CHAPITRE XL
Discoiirs de M. le vice-amiral baron de Mackau , ministre de la marine et des colonies , prononcé , le 9 novembre 1 8&6, sur la tombe de M. Tamiral Duperré.
M. u vic*-amir«i Avant que la tombe se ferme sur la dépouille mortelle de de Mackaa. j'^naîral Duperré , il y a pour le ministre de la marine , son ancien compagnon d'armes, un pieux devoir à remplir: c'est, autant que le comporte la majesté de ces saints lieux , de rappeler les vertus qui ont fait sa gloire de marin, et de redire quelques-unes des actions qui ont marqué sa vie, consacrée tout entière à la France.
Fortement doué par la nature, lliomme éminent dont TEtat entoure les funérailles de l'appareil d'un deuil public a montré, dès ses débuts, tout ce qu'il devait être dans le cours de sa longue carrière.
Prudent et résolu; inflexible devant le danger quand il était venu , parce qu'il avait employé les lumières de son esprit à le prévoir et à le conjurer; brave de sa personne; exigeant, mais paternel à l'égard des hommes qui servaient avec lui , il savait s'ouvrir des routes vers la victoire là où la fortune des combats semblait devoir préparer des obstacles insurmontables; il créait des moyens de salut là où d'autres, également énergiques, mais moins ingénieux , n'auraient su que périr avec honneur.
Je ne parlerai qu'en passant de ses premiers pas dans la carrière.
Ed 1793, simple pilotin; enseigne de vaisseau en 1796; prisonnier en Angleterre, après s*étre distingué dans ce mémorable combat de la Virginie (qui marque si glorieusement dans la vie d*un des officiers généraux^ de la marine) , la Virginie, qu*une division anglaise n*avait réduite qu*à la suite d'une lutte de plusieurs heures; rendu à la France en 1800 ; lieutenant de vaisseau à son retour, et sans cesse à la mer; capitaine de frégate en 1806, et commandant la Sirène, il donne, en 1808, un signe éclatant de sa valeur comme officier et comme marin.
Tous ceux qui ont pris part à la guerre maritime de l'Empire savent que, revenant des Antilles, près de toucher à Lorient , Duperré, sur la Sirène, chassé par une division anglaise, soutint, seul contre un vaisseau et une frégate qui l'attaquaient des deux bords, un combat de cinq quarts d'heure. Réduit à toute extrémité, il ne se rend pas; il se jette à la côte. Tel est le premier épisode de cette action , qui suffirait à honorer une carrière d'officier. Mais ici commence une nouvelle lutte non moins digne de mémoire: entre les bâtiments ennemis qui l'observent, prêts à fondre sur lui s'il échappe au naufrage, et les périls qui lui viennent de la mer; pressé par son pilote d'abandonner un bâtiment considéré conmie perdu , Duperré seul conçoit le dessein de triompher de tous les obstacles : il déploie les ressources de son courage et de son savoir. Trois jours après, la Sirène est à flot, et, après un nouveau combat avec les croiseurs anglais, rentre à Lorient, où i*on n'attendait plus que la nouvelle de sa destruction.
C'est ainsi que le capitaine Duperré préludait aux actions d'éclat qu'il allait accomplir dans les mers de llnde. Parti de France sur la Bellone, il se forme bientôt une division navale avec cinq bâtiments qu'il prend à l'ennemi. Rentrant à File de France avec ses prises , il y trouve une nouvelle lutte. Un bâtiment anglais l'attendait; il le réduit. Puis survient une division
' Le vice-amiral Bergeret.
loot entière quH ikat de nouTera combattre, et qui est à son tour wncme- Voilà qod fiit œ bêta fait de gaerre que b France reconnaissaiite a enregistré dans son histoire sons le nom de combmi ésL Gmd-Pan,
Vêfc&m de Lorient avait fait Daperré capitaine de vaisseau; le combat du Grand-P^Ml le fit contre-^uniral; c'était en iSio. Depuis lors, jusqu'en i83o, Tamiral Duperré ne cessa pas de rendre des services actifik
Commandant d*escadre dans la Méditerranée en iSi i , puis investi du commandement en chef des forces navales de la France dans TAdriatique, où il déploie son activité féconde; en 181 5 , préfet maritime i Toulon , qu il sait préserver de tonte atteinte étrangère; commandant d'escadre aux Antilles; appelé à terminer par un coup d'édat, à Cadix, la campagne d'Espagne en 1823 ; vice-amiral à la suite de ce succès; commandant de nouveau les forces françaises aux Antilles et sur les c&tes d'Amérique, partout où les intérêts français réclamaient alors l'ap pui du pavillon; préfet maritime à Brest en 1827; il couronne, en i83o, sa carrière d'activité militaire en débarquant sons les murs d'Alger une armée française, en concourant avec la flotte à réduire ce dernier refuge de la piraterie barbaresque, à y faire prévaloir, avec le pavillon de la France, un gouvernement chrétien.
Cette victoire, si digne de cdles qui l'avaient précédée, valut à Duperré les plus hautes récompenses que TEtat décerne: le Goavcmement du roi le fit amiral et pair de France. Depuis lors, la confiance royale, s'adressant à ce dévouement éprouvé par cinquante années de loyaux senrices , l'a appelé trois fois à siéger dans les oonseib de la couronne. Ministre , l'amiral Duperré a montré, comme il l'avait fait sur nos vaisseaux , de quelle soUidlude il entourait la marine et les hommes de mer.
Aujourd'hui qu'il nous est enlevé, le roi, se faisant Tinterprête de la gratitude nationale, a voulu que sa dépouille repo-
iât S0Q8 ces voûtes glorieuses oili la France donne asile, après la mon, aui serviteurs éminents qui ont défendu son indépendance et honoré son drapeau.
Nous qui Tavons vu aùi heures de sa jeunesse, qui avons admiré ses actions « nous recueillerons la mémoire illustre qu*ii laisse derrière lui. CW tout le patrimoine d'une famille digne d*un td chef; c*est rhéritage d'un fils qui annonce déjà qu'il mérite de porterie nom de Duperré; c'est aussi l'héritage de la marine: je le revendique pour elle. Nos officiers , nos marins , y trouveront toujours les plus nobles exemples et les plus utiles leçons.
Discours de M. le vice-amiral Dupetit-Thouars.
Après le discours éloquent que vous venez d'entendre, dis- m. i« c»'»^mird cours si éminemment élogieux par l'exposé seul des services im- ^"p^** *'**"^ portants rendus par l'amiral Duperré à notre pays, souffrez que nous ajoutions encore quelques mots qui viennent du cœur :
Illustre amiral Duperré, au moment de notre solennelle séparation, recevez nos regrets les plus vifs, nos hommages les plus sincères; vos camarades se souviendront toujours du marin célèbre qui a le plus contribué, par ses beaux faits d'armes, à la gloire de notre pavillon pendant la guerre dernière, du chef habile et sage qui a préparé Texpédition la plus considérable des temps modernes, et a su en assurer le succès par la bonne direction qu'il lui a donnée.
Brave amiral Duperré, reposez en paix! Votre nom, illustré par de brillants combats, restera à jamais dans les fastes de la marine comme une étoile directrice qu'il faudra suivre, parce qu'elle conduit à la victoire ! . . . . Votre caractère pur et sans tache vous a fait jouir, pendant votre vie, de l'estime la
{dus haute : ie roi, les chambres, la France, entière avaient confiance en Tons ! . . . Quel âoge poorrions-noos ajouter après une telle vérité !
Digne amiral Daperré, Hustoire conservera précieusement votre renommée ; vos camarades, votre mémoire I Puisse, votre famille désolée, troover quelques consolations dans TexpressioD de notre douleur et dans cdle de nos sentiments pour son illustre chef! Puissions-nous, enfin, nous-méme, mériter un jour des regrets aussi légitimes!
Adieu , cher amiral Duperré Adieu !