‹ Vie de la reine Anne de BretagneChapitre 12 sur 87 · LIV. I, CHAP. I · texte numérisé non relu

LIV. I, CHAP. I

criminations(i) ; de fon côté, Charles V 1 1 1 , un peu pardesmenaces, mais beaucoup par des promeffes, les engageait à agir fur l’efprit de leur jeune maître ITe, de telle forte quelle lurmontât les répugnances qu’elle avait contre lui. Jean de Châlons, prince d’Orange, fon oncle , le maréchal de Rieux, fon tuteur., Françoife de Dinan, dame de Laval , fa gouvernante, St Montauban, chancelier de Bretagne, lui firent à ce fujet tant de difcours, qu’ils parvinrent quelque peu à changer fes réfolutions. Les répugnances qu’éprouvait Anne de Bretagne étaient des plus motivées : depuis trois ans, Charles VIII n’avait pas celfé de lui faire une guerre acharnée, de ruiner sa terre, &, fous prétexte de la garde noble de fa perfonne, à laquelle il avait droit, de chercher par violence à la rendre captive. Anne de Bretagne avait le cœur infiniment haut & indomptable , fuivant

(i) Mémoires & articles baillés de la part de la duchejje Anne aux ambajfadeurs du roy touchant le voyage que la diôle dame avoit entrepris à faire par mer & par terre , & pajfer par le royaume de France, allant époufer le roi des Romains. (Archives de Nantes, &c. — Daru, Hiftoire de Bretagne , t. III, p. 17^.)

l’expreffion du vieux d’Argentré (1). Pendant plufieurs jours, tous les feigneurs de fon confeil , gagnés par Louis , duc d’Orléans, & le comte de Dunois, que Charles VIII avait délégués près d’eux, eflayèrent vainement de lui faire entendre raifon. Françoife de Dinan, fa gouvernante, fut obligée d’avoir recours à l’influence du confeflfeur, pour lui démontrer que Dieu & l’Eglife ordonnaient quelle fît ce facrifice au bonheur de fon pays & aux néceflltés de la paix. Elle céda enfin. Charles VIII, fous prétexte d’un pèlerinage, fe rendit avec toute fa cour à une chapelle de Notre-Dame, fituée aux portes de Rennes. Ses dévotions achevées, il entra tout à coup dans la ville, accompagné d’Anne de Beaujeu, fa fœur, du comte de Dunois, de cent hommes d’armes <$t de cinquante archers de fa garde . Le lendemain, il vint faluer la jeune duchefle, eut avec elle un entretien particulier qui dura longtemps. Trois jours après, la cérémonie de leurs fiançailles fe faifait dans la chapelle de Notre-Dame, en préfence du duc d’Orléans, du feigneur de

(2) D’Argentré, Hiftoire de Bretagne, &c., in-f , liv. XIII, ch. 5*8.

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