaux un zèle extraordinaire et bien louable.
J'ai livré à Tarmée 60,000 kilograumies de biscuit que le géuéral en chef ma demandés. Nous éprouverons bientôt le besoin de vivres. L'armée expéditionnaire a séjourné un mois à bord des bâtiments; sa consommation, par le grand nombre de passagers, a été plus que doublée. J'ai demandé au préfet de Toulon de faire préparer deux mois de vivres, qui seront expédiés par les divers bâtiments que je détache sur Toulon. Mais c'est surtout sur le biscuit que la consommation a porté. Il faudrait fournir tout biscuit et point de farine. Je vous prie d'en donner Tordre^ Nous ne trouvons nul moyen de remplacer notre eau ; j'en ai aussi demandé. Quelques transports pourraient nous en apporter. Je les renvoie tous à Toulon après leur déchargement.
J'ai promis au général en chef de lui fournir quelques compagnies d'équipages de ligne pour renforcer la garnison du camp retranché; mais je ne puis disposer d'un seul homme avant que le déchaînement , qui est notre tâche spéciale et qui ne peut être remplie que par nous, ne soit terminé. Les bâtiments sous voiles et à l'ancre, quoique armés à peu près sur le pied de paix , fournissent en corvées presque le quart de leurs marins. Leur enlever encore une compagnie serait compromettre leur ^reté. Les uns ne pourraient plus manœuvrer; les autres, à l'ancre , ont besoin de leurs moyens dans la position difficile dans laquelle ils sont placés. Un renfort de troupes pour la garnison dii camp retranché et pour assurer la marche des convois me paraîtrait bien utile. Mais, Monseigneur, cette réflexion que je hasarde est pour vous seul : il n'appartient qu'au général en chef d'émettre officiellement son opinion sur ce point.
Mes paquets sont expédiés par le brick la Capricieuse.
Agréez , etc.
DupEnnE.
^5i \iE DE L AMIRAL D^PERRE.
Vaisseau la Provence, liaie de Sidi-Ferrudi , le 30 juin 1830.
A Son Ejfccellence le ministre de la marine et des colonies.
HoQseîgQeur, TnuBWo. Depuis Tafiàire du 19, rarniée était harcelée journellement ***^ par des engagements de tirailleurs qui raOaiblissaient sans arri-
ver au bot. Hier elle a pu se mettre en mouvement. A cinq heures du matin, elle s*est portée en avant. L'ennemi avait forti&é toutes les positions qui avoisinent et dominent le chiteau de fEmpereur ; à sept heures elles ont été enlevées. La difficulté des communications et les opérations de Tarmée n*ont point encore permis l'arrivée des dépêches du général en chef; mais je crois devoir vous adresser immédiatement expédition de la transmission télégraphique qui m'a été faite hier soir à neuf heures et demie. Je vous adresse également copie de la lettre que je viens de recevoir d'un officier de mon état-major général détaché près du général en chef, mais établi momentanément au camp retranché de Sidi-Ferruch. Les nouvelles, sans que je puisse me rendre garant de leur entière exactitude, m'ont paru trop importantes pour que Votre Excellence n'en soit pas infor- . niée. Un autre bâtiment fera voile à la réception des dépêches du général en chef.
Agréez , etc.
DoPEhRÉ.
I\S. L'intendant en chef pirscMil à lalTaire me confirme à bord de mon vaisseau toutes les nouvelles que j ai Thonneur de AOiis donner.
d'AlfW.
ANNEXKS. 455
Vaisseau la Provence, devant Alger, le 3 jaillel 1830.
A .Son Excellence le ministre de la marine et des colonies.
Monseigneur,
J expédie la Cornélie à Toulon pour porter les dépêches du Bo»Urd««»in général eu chef. L'armée, depuis laflaire du 2g, a pris position pour former l'investissement et Tattaque du fort de TEmpereur. Je ne puis plus être tenu bien au courant de ses mouvements et opérations. Je sais que la construction des batteries d'attaque touche à sa tin. Elles devaient avoir leur feu aujourd'hui : ce sera sans doute pour demain; il est six heures du matin, j'entends leurs premiers coups.
Dès le 29, pour seconder les opérations de l'armée de siège, j'avais ordonné une fausse attaque sur les batteries de mer de l'ennemi, afin d'attirer son attention sur plusieurs points à la fois et de l'engager à rappeler les canonniers aux batteries , et même partie de la garnison. Un calme profond dans toute la journédu 3o s'est opposé à l'exécution de l'ordre. Le 1*', une brise maniable de louest a permis le mouvement. L'amiral Rosamei, avec sa division, a défilé sous les batteries, depuis la pointe Pescade jusqu'au môle, à grande portée de canon, et ripostant de ses batteries au feu de l'ennemi. En défilant devant les forts, on a reconnu qu'ils étaient démunis de leurs canonnières, car le feu n'a commencé que sur les vaisseaux du centre. Après l'arrivée des canonniers, qui auront été rappelés d'autres points, leur feu est alors devenu continu sur chacun de nos bâtiments sans les atteindre , quoique plusieurs les dépassassent. Entre une assez grande quantité de bombes lancées et dont une majeure partie a éclaté en l'air , une est tombée au large du vaisseau du contre-amiral de Rosa-
kbù VIE DE L'AMIRAL DUPERRÉ,
mel , à petite distance de lui et du brick le Dragon, La divisioD , parvenue à la portée des formidables remparts do môle, a échangé ses boulets avec ceux de Tennemi , et a continué sa route pour la baie, où elle a trouvé un calme profond qui la entraînée sous Matifou, où elle a été retenue hier tonte la journée; ce qui Ta empêchée de renouveler le même mouvement, et où je Tai ralliée dans la soirée.
J'étais parti hier de la baie de Sidi-Ferruch avec le calme , mais remorqué par un bâtiment à vapeur. J*ai en même temps fait appareiller sept des vaisseaux armés en flûte, dont j'ai formé une division sous le commandement de H. le capitaine de vaisseau Ponée. Elle croisera à l'ouvert de la baie en communication avec elle et la partie de l'armée réunie devant Alger sous mon pavillon. Cette disposition était urgente pour la conservation et la sûreté de l'armée. Trois fois dans trois coups de temps, du 1 3 au 26, elle a été compromise. L'opération du décbar* gement de toute la flotte touchait à sa fin. J'ai pris des dispositions pour le terminer dans trois jours, et pour assurer celui des divers navires chargés des subsistances et approvisionnements qui arriveront successivement. Mais ceux-ci sont au compte du fournisseur général et ne font pas partie du grand convoi, dont, j espère, le déchaînement et la réexpédition partielle seront eutièreuient terminés vers le 6. J'en ai laissé le soiu à M. le capitaine de vaisseau Cuvillier, qui a pris provisoirement le commandement et la direction de tous les mouvements de la baie, car je compte retirer aussi le vaisseau le Superbe. Je lui ai laissé quatre frégates de vingt-quatre, armées en flûte, une de dixhuit et des flûtes avec un secours d'embarcation et de corvées d'hommes montant à i,Aoo hommes. Les trois équipages temporaires fournis pour renforcer la garnison du camp retranché et mis il la disposition du colonel nommé par le général en chef pour y commander, forment un eflectif d'environ 'j,ioo hommes. Ainsi donc la marine na pu faire cet énorm?
ANNEXES. libl
sacrifice qu'aux dépens de rarmement des vaisseaux; mais elle fera tout pour contribuer au succès des armes de Sa Majesté.
Le général en chef m'a informé qu'il ferait la demande en France d'une brigade de la réserve. Le port de Toulon aura en bâtiments de guerre appartenant à Tarrnée les moyens de pourvoir à leur passage. La plus grande partie des transports est, d'ailleurs, retournée à sa disposition. L'embarras que nous sommes sur le point d'éprouver est celui de l'eau, et, pour quelques bâtiments, celui de l'eau et des vivres. J'en ai demandé à Toulon. J'enverrai partiellement faire de l'eau à Mabon; mais le moment ne me parait pas encore venu d'isoler une partie des bâtiments de l'année.
Lo 3 juillet, à cinq heures du soir.
J'avais suspendu la remise des dépêches à la Comélie, parce que la flotte manœuvrait pour défiler sur les batteries et effectuer par une attaque sérieuse une diversion utile aux opérations de l'armée. Les derniers coups de canon viennent d'être tirés, et je n'ai le temps que de vous en rendre un compte fort succinct.
Toute la matinée, l'armée, à laquelle le calme n'avait pu permettre de se rallier à aucun ordre, cherchait, d'après le signal que j'en avais fait, à se ranger à l'ordre de bataille. A deux heures, dix vaisseaux et frégates, soit de l'escadre de bataille, soit de l'escadre de débarquement, y étaient parvenus en se formant sur le vaisseau amiral, qui avait la tête. Les autres cherchaient à prendre leurs poste. A deux heures quinze minutes, l'armée a laissé arriver en ligne pour défiler sur toutes les batteries de mer, en commençant par les trois de la pointe de Pescade. Un peu avant d'arriver par leur travers, j'ai reconnu quelles étaient évacuées par l'ennemi, et en même temps j'ai aperçu un détachement de nos troupes qui descendait d'un camp voisin, et qui en ont pris possession et y ont fait flotter
UQ mouchoir biaoc. qui a bientôt été remplacé par un pavillon envoyé dans un canot de la Bellone, qui par sa position se trouvait en avant de Tarmée. Ce mouvement d'évacuation avait sans doute été provoqué par Tattaque faite le i*' par M. le contreamiral de Rosamel , et la reconnaissance que j*avais faite hier en ralliant Tannée. Ces batteries sont au nombre de trois : une, de cinq canons, était désarmée; la deuxième , armée de dix-huit canons, et la troisième de dix canons, avaient conservé leurs pièces et leur armement. Une batterie rasante voisine de celleci était Clément évacuée. L'ennemi, dans ce mouvement, avait eu sans doute l'intention de réunir tous ses canonniers sur les forts et batteries plus rapprochés de la ville, sur celles de la place et sur celles de la marine.
A deux heures quarante minutes, le capitaine de vaisseau Gallois, conmiandant la Bellone en avant de larmée, a ouvert sur le fort des Anglais , à petite portée de ses canons de dixhuit, un feu vif et bien soutenu. L'ennemi y a riposté aussitôt. A deux heures cinquante minutes, le vaisseau amiral, à demiportée de canon, a commencé le feu; et successivement tous les bâtiments de Tarmée, je dirai même jusqu'aux bricks, ont défilé , à demi-portée de canon, sous le feu tonnant de toutes les batteries, depuis celle des Anglais jusqu'à celles du môle inclusivement. Les bombardes ont riposté sous voiles aux bombes nom breuses lancées par l'ennemi. Le feu vient de cesser à cinq heures avec le dernier bâtiment de l'armée. Aucun n'a d'avarie apparente et ne doit avoir de perte notable par suite du feu de lenucmi, si j'en juge par le vaisseau amiral. Mais , par uue fatalité inouïe, le funeste événement arrivé il y a près de deux ans à bord du vaisseau s'est renouvelé. Une pièce de trente-six a crevé dans la batterie. Dix hommes ont été tues et (|uatorie ont été blessés. Au nombre de ces derniers est M. Bérard, lieutenant de vaisseau , brave et digne ollicier. Jusqu'ici on ne croit pas ses blessures graves. Quand j'aurai reçu les rapports parli-
culicrs des comniandanti» des vaisseaux, je pourrai citer à Votre Excellence les traits de courage qui ont pu plus particulièremeut fixer leur attention. La mienne n'a pu s*arréter plus sur un bâtiment que sur un autre. J'étais cependant à même de suivre tous les mouvements et de juger du feu de chacun pendant deux heures qu*aduré la canonnade à demi-portée sous un front de peut-être trois cents pièces d'artillerie. Je dois également des éloges à tous les commandants, officiers et marins de Tarmée.
Tel est, Monseigneur, après le premier mouvement effectué avant-hier par la division de Rosamel, celui opéré aujourd'hui par l'armée navale. Il a du être une diversion puissante et produire un grand effet sur le moral de l'ennemi.
Votre Excellence m'excusera de ne pas entrer dans de plus grands détails; mais je ne puis retarder le départ de la corvette que j'expédie.
Agréez, etc.
DCPERRÉ.
Vaisseau la Provence, baie d* Alger, le 6 juillet 1830.
A Son Excellence le ministre (le la marine et des colonies.
Monseigneur, lie à de ce mois , le lendemain de l'attaque faite par l'armée na- ReJdiUon vale sous mon commandement sur les forts et batteries d'AI- ^''
ger, dont le principal objet était de rappeler en ville les canonniers et les troupes de l'ennemi que j'avais vus se porter en grand nombre au château de l'Empereur, les batteries de si^e ont ouvert leur feu sur le fort à trois heures du matin. A dix heures, après une explosion terrible, qui a été entendue à soixante milles au large , nous avons reconnu le fort en partie détruit « et nos troupes en ont pris possession. Une demi-heure après, je
préparais un mouvement pour renouveler une attaque sur les batteries de mer, quand, retardé par des vents peu favorables, je me suis vu d'ailleurs forcé de suspendre l'exécution de mon projet par l'arrivée d'un canot parlementaire qui avait à son bord l'amiral de la flotte algérienne pour me supplier, au nom du dey, de cesser les hostilités et réclamer la paix. On apercevait dans le même moment un autre parlementaire se dirigeant vers le château de l'Empereur. Nos batteries et celles de Tennenii avaient suspendu leur feu. J'ai chargé l'envoyé de dire à son maître que les dispositions de l'armée sous mes ordres seraient subordonnées à celles de l'armée de terre , dont il devait d'abord s'assurer auprès du général en chef. La soirée et la nuit se sont passées sans hostilités. Hier matin, à cinq heures, l'envoyé est revenu renouveler ses sollicitations. J'y ai répondu par la note ci-jointe , que je l'ai chargé de remettre au dey, tout en lui en remettant une copie pour le général en chef de l'armée de terre. Dès midi , le pavillon algérien ne flottait plus sur la Casbah et quelques forts voisins. Nous apercevions nos troupes eu mouvement sur la ville. A deux heures quarante minutes, le pavillon du roi flottait sur le palais du dey et a été successivement arboré sur tous les forts et batteries. L'armée navale l'a aussitôt salue de vingt et un coups de canon au milieu des cris répétés de vive le Roi!
Aujourd'hui je viens de faire mouiller le vaisseau la Provence sous les murs d'Alger. Les autres bâtiments de larraée , partagés en deux divisions, sous le commandement du contreamiral de Rosamel etdu capitaine de vaisseau Ponée, croisent à rouvert des baies d'Alger et de Sidi-Ferruch.
J'expédie en toute hâte le bateau à vapeur le Sphinx, porteur des dépêches de M. le comte de Bourmont et des miennes.
Mon premier soin a été de réclamer nos malheureux prisonniers du Silène et de V Aventure, Ils viennent de m'étre rendus, n je les expédie pour France. Ils ont bien souflert depuis le-
poque de noire débarquement, mais bien plus de lexaspération de la population que de celle du dey. Néanmoins, aucun de ceux échappés au massacre des Arabes, et dont la liste vous a été adressée , n'a succombé à ses souffrances. Je prie Votre Excellence d'agréer, etc.
DUPBRRK.
Vaifseau la Provence, baie d'Alger, te 9 juillet 1830.
A Son Excellence le ministre de la marine et des colonies.
Monseigneur,
Dans le rapport de M. le général en chef de l'armée expédi- R««»i«c«iio». tionnaire, sous la date du 1 4 juin dernier et inséré dans le Monileur du 22, Son Excellence, en traitant les détails nautiques et rendant compte des mouvements de la flotte, s'exprime ainsi :
« L'armée navale , que l'attente de la flottille de débarquement avait retenue plus de dix-huit joprs dans la baie de Palma , mit à la voile le lo juin. La brise, faible d'abord , devint assez forte pour que plusieurs petits bâtiments eussent des avaries. Deux bateaux-bœufs périrent avec une partie de leurs équipages, etc. »
Si ces renseignements sont exacts, je suis bien coupable de les avoir omis dans le rapport que Votre Excellence a daigné mettre sous les yeux du roi , et qui , devenu aujourd'hui pièce historique, se trouve entaché d'un soupçon d'inexactitude. Je n'imputerai qu'à une erreur de transcription ou d'impression les dix-huit jours de séjour à Palma. II est trop notoire que la flotte, arrivée le 2 juin au soir, en est partie le lo au matin. Elle était d'ailleurs partie le 25 mai, et le débarquement a été fait le a 4 juin; elle était arrivée le i3.
Ce n'est qu'à des informations inexactes que i on peut attribuer celle donnée sur les avaries éprouvées par plusieurs petits bâtiments et sur la perte de deux bateaux-bœufs avec une par tie de leurs équipages : je puis affirmer sur mon honneur que la flottille, qui naviguait sousTescorte et la protection de Tannée navale , n*a perdu aucun bateau-bceuf , et que les avaries ont été peu nombreuses et sans importance.
Je TOUS devais, Monseigneur, cette déclaration, pour rétablir les faits dans leur exacte vérité. Votre Excellence appréciera sans doute le motif qui la dicte , et lui donnera telle suite qu*elle jugera convenable.
Agréez, etc.
DUPERRB.