‹ Vie de la reine Anne de BretagneChapitre 29 sur 87 · LIV. I, CHAP. III · texte numérisé non relu

LIV. I, CHAP. III

avec raifon Brantôme, qui nous a laissé fur ce point quelques lignes très-curieufes: « Son effi- « gie douce & bénigne qui eft à St-Denis en « bronze doré, devant le grand autel ne nous « le figure pas tel. Ainfi que j’ay ouy raconter à « feu ma grand’mère, madame la Sénefchalle << de Poitou, de la maifon de Lude que j’allègue « fouvent en ce livre, &qui avait été nourrie fille « de Madame de Bourbon, fœur du didl Roy « & fa régente : il avait le vifage beau, doux « & agréable ; & l’accomparoit à un gentil- « homme près de notre maifon <5c difoit que « c’eftoit fa vraye femblance, en l’appelant foute vent par ce mefme mot : La Véronique du petit ce roy Charles V II I (1). »

Comme on peut en juger par ces détails, le petit roi n’était pas autant difgracié de la nature que l’ont dit quelques hilloriens les ennemis. Il efl: facile de comprendre comment la jeune duchefié,furmontantla jufte répugnance quelle refifentait contre Charles VIII avant de le corn naître, l’accepta pour mari après l’avoir vu, & ne tarda pas à éprouver pour lui une affeéFion

(1) Capitaines français, &c., t. II des OEuvres complètes, in-8°, p. 17.

très -vive <3c même pafîionnée. Les événements qui fuivirent fon mariage prouvent à quel point elle était dominée .

La réunion de la Bretagne à la France fit, comme je Lai dit plus haut., l’étonnement de l’Europe; & l’on affure que Laurent de Médias^, en apprenant cette nouvelle; s’écria: Oh ! quelle puiffante monarchie que la France (1)! Henri VII, roi d’Angleterre, Maximilien d’Autriche, roi des Romains, Ferdinand II, roi d’Efpagne <5c d’Aragon, réunirent tous leurs efforts pour diminuer cette puiffance. Mais cette ligue qui femblait très redoutable fe trouva bientôt rompue. Henri VII, après avoir mis le fiége devant Boulogne, menaçant la France d’une invafion nouvelle, ne tarda pas à ligner la paix, moyennant une indemnité pécuniaire pour les frais que lui avait caufés la guerre de Bretagne. Ce qui le rendait fi facile, c’efl qu’il venait d’apprendre que Charles VIII avait défin téreffé le roi d’Efpagne en lui remettant la Cerdagne & le Rouffillon, fans même exiger trois cent mille écus d’or que Louis XI, fon père, avait avancés fur ces provinces. Maximilien ref-

(1) Daru, Hiftoire de Bretagne, &c., t. III, p. 191.

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