III
c Anne de 'Beaujeu & François IL
Louis XI, en mourant, avait défigné comme régente celle de fes filles qu’il affectionnait le plus, Anne de France, mariée, depuis 14373, au fire de Beaujeu, frère puîné de Jean II, duc de Bourbon. Cette princeffe était heureufement douée : à des charmes phyfiques remarquables, elle joignait un efprit fin, délicat; elle avait bien l’aftuce de fon père, mais tempérée par la douceur d’une femme. Comme Louis XI dans fa jeuneffe, elle était courageufe, mais elle ne fe montra jamais cruelle. Brantôme nous a laiffé d’elle un portrait dans lequel il exagère fes défauts, afin de mettre en relief les princeffes de la maifon d’Orléans; après avoir dit que c’était la vraie image de fon père, il ajoute : « Elle eftoit fine, trin- « quarde , corrompue , pleine de diffimulation 8c « grande hypocrite, qui pour fon ambition fe maf- « quoit 8c fe defguifoit en toutes fortes ; — fplendide « 8c magnifique de fa nature, elle avoit auffi de gran- « des bontés à l’endroit des perfonnes qu’elle aimoit « 8c eftimoit. » Brantôme dit avoir vu des lettres écri-
INTRODUCTION, 2ÿ
tes par elle, toutes dJun ftyle ferme, impérieux, Tentant bien fa fille de roi de France : « Ce dont elle étoit « très fière, fignant toujours Anne de France, ou même •< fimplement Anne { i). » Après avoir été promife, à peine venue au monde, à Nicolas d’Anjou, marquis de Pont-à-MoulFon. & avoir porté ce nom dans un acte public, fon père lui fit époufer un cadet de la maifon de Bourbon , en ftipulant que tous les biens qui écherraient à ce cadet par héritage , reviendraient à fa femme, même fi elle était ftérile. Louis XI, en rédigeant ce contrat, penfait au frère du fire de Beaujeu, Jean, duc de Bourbon, marié depuis dix-huit ans, & qui n’avait pas encore d’héritiers. D’ailleurs il voulait un gendre fournis à tous fes caprices. Parlant des princes avec lefquels il aurait pu contracter une alliance : « Je hais,difait-il, ceux de Bourgogne, à caufe « de leur humeur altière; j’aime Charles d’Artois qui « n’a pas l’arrogance de fes prédéceffeurs, mais j’aime « bien ceuxdeBourbon, à caufe de leur foumiffion. » Le fire de Beaujeu,d’un caractère modefte, facile, accepta franchement le joug que fon beau-père faifait pefer fur lui, mais que fa femme favait lui adoucir. Le gendre & la fille bien-aimée s’emparèrent peu à peu
(i) Dames illustres françaises et Etrangères, t. V des OEu- VRES COMPLETES, pp. 208, 209.
de l’efprit ombrageux de Louis XI, qui, fur les dernières années de fa vie, leur témoignait autant de confiance qu’il pouvait en accorder à quelqu’un.
Louis XI mort, François II retrouva donc le même ennemi à combattre; feulement cet ennemi était jeune, était femme, & plus capable que quiconque de mettre à profit les bonnes leçons & les avis qu’il avait reçus. François 1 1 éprouvait alors de grands embarras dans le gouvernement intérieur de fon duché. Depuis la mort d’Antoinette de Maignelais, il avait abandonné ce gouvernement aux mains d’un favori nommé Pierre Landois qui alaifîé dans l’hiftoire de Bretagne une réputation très-grande, mais controverfée. Suivant D’Argentré(i), c’était un homme d’affez baffe naiffance
(i) « Pierre Landois,dit D’A rgentré, fut natif de Bretagne, du
faubourg du Rachat de Vitré . Ce garçon ejloit vif, de bon
efprit &fort remuant qui, par fortune, vint au fervice d’un tailleur du duc ; il apprit fort bien & proprement fon mejlier , & eujl moyen d’entrer en la chambre du duc, fervant fon maijlre, pour
luy ejfayer fon accoujlrement . On dit que depuis il s’en fervit
de quelque chofe plus agréablement ; car ce prince aymafort les femmes en fon temps ; de là il parvint à ejlre valet de garder obe, puis fervijl à la chambre du duç, & de là maijlre de garderobe, qui ejloit un bon ejlat & lucratif fans contrôle, au quel ejlat il entra f avant en la bonne grâce de fon maijlre que nul homme, de quelque condition qu’il fujl, n’y eujl Ji bonne part que luy. Le dernier de fes honneurs &• ejlatsfut d’ejlre tréforier général, le quel ejloit le premier office de Bretagne, tout ainf qu’en Angleterre, où il de-
que fes vices autant que fon habileté avaient élevé à ce haut degré de fortune. Mais il réfulte d’un examen approfondi des titres hiftoriques relatifs à ce perfonnage, qu’il n’eft jamais parti d’auffi bas qu’on l’a généralement prétendu. Pierre Landois n’a certainement jamais été ouvrier tailleur. Son père, honorable bourgeois de Vitré, exerçait la profeffion de marchand de draps de laine & de foie ; ces marchands de drap de Vitré formaient la plus importante des fix corporations de la ville, & les chefs obtenaient fouvent le premier degré de la nobleffe. Avant d’entrer au fervice de François II, Landois continua le commerce de fon père; après avoir fait au duc des fournitures de drap afiez importantes, il fut employé par lui dans plufieurs opérations financières, devint tréforier de l’épargne, garde-robier du prince, puis tréforier général de Bretagne, enfin minifire favori. Ses connaiffances, toutes fpéciales, ont puifiamment contribué au développement de la profpérité commerciale qui fut très-grande en Bretagne fous le duc François II. Il favait la langue françaife, & une note autographe de ce minifire, avec fa fignature (1), prouve également qu’il
vint en tel crédit qu’il manioit feul à fa dévotion les affaires non feulement des finances, mais delà jujiice & d’ejîat , &c. » (Histoire de Bretagne, p. 916.)
(1) <tet autographe figné fe trouve au verfo d’un aéle fur par-
favait bien écrire. Landois ne négligea aucun moyen pour fe maintenir au pofte éminent où il s’était élevé. Il entretint les meilleures relations avec la maîtreffe du prince dont il fatisfaifait les befoins d’argent. Quand elle fut morte, ii réfolut de dominer feul l’efprit de François II. Redoutant la haute intelligence & la ferme probité de Gui Chauvin, chancelier de Bretagne, il parvint à le perdre en dirigeant contre lui un procès en concuffion.
Dans une querelle que le chancelier avait eue avec Pierre Landois, celui-ci s’était emporté jufqu’à dire : « Je te réduirai dans un tel état de mifère que tu périras mangé des poux. » A quoi Chauvin avait répondu : « Ce ne ferait pas la première fois qu’on ver-
chemin de l’an 14 62, par lequel François II remet à Jean, vicomte de Rohan , encore mineur , le s droits de rachat qui lui appartenaient comme duc fur les biens & feigneuries du -père de Jean récemment décédé . Pierre Landois a écrit quelques lignes auverfo de cet aéle , dans lefquelles il intime l’ordre aux receveurs des villes de Rennes , Nantes , &c., d’accomplir entièrement , d’article en article , le contenu de ce mandement. — Je dois la communication de cette pièce à éM. Bqeul, membre de la Société des Antiquaires de France , correfpondant du Comité des Travaux hijloriques & des Sociétés Savantes. M. 'Bi-^eul a bien voulu de plus me communiquer un Mémoire manufcrit dont il ejî auteur , concernant l’origine , la famille & la perfonne de Pierre Landois. J’y ai puifé des renfeignements poftifs qui m’ont permis de redifier une erreur généralement adoptée.
rait un homme de bien dans l’oppreffîon. » Auffitôt que Landois eut obtenu de fon maître la permiffion d’arrêter le chancelier, il fit faifir fa perfonne & fes biens. L’ordre fut exécuté avec tant de rigueur, que la femme & les enfants de Chauvin n’eurent pas même un lit pour fe coucher, & furent réduits à la mendicité publique. « Bien tofi: après, ajoute D’Argentré (i),en mourut la pauvre dame d’angoyffe & de mifère. » Quant au malheureux chancelier, condamné fur de futiles accufations mal prouvées, il fut conduit du château de Nantes à Auray, d’Auray au château de l’Hermine, enfin traîné de prifon en prifon & livré à des geôliers affez durs pour le faire périr de mifère & de faim. Il mourut le 5 avril 1483, après deux ans d’une affreufe captivité; il était fi pâle, fi décharné, la peau lui tenant feulement fur les os, que pas un ne le reconnaiffait (2). Ainfi fut juflifiée la cruelle parole de fon tout puiffant ennemi.
Le châtiment que méritait une pareille conduite ne fe fit pas attendre longtemps. Révoltés de la vengeance que Pierre Landois venait d’exercer, honteux, jaloux du joug fubi par leur fouverain, les feigneurs
(1) Histoire de Bretagne, &c.,p. 904.
(2) D’Argentré, &c.,p. 904. — Voir aujji Dom Lobineau , t. /, p. 736, de fon Histoire de Bretagne.
bretons fe réunirent contre le favori , & vinrent le chercher en armes jufques dans le palais ducal. Une première fois, Landois parvint à leur échapper, & fut même en tirer vengeance; il entraîna fon maître à leur déclarer la guerre & à lancer contre eux un arrêt de banniffement. Mais, dix-huit mois plus tard, il échoua dans une ligue qu’il avait formée avec le roi d’Angleterre contre la France & les feigneurs bretons fes ennemis. L’opinion publique fe révolta conte lui, le peuple lui-même, entourant le palais où s’était réfugié Landois, menaça de l’envahir. Leur rage était fi grande que le duc ayant envoyé fon beau-frère, le comte de Foix, pour les appaifer , celui-ci revint bien vite en difant : « J’aimerois mieux être prince d’un millier de fan- « gliers que de tel peuple que font vos Bretons ; il « faut néceffairement livrer votre tréforier, autrement « nous fommes perdus. »
Par un de ces arrêts de la Providence, juftes châtiments des coupables , ce fut le chancelier fuccelfeur du malheureux Chauvin, qui entra dans la chambre du duc pour arrêter le favori, au nom du peuple breton :
« Comment, chancelier, dit le duc, pourquoi veut « donc mon peuple que vous le preniez ? » Le chancelier répondit que des accufations graves pefaient fur Landois : « Me promettez-vous, dit le duc , que vous « ne lui ferez que juftice? Monfeigneur, fur ma foi, je
« vous le promets. » Sur cette parole, François II prit par la main Landois, en difant : «Je vous le baille &
« vous recommande qu’il ne lui foit fait que juftice ; il « a été caufe que vous êtes chancelier, pour ce foyez « fon ami. — Monfeigneur, répondit le chancelier ,
« ainfi ferai-je (1). » Pierre Landois fut conduit dans la tour du château de Nantes; fon procès ne tarda pas à s’inftruire, & les crimes dont il s’était rendu coupable ne furent pas difficiles à prouver. François II, inquiet du fort de fon favori, demandait de fes nouvelles aux feigneurs qui le vifitaient. Un jour, le 20 juillet 148^ , il fut longuement entretenu par Odet d’Aydie, comte de Comminges, qui depuis longtemps favait lui plaire par fon efprit : « Mon compère, ditle duc, onbefogne au « procès de mon tréforier; en favez-vous rien ? — Oui , « Monfeigneur, répondit le comte, on y a trouvé de « merveilleux cas, mais quand tout fera vu & entendu « l’on viendra vous rapporter l’opinion du confeil, « pour en ordonner comme il vous plaira. — Ainfi je le « veux, dit le duc, car, quelque cas qu’il ait commis, « je lui donne fa grâce et neveux pas qu’il meure.. » Paroles inutiles, car, tandis que le duc les prononçait, fon favori, condamné par le confeil, était pendu haut & court au gibet de la ville. On redoutait d’apprendre
(1) Dom Lobineau , Histoire de Bretagne, r. J, p. 745.
à François 1 1 la mort de fon favori , ce fut fon neveu Jean de Chalons qui s’en chargea. François II fe plaignit de la trahifon d’Odet d’Aydi e, fon traître compère, puis fit enterrer honorablement Pierre Landois qu’il ne devait pas tarder à rejoindre.
Cette révolution de palais n’avait pas empêché le duc de Bretagne de prêter fon appui aux feigneurs français mécontents de la régente, Anne deBeaujeu, offenfés furtout que Louis XI eût défigné une femme pour les gouverner. Les uns & les autres efpéraient qu’une nouvelle ligue du Bien public allait fe reformer à leur profit, & que très-facilement ils fe rendraient maîtres d’un pouvoir auquel tous croyaient avoir droit. Quand Louis XI mourut, le famedi 30 août 1483, le jeune Charles VIII demeurait au château d’Amboife. C’eft là que vinrent le joindre tous les princes du fang qui afpiraient à le gouverner. La régente & fon mari occupèrent le vieux donjon avec Charles VIII & fa mère prefque mourante. Le duc de Bourbon , beaufrère d’Anne deBeaujeu, & Louis, duc d’Orléans, héritier préfomptif de la couronne , ainfi que plufieurs autres feigneurs de fon parti , demeurèrent dans le château; c’eft là que commencèrent toutes les intrigues qui précédèrent la révolte à main armée de Louis d’Orléans, & qui durèrent tout le temps de la tenue des Etats généraux à Paris. Au mois d’avril 1484, Louis
d’Orléans, malgré les grandes faveurs qu’il avait reçues, & les fondions importantes de gouverneur de l’Ifle de France qu’il exerçait, voyant qu’il ne parviendrait pas à dépofféder fa belle-fœur de la Régence, prit la réfolution de venir trouver François II dans fon duché de Bretagne, bien qu’il eût fait ferment à Louis XI de ne point s’allier avec cet ennemi invétéré de la couronne. Il était à Nantes depuis quelques femaines feulement , quand il fut rappelé en France par le facre du jeune roi. Anne de Beaujeu , feignant de ne pas comprendre les trahifons qu’il préparait contre elle, lui avait fait écrire de fe hâter afin de tenir la place qui lui appartenait dans cette folennité ; Louis quitta Nantes au plus vite ; il fallut cependant l’attendre deux ou trois jours, (i)
Après le facre, Louis d’Orléans envoya fon frère naturel, le comte de Dunois, en Bretagne, pour y conclure un traité avec François II, traité par lequel chaque parti s’engageait à mettre le roi hors des mains de ceux qui le détiennent prifonnier (2).
Au commencement de l’année 1484, Dunois, de
(1) Saint-Gelais de éMontlieu cité par Lancelot , Eclaircissements SUR LES PREMIERES ANNEES DU REGNE DE CHARLES VIII. Acad, des Injcript. &B.-L ., édit. in-i2,p. 543.
(2) Dom Lobineau, Histoire de Brftagne, t. //, col. 1420.
retour à Paris, engagea Louis d’Orléans à tenter une démarche publique contre la régente. Ce prince vint au parlement, où Denis Lemercier, fon chancelier, parlant en fon nom, demanda quel’adminiflration des affaires fût retirée des mains d’une femme, pour être mifes aux mains du Prince, qui était le premier prince du fang. Mais la cour, par l’organe de fon premier préfident, La Vacquerie, répondit quelle était inftituée pour adminiftrer la juftice & non pour le fait du gouvernement politique & militaire ; que, du refte, elle députerait vers le Roi pour favoirla conduite quelle devait tenir. Cinq jours après, une tentative faite près des membres de l’Univerfité n’eut pas plus de fuccès. Un parti feul reftait, celui de recourir aux armes, & Louis d’Orléans l’adopta. Il avait déjà réuni contre la régente des forces affez grandes : le duc de Bretagne venait de lui envoyer deux cent cinquante lances & plufieurs compagnies d’archers ; il était près de s’entendre avec le duc de Bourbon & le comte d’Alençon, avec René duc de Lorraine, ce fameux vainqueur du Téméraire, & ne comptait pas fans motifs fur l’appui de Maximilien d’Autriche, roi des Romains; enfin cette ligue du bien public, qui avait été fi fatale à Louis X I , allait fe reformer. Anne de Beaujeu n’héfita pas : elle s’empreffa de mettre en état de défenfe la capitale du Royaume &fes environs, elles’affura de
la Normandie tout entière; de plus, elle envoya un des ferviteurs dévoués de fon père, le feigneur du Bouchage, s’emparer de la ville d’Orléans, dont les habitants s’empreffèrent de jurer fidélité au Roi ; enfin elle fuivit de près les feigneurs alliés dans leurs poïïeffions au lieu de les laifier fe réunir & marcher contre elle. Louis d’Orléans fe vit contraint d’ajourner fes projets, 8c par un appointement qui eut lieu au mois d’octobre 1485”, il fe réconcilia, du moins en apparence, avec la régente. La dame de Beaujeu y mit une condition, c’eft que le principal auteur de toutes ces difcordes, le comte de Dunois, fortirait du royaume & s’en irait en Italie.
Anne de Beaujeu n’ignorait pas que l’appointement foufcrit avec Louis d’Orléans n’était qu’une trêve qui ferait rompue par celui-ci dès qu’il en aurait la puiffance, auffi réfolut-elle de le prévenir & de le contraindre à une obéiïïance abfolue ; mais, à l’exemple de fon père qui, avant de s’engager dans une lutte, commençait par s’aïïurer les moyens d’en fortir vainqueur, Anne de Beaujeu ouvrit des négociations avec ceux d’entre les confédérés qu’elle fuppofaitles moins engagés.
Le premier quelle entreprit, ce fut fon beau-frère Pierre II, duc de Bourbon, inverti depuis peu des hautes fondions de connétable de France, 8c qui fe
montrait ouvertement hoftile à fon adminiflration. Le comte de Vendôme lui fut envoyé au mois d’août i486, 8c le ramena près d’elle à Beauvais, après qu’elle eut accordé un fauf-conduit à Philippe de Çommynes, hiftorien de Louis XI, alors confeiller favori du connétable. Pierre de Bourbon débuta par faire du mécontent, par fe plaindre du feigneur de Graville, miniffre influent de la princeffe; il réclama la conduite de l’armée royale, en vertu de fa charge, enfin quitta brufquement la cour. Mais Anne de Beaujeu ne tarda pas à le rejoindre, eut avec lui plufieurs entrevues, 8c changea fi bien les difpofitions mauvaifes de fon efprit, qu’ils fe réconcilièrent complètement; Philippe de Çommynes 8c le feigneur de Culant, ennemis déclarés de la régente, furent à l’inftant congédiés.
Le duc René de Lorraine était auffi fort a craindre. Les victoires qu’il avait ^emportées fur Charles-le- Téméraire, dernier duc de Bourgogne, la grande renommée dont il jouiffait, lui donnaient de hautes prétentions. Par les foins d’Anne de Beaujeu, René fut mis en pofleffion du duché de Bar, auquel il avait des droits légitimes, & fut ainfi détaché de la ligue.
Reffaient contre la régente : Maximilien d’Autriche, roi des Romains, futur empereur d'Allemagne; François II, duc de Bretagne; Louis, duc d’Orléans, premier prince du fang, héritier de la couronne. Elle était
bien déterminée à combattre par les armes ces trois ennemis. Seulement, elle avait eu foin d’affaiblir, autant qu’elle l’avait pu, le duc François II, en retenant par des bienfaits les feigneurs bretons déjà dévoués à Louis XI, foit en gagnant à fa caufe ceux qui pouvaient avoir contre le duc quelques motifs de mécontentement, ou qui fe montraient acceffibles à la corruption (i).
En France, Louis d’Orléans était l’adverfaire le plus redoutable qu’eût à combattre Anne de Beaujeu. Auffi avait-elle effayé plufieurs fois des moyens de conciliation, mais toujours inutilement. S’il faut en croire le témoignage de Brantôme, qui affure le tenir de bonnes fources (2), l’inimitié de ces deux perfonnes provenait d’un dépit amoureux de la princelfe dont Louis d’Orléans aurait méprifé la conquête. Aux jaloufies d’amour ou d’ambition, Brantôme ajoute l’anecdote fuivante : « Dans une partie de paume à Paris, à laquelle fe trouvaient Anne de Beaujeu & les autres dames de la cour, un coup donna lieu à difcuffion . Anne de Beaujeu prife pour arbitre, jugea contre le prince qui ne craignit pas, foit de la démentir, foit
(1) Voye\plus loin,p. 51, Les Pensionnaires de Bretagne.
(2) Vie des Dames illustres, -Gr., r. V, p. 206, des OFuyrfs