‹ Vie de la reine Anne de BretagneChapitre 13 sur 87 · LIV. I, CHAP. I · texte numérisé non relu

LIV. I, CHAP. I

Dunois, de la dame de Beaujeu, d’une part ; &, de l’autre, du chancelier de Bretagne, du prince d’Orange & de quelques feigneurs dévoués à la duchelTe. Le maréchal Wolfgang de Polhain, qui avait été chargé par Maximilien de fiancer Anne de Bretagne à fon maître, inftruit de cette alliance imprévue par la rumeur publique, interrogeait les feigneurs français ou bretons qu’il rencontrait ; aucun d’eux ne voulut lui répondre. Peu de jours après, il fut invité à la cérémonie des époufailles qui devait avoir lieu en Touraine, au château de Langeais. Polhain refufa, bien entendu, d’y affilier <3c s’empreffa de venir à Malines rendre compte à Maximilien de ce qui était arrivé (i).

(i) J’emprunte le récit de ce mariage à Jehan Molinet, chroniqueur belge, très favorable à Maximilien, & toujours affez bien renfeigné. Voir fa Chronique , t. I, p. 171, édition in-8 ' publiée par Buchon. — Dans un Mémoire fur le mariage de Charles V 1 1 1, compofé par Lancelot, on trouve un récit qui diffère un peu de celui de Molinet. Lancelot donne, fur les différentes rédaélions du contrat de mariage, des explications curieufes, & fixe d’une manière précife la date du jour où ce mariage a été célébré. (Voyez Mémoi-

Cette alliance imprévue eut beaucoup de retentiffement dans toute l’Europe, & Ht l’étonnement de chacun. Comment croire en effet que la jeune ducheffe, alors dans fa quatorzième année, parfaitement en état de comprendre la portée de fes aéles, confentirait à prendre pour mari un roi, jeune il eft vrai, mais qui venait de la dépouiller, par les armes, de fon légitime héritage. D’ailleurs il était de notoriété publique que, depuis le traité conclu dans Arras en 1482, entre Louis XI & Maximilien, Charles VIII était fiancé folennellement avec la fille de Maximilien, Marguerite d’Autriche. Chacun favait que peu de jours avant la mort de Louis XI, la princeffe, âgée de trois ans, avait été envoyée en France , à Amboife ; que là , en préfence d’une alfemblée nombreufe, Charles V 1 1 1, alors dauphin, mais âgé de douze ans paffés, avait dit qu’il confentait à la prendre pour femme. La cérémonie des fiançailles avait eu lieu fur la place de la ville, <3c en grande pompe. Celle du mariage s’était paflfée le même jour dans l’églife baffe du château, en préfence des fleurs <3c da-

res de ï Académie des Infcriptions & Belles-Lettres , t. XII, p. 666, édition in-40; t. XX, p. yof, édit, in-12.)

Page 1