LIV. I, CHAP. I
portes lui avaient été refufées (1). Les lettres patentes qui renferment ces détails ajoutent que le maréchal de Rieux fut réfifter aux Français, & les obligea de fe retirer en Baffe-Bretagne dès qu’il eut reçu les fecours que le roi d’Angleterre lui envoya ; il efl certain que la conquête du duché ne fut pas aufli rapide qu’on l’a cru généralement : Brefl, Saint-Malo <5c plufieurs autres villes firent une réfiflance acharnée 5 quant à la jeune ducheffe, elle déploya, dans ces graves circonflances, un courage bien fupérieur à fon âge & digne d’un meilleur fuccès. Elle s’était réfugiée dans la ville de Rennes avec fon oncle , le prince d’Orange, le maréchal de Polhain <3c quelques barons fidèles, n’ayant., pour la défendre, que quatorze mille hommes, compofés principalement d’archers anglais, d’Allemands & d’Efpagnols envoyés par le roi des Romains, fon mari. Mais, qu’était-ce que ces troupes mercenaires pour réfifter à l’armée du roi de France ?
Aux environs de la Touffaint 1491, le
(1) Voir aux Appendices, n° 1, SI. Pièces hijlori ques: Lettres-patentes d’Anne de Bretagne, en faveur du maréchal de Rieux, du 9 août 1490.
fiége fut mis devant ia ville, avec des engins fi confidérables & tant d’artillerie, que trois mille chevaux n’auraient pas fuffi pour les conduire. Les premières attaques furent des plus courtoifes : un bâtard de Foix , dit le chroniqueur Jean Molinet, monté comme faint Georges, s’approcha des murs de la ville, & demanda fi quelque chevalier ne voudrait pas rompre une lance avec lui, en X honneur des dames. Un feigneur breton, armé de pied en cap, ne tarda pas à fe préfenter. La lice fut établie dans les folfés de la ville ^ au-deffus defquels la jeune duchelfe fit établir des échafauds où elle fe rendit très bien accompagnée. Après avoir couru quatre ou cinq lances, ils en vinrent aux épées , fe battirent très bien , fans que mort d’homme en réfultât. Le divertiffement terminé, dit Molinet, la duchelfe fit donner hypocras & épices aux Français, puis chacun fe retira.
Le lendemain de cette joute, les alfiégés crurent le moment opportun pour faire une fortie contre l’ennemi. Tous leurs efforts fe dirigèrent fur le corps d’armée commandé par le grand écuyer, François d’Urfé ; les Allemands, qui arrivèrent les premiers, firent un